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UN TRIOMPHE A MARSEILLE POUR MARIUS     ET FANNY DE MARCEL PAGNOL ET VLADIMIR COSMA !                                                                  
Vladimir COSMA a rencontré l’univers de Marcel PAGNOL d’abord avec LA GLOIRE DE MON PERE et LE CHATEAU DE MA MERE, les films d’Yves ROBERT. Puis déjà LA TRILOGIE MARSEILLAISE, pour la télévision, à l’origine de l’idée de l’adapter en opéra. Comme il n’était pas possible de transposer sur scène les 3 actes, Vladimir COSMA a basé son ouvrage, comme souvent à l’opéra, sur le couple Marius et Fanny. Au deux grands courants italiens et wagnérien, Vladimir COSMA a préféré une construction d’inspiration cinématographique, basée sur les leitmotivs avec des musiques continues pour éviter l’ennui des récitatifs. Dès l’ouverture, il anime la ville de Marseille par une tarentelle brisée tirée de la musique du SCHPOUNTZ ; Une reprise dont il ne se cache pas. D’autant que le thème et son l’orchestration ont évolué. Pour interpréter Marius et Fanny, Vladimir COSMA a eu la chance que le couple vedette Roberto ALAGNA et Angela GHEORGHIU tombe amoureux du projet, faisant de la création à l’Opéra à Marseille en septembre dernier un événement mondial ! Le thème de Marius, joué par le cor, est associé à son envie d’évasion. Tandis que celui de Fanny apparaît tendre et douloureux, en écho à son désarroi après le départ de Marius. Quant au thème de César, sous la forme d’une mélopée poignante, il intervient quant il s’adresse à son fils par l’intermédiaire de son chapeau. Mais aussi dans des duos avec Marius au Bar de la Marine et, en élément unificateur dans le final. Vladimir COSMA signe une œuvre généreuse et, comme dans ses musiques de films, riche en mélodies. Roberto ALAGNA et Angela GHEORGHIU forment un couple magnifique dont les airs en duo ou en solos constituent de grands moments d’émotions. Servie par une mise en scène vivante, des lumières ensoleillées et une touche de mistral dans les décors, l’opéra de Marcel PAGNOL et Vladimir COSMA est un régal ! Retour sur un triomphe, avant sa diffusion prochaine sur France Musique et, plus tard, des sorties en disque et en dvd.


Un Opéra Marseillais Et Cinématographique !

A quand remonte votre envie d’écrire une œuvre dramatico-musicale ?
VC)
Je flirtais depuis des années avec cette idée, sans trouver le sujet ou le collaborateur littéraire qui m’inspire. L’envie d’écrire cet opéra m’est venue alors que je composais, pour la télévision, la musique de la TRILOGIE MARSEILLAISE, réalisée par Nicolas RIBOWSKI. Je trouvais que le cadre, les personnages et surtout ce thème majeur du désir d’évasion pouvaient inspirer un musicien et constituaient un sujet formidable. Comme dans beaucoup d’opéras célèbres, il existe un lieu qui crée une atmosphère spécifique. Ce que l’on ressent dans la musique qui, sans devenir folklorique, dégage une couleur particulière. Ensuite, le sujet me paraissait d’une grande modernité : bien que l’action se déroule au début du siècle précédent, les personnages pourraient exister aujourd’hui.

Quels sont les événements qui vous ont permis de concrétiser ce projet?
VC)
D’abord un appel du professeur Roger LUCCIONI, adjoint au maire de Marseille. II m’annonçait que le château de Buzines, où Marcel PAGNOL a passé son enfance racontée dans LE CHATEAU DE MA MERE, allait devenir un Musée du Cinéma. Pour l’inauguration, il souhaitait que je dirige l’orchestre de l’Opéra de Marseille dans un concert de mes musiques écrites pour les films inspirés de son œuvre. Ce que j’ai accepté avec plaisir. Puis, le soir même, j’ai rencontré Jacques MONCONTIN, l’agent littéraire de Marcel PAGNOL. II devait me transmettre un message de Jacqueline PAGNOL, qui a toujours apprécié mes musiques et en particulier pour les films tirés de l’œuvre de son époux.

Que contenait le message de Jacqueline PAGNOL ?
VC)
II disait que, si un jour je souhaitais créer un ouvrage musical à partir d’une œuvre de Marcel PAGNOL, elle m’y autoriserait. Me souvenant de mon envie d’écrire un opéra, m’est alors venue l’idée de consacrer un ouvrage à « MARIUS ET FANNY », couple mythique comme Roméo et Juliette.

Pour quelle raison avez-vous écarté CESAR ?
VC)
Parce que la musique chantée nécessite une durée infiniment plus grande que le texte parlé. Partant de ce constat, j’envisageais au début de baser mon opéra uniquement sur MARIUS. Mais j’étais également très tenté de le centrer sur le couple Marius et Fanny. D’autant que le côté lyrique et dramatique de FANNY me semblait également très présent dans MARIUS. Il ne fallait pas non plus frustrer le public qui connaissait la Trilogie Marseillaise ; ce qui aurait pu se produire si je terminais sur le départ de Marius. II m’a alors semblé évident de consacrer mon opéra au moins à MARIUS et FANNY.

Etes-vous passé par une phase de documentation sur l’opéra, comme vous l’aviez fait dans le registre des chansons à l’époque de LA BOUM ?
VC)
Chaque fois que j’ai abordé des domaines différents de ma culture musicale de base, en l’occurrence le classique et le jazz, je me suis documenté. Je me rappelle que, quand j’ai commencé à écrire de la musique de films, j’ai passé pendant plusieurs mois des journées entières au cinéma pour m’instruire à partir des films et de leurs musiques. Je souhaitais effectivement analyser musicalement les principaux opéras, depuis MONTEVERDI jusqu’à nos jours, afin d’en découvrir les techniques de construction. II faut dire que, curieusement, il n’existe pas de traité d’écriture d’opéra. J’ai effectué énormément de recherches qui ont abouti à 6 cahiers d’études et d’analyses d’opéras, qui pourraient d’ailleurs constituer un traité.

Vous avez donc commencé par rechercher des idées musicales ?
VC)
Oui, car je ne voulais pas que la colonne vertébrale de ma musique soit influencée par cette étude préalable. C’est pour cette raison que j’ai commencé par une phase de composition de thèmes et d’idées musicales. J’ai ainsi rempli 10 à 15 pages d’environ 140 idées musicales originales et de 20 thèmes extraits de mes compositions précédentes qui pourraient réapparaître dans MARIUS ET FANNY. Je pense en particulier, entre autres, à certains thèmes de LA TRILOGIE MARSEILLAISE, à toute cette masse thématique et d’idées musicales dont un quart, peut-être, se retrouve dans mon opéra.

Qu’avez-vous retiré de vos études d’opéras ?
VC)
Schématiquement, il existe deux grands courants : Les opéras italiens, de Gioacchino ROSSINI à Giacomo PUCCINI en passant par Giuseppe VERDI. Dans ces opéras, où la musique prime sur le sujet et l’action, on vient écouter des chanteurs et de grands airs ; L’action se situant dans ce qu’on appelle des récitatifs assez succincts. II y a ensuite les opéras, depuis Claudio MONTEVERDI jusqu’à Richard WAGNER, dans lesquels l’action prime sur la musique. On se situe alors dans le domaine du théâtre chanté, où le spectateur ne vient pas pour écouter des airs mais voir une action soutenue par la musique. Giacomo PUCCINI représente en quelque sorte le catalyseur de ces deux courants dans la mesure où ses opéras comportent de l’action mêlée à de grands airs ; Les récitatifs apparaissant moins succincts que chez les autres compositeurs de l’école italienne.

De quel courant avez-vous voulu vous rapprocher ?
VC)
J’ai voulu construire mon opéra d’une manière plutôt cinématographique. Ce qui ne veut pas dire qu’il est complètement différent de certains autres opéras. J’ai essayé d’élaborer un mélange de traitement du leitmotiv, utilisé souvent dans les musiques de films, avec des thèmes et des airs qui accompagnent parfois les personnages. Je me suis surtout efforcé d’écrire une œuvre qui ne contienne pas de rupture musicale, de façon à éviter l’ennui des récitatifs. Mon opéra comporte des airs, des duos, etc… mais ils font partie intégrante de l’action et de la facture musicale.

Comment s’est fait le choix des librettistes ?
VC)
D’une manière générale, j’ai souhaité conserver le texte de Marcel PAGNOL sans le modifier. Pour la construction dramaturgique, Michel Lengliney a été le collaborateur indispensable de la première heure. J’ai, la plupart du temps, adapté moi-même les récitatifs, car il s’agit d’un travail de musicien. En ce qui concerne les moments où j’ai écrit la musique avant les textes, j’ai demandé au regretté Michel RIVGAUCHE et ensuite à Jean-Pierre LANG de les écrire. II s’agit d’adaptations libres et versifiées d’après Marcel PAGNOL, notamment les duos entre Marius et Fanny ainsi que le grand air de Marius dans le premier acte, celui de Fanny dans le deuxième et le grand quatuor du deuxième acte.

Comment se décompose l’ouverture ?
VC)
Elle commence par un lent préambule qui expose le thème de Marius. Puis, on entend le motif musical de la ville de Marseille que j’appelle une « tarentelle brisée ». Je trouvais intéressant pour souligner l’aspect méridional de Marseille d’utiliser une tarentelle. Mais une tarentelle « brisée » à 5 temps, au lieu de 6. Ce thème est repris en chœur par la foule sur le port puis, plus tard, dans le café de César ; c’est à dire des lieux où le peuple de Marseille intervient dans l’esprit des comédies de Marcel PAGNOL. II revient aussi en ouverture du second acte dans une couleur totalement différente, plus sombre, plus interrogative.

On avait déjà entendu cette tarentelle dans la musique du film de Gérard OURY LE SCHPOUNTZ, également d’après Marcel PAGNOL ?
VC) Effectivement, j’ai repris certains thèmes des films inspirés par Marcel PAGNOL dont j’ai écrit les musiques. Je trouvais intéressant de leur donner une nouvelle vie avec un développement plus riche. Mais leur traitement est souvent très différent de l’original. J’ai même repris dans un des duos entre César et Marius un thème de LA GLOIRE DE MON PERE qui, chanté et orchestré prend une autre dimension.

Quelles sont les spécificités du thème de Marius ?
VC)
II s’agit d’un thème central que j’avais déjà ébauché dans la trilogie. Je l’ai complétement restructuré dans sa thématique et dans son développement, pour qu’il exprime son rêve d’évasion. J’ai essayé, dans le thème lui-même et dans l’orchestration, de faire ressortir cette envie de partir, ce désir d’ailleurs. C’est un thème ample, pour cor, exposé d’abord par un cor solo, un instrument dont la sonorité évoque bien l’appel du large.

Photo Christian DRESSE

Pour quelle raison le thème de Fanny n’apparaît que dans le deuxième acte ?
VC)
Parce que c’est alors elle qui vit un moment fort ; elle a l’impression que le monde s’écroule lorsqu’elle est quittée et reste seule avec un enfant. II s’agit d’un thème complètement nouveau, une espèce de cri, ce que j’appelle une complainte tendre et douloureuse, qui s’amplifie et accompagne son désespoir. On l’entend effectivement pour la première fois quand elle sort du cabinet du docteur Venelle, ayant appris qu’elle est enceinte.

Avez-vous privilégié les duos pour évoquer la relation amoureuse de Marius et Fanny ?
VC)
Leur thème d’amour intervient, en effet, d’abord sous la forme d’un duo dans le premier acte. IIs chantent ensemble « qu’il faut choisir sa vie quand le soleil est au plus haut ». II s’agit d’un thème tendre mais aussi triste et qui revient plusieurs fois en leitmotiv. II contient les prémices d’un amour brisé, un fond de souffrance, de non aboutissement. On n’y trouve pas l’envolée et la force du thème de Marius, qui veut partir et se situe dans l’optimisme. Le thème d’amour est lyrique mais moins large car on doit sentir déjà, que leur rencontre sera douloureuse. D’ailleurs, dans la fin du premier acte, vous avez, à la fois, les thèmes de Marius, alors prêt à prendre le large, et celui de l’amour brisé, avec des trombones dans le grave, qui se superposent. C’était une façon pour moi de montrer que les destins de Marius et Fanny se séparent.

De quelle manière avez-vous traité le duo entre César et Marius dans la scène de la leçon de Picon ?
VC)
La scène commence avec le thème de la tarentelle brisée, entendue dans l’ouverture, pour représenter les Marseillais présents sur le port, dans le bar de César. Ce thème se transforme rapidement en motif binaire, légèrement funky, mais joué avec la couleur et la spécificité d’une chorale et d’un orchestre classiques ; le thème du peuple de Marseille revenant sous forme de ponctuations.

Et la partie de cartes ?
VC)
Je l’ai traitée avec une rythmique ternaire dans un esprit jazzy proche de LA PANTHERE ROSE d’Henri MANCINI. On entend en contrepoint des chœurs, ainsi que des clients du bar de la Marine. Je trouvais que le balancement d’une musique un peu jazzy, mais jouée par un orchestre symphonique était amusant et convenait à cette scène qui doit contraster avec l’action principale qui s’alourdit petit à petit.

Jean-Philippe LAFONT & Roberto ALAGNA - Photo Christian DRESSE


Avez-vous composé un thème spécifique à César ?
VC)
Oui, mais il n’intervient que dans le deuxième acte. Dans le premier, les musiques sur César correspondent à ses rapports d’amour paternel pour Marius. II s’agit plutôt d’un duo assez allègre, et d’un thème tendre déjà entendu dans le milieu de l’ouverture. Quand je parle du thème propre à César, je pense surtout à « l’air du chapeau ». C’est à dire la scène où, après la lecture de la lettre, il s’adresse au chapeau de Marius, comme s’il était présent. II lui demande pourquoi il est parti. II s’agit d’un vrai grand air, une longue mélopée avec des accents poignants, qui revient dans la dernière scène de l’Opéra et dans la conclusion orchestrale finale.

Justement, pourquoi terminez-vous sur César alors que c’est Marius qui repart ?
VC)
Je ne voulais pas de nouveau finir sur le thème de l’évasion de Marius, suffisamment exposé dans le premier acte. A la fin de l’opéra, il s’agit encore d’un départ, du départ forcé de Marius poussé à la résignation, au contraire du premier acte où on se situe dans l’espoir. Le thème de Marius revient quand même, en rappel, dans les dernières scènes. L’opéra se termine sur le désespoir de Fanny criant vers le port « Marius, Marius, Marius », sans évoquer son thème tendre et douloureux. J’ai préféré terminer sur le thème de César qui représente l’élément unificateur de Marius et Fanny ; il est leur père à tous les deux en quelque sorte.

Est-ce l’aspect clownesque et attachant de Panisse qui vous a poussé à l’associer à votre thème du personnage de Michel SERRAULT dans LES ROIS DU GAG de Claude ZIDI ?
VC)
Absolument, car j’ai retrouvé le même aspect de clown triste chez Panisse. Surtout dans le film de Marcel PAGNOL. Moins dans l’opéra car je ne voulais pas forcer la caricature ; Panisse constitue un personnage à la fois attendrissant et légèrement ridicule. Au début, j’ai recherché d’autres thèmes mais finalement, j’ai trouvé que c’était la couleur du thème de « Gaétan » qui lui allait le mieux. Comme j’en étais l’auteur, je pouvais le reprendre sans état d’âme, comme d’ailleurs dans la TRILOGIE MARSEILLAISE.

Ces reprises correspondent-elles à des évolutions musicales ou à des non aboutissement de certains de vos thèmes ?
VC)
Je ne considère jamais un thème comme complètement abouti. Evidemment, je ne peux pas reprendre des thèmes aussi connus que ceux du GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE ou de LA BOUM. Mais ce thème secondaire des ROIS DU GAG est peu connu. Pour moi, certains thèmes sont extrêmement importants, au point qu’ils me poursuivent toute ma vie. J’en ai d’ailleurs commencé certains à l’âge de 11 ans et, encore aujourd’hui, je n’arrête pas de les transformer. Dans le cas du thème des ROIS DU GAG, il apparaît différent et amélioré par rapport à son utilisation originelle.

Photo Christian DRESSE
Roberto ALAGNA et Angela GHEORGHIU

De quelle manière Roberto ALAGNA et Angela GHEORGHIU sont-ils arrivés sur le projet ?
VC)
Je dois avouer que je n’aurais jamais pensé que Roberto ALAGNA et Angela GHEORGHIU seraient intéressés pour tenir les rôles de Marius et Fanny. Le premier chanteur engagé fut Jean-Philippe LAFONT pour le rôle de César. Je l’avais rencontré sur les conseils de Renée AUPHAN, la directrice de l’Opéra de Marseille, qui était persuadée, et elle a avait raison, que je ne trouverais pas meilleur interprète. Pour l’entourer, je trouvais naturel, par rapport aux personnages de Marius et Fanny, de sélectionner plutôt de jeunes chanteurs ; ce que j’ai commencé à faire en écoutant des maquettes. Jusqu’au jour où Roberto ALAGNA, qui avait entendu parler du projet, m’a téléphoné.

Que vous a dit Roberto ALAGNA ?
VC)
II m’a exprimé son envie de chanter le rôle de Marius. II m’a dit que cela lui tenait à cœur car il aime beaucoup mes musiques et l’univers de Marcel PAGNOL. J’étais évidemment très heureux que le plus grand ténor vivant souhaite participer à mon opéra. D’autant qu’il est extrêmement difficile de trouver des ténors. J’en ai parlé à la direction de l’Opéra de Marseille qui, n’ayant pas les moyens de payer une telle star, ne croyait pas que sa participation se concrétiserait. Comme il y tenait absolument, Roberto ALAGNA a alors donné des instructions à son agent pour que son cachet soit à la hauteur des moyens de l’Opéra de Marseille.

Etait-il déjà question qu’Angela GHEORGHIU tienne le rôle de Fanny ?
VC)
Pas du tout ! Angela GHEORGHIU, que je ne connaissais pas personnellement, bien qu’elle soit comme moi d’origine roumaine, m’a téléphoné huit mois plus tard. Elle voulait d’abord que nous enregistrions un double disque de cross over pour EMI. J’étais très intéressé, sauf que cela ne pouvait pas se faire avant deux ans, et surtout qu’après la fin de mon opéra. C’est lors de notre conversation, alors que le projet était déjà bien avancé avec Roberto ALAGNA, qu’elle me dit que, justement, elle aimerait beaucoup tenir le rôle de Fanny.

Pour quelle raison a-t-elle tant tardé à vous contacter ?
VC)
Au début, quand Roberto lui en a parlé, elle ne croyait pas en ce projet sur le plan artistique. Deux choses l’ont fait changer d’avis : d’abord la vision à la télévision américaine, d’un documentaire me concernant, dans lequel elle a apprécié mes musiques et a eu l’idée d’une collaboration avec moi, vu en plus nos origines roumaines ! Ensuite, elle s’est fait projeter les deux films originaux « Marius » et « Fanny » et s’est rendu compte qu’il s’agissait de sujets très intéressants pour un opéra. Evidemment, Roberto ALAGNA était au courant de son appel, se trouvant même à côté d’elle au moment de notre coup de téléphone, dans un hôtel à Los Angeles. Il lui a repris le téléphone pour me confirmer que c’était formidable qu’ils puissent chanter tous les deux dans « MARIUS ET FANNY », d’autant qu’ils se produisent très rarement ensemble !

Qu’avez-vous pensé de Sébastien GUEZE et de Karen VOURC’H qui leur ont succédés lors des deux dernières représentations ?
VC)
Que ce soit pour les artistes ou pour les films, je déteste les comparaisons : je n’en ferai donc pas. II s’agissait pour ces jeunes artistes d’un enjeu difficile et très important. Mais ils étaient prévenus ! Ces représentations ont été pour eux une occasion de se faire entendre par un large public, et ils s’en sont sortis brillamment. Surtout, j’en retiens que la salle était archi- comble, aussi lors de leurs représentations, et que ce fut un triomphe avec de longues minutes d’applaudissements.

Un Spectacle Et Bientôt Un Disque

Quelles ont été vos relations avec le metteur en scène Jean-Louis GRINDA ?
VC)
Nous nous sommes rencontrés bien avant le commencement des répétitions pour discuter de la musique par rapport à la mise en scène. Je me rappelle qu’il m’a demandé de rallonger certaines fins de scène par rapport à des changements de décors. Quand je suis arrivé à Marseille, tout était en place et parfaitement réglé, en accord avec l’esprit de l’oeuvre. J’ai parfois demandé quelques petites modifications. Par exemple, avec son accord, nous avons réduit les chœurs sur la scène de « la partie de cartes ». Je trouvais qu’il y en avait trop et préférait donc qu’ils interviennent plus tard.

Consacrerez-vous un disque à votre opéra ?
VC)
Je suis en train de terminer un CD d’extraits, regroupant les airs principaux, les duos et certaines scènes. II ne s’agit pas, en tout cas dans un premier temps, d’un enregistrement intégral de l’opéra, qui a été néanmoins filmé pour sortir prochainement en DVD. Au début, j’avais pensé l’enregistrer avec l’orchestre de l’Opéra de Marseille. Comme cela n’a pas été possible pour des raisons techniques et matérielles, je suis allé enregistrer avec l’Orchestre Symphonique de Londres dans les studios d’Abbey Road. Dans un deuxième temps, j’ai enregistré la voix d’Angela GHEORGHIU, dans les studios Dinemec, à côté de Genève. Puis à Marseille, entre les représentations, avec Roberto ALAGNA et avec Marc BARRARD, merveilleux baryton qui joue le rôle de Panisse, et Michèle LAGRANGE qui interprète Honorine. II me reste encore à enregistrer prochainement à Paris les parties de César avec Jean-Philippe LAFONT, encore quelques scènes avec Marc BARRARD et certaines séquences avec des chœurs.

La famille PAGNOL est-elle venue voir le spectacle ?
VC)
Jacqueline PAGNOL n’a pas pu venir car, malheureusement, elle était souffrante. Mais tout le reste de la famille est venu voir le spectacle plusieurs fois et avec les deux distributions ; ils ont tous été très touchés et très enthousiastes.

Aimeriez-vous écrire un autre opéra ?
VC)
Oui, si je trouve un sujet qui s’y prête et si je dispose du temps nécessaire, car l’écriture d’un opéra représente un travail colossal. Ce qui est sûr, c’est que j’aime la diversité, ce qui explique que j’ai toute ma vie fait des choses différentes. Dans l’immédiat, j’ai en projet l’écriture d’une comédie musicale en continuant également à composer des musiques pour le cinéma et la télévision, par exemple, actuellement, pour une série sur Alfred Hitchcock que Jean-Pierre Mocky réalise pour la télévision.

 

Entretien réalisé à Paris le 19 septembre 2007 - Tous droits réservés.

 
Cette page a été modifiée pour la dernière fois le dimanche, novembre 04, 2007