CINESERENADE.COM webzine

Un nouveau regard sur la musique pour l'image !
ACCUEIL CINESERENADE
RENCONTRES
FESTIVALS !
REALISATEURS
BRUNO COULAIS
J.M. BERNARD ET M. GONDRY
LYRIQUE
VLADIMIR COSMA RACONTE MARIUS ET FANNY
ROBERTO ALAGNA & ANGELA GHEORGHIU
ELEPHANT MAN PLEYEL !
CHRONIQUES
CHANSON
CENTENAIRE
TELEVISION
PHILIPPE SARDE SE CONFIE
CONCERTS & SPECTACLES
MUSICALS
ACTUALITES
Plan du site
Contactez-nous
ROBERTO ALAGNA & ANGELA GHEORGHIU     CREENT MARIUS ET FANNY A MARSEILLE !     
 
Couple célèbre de l’Opéra, le ténor Roberto ALAGNA et la soprano Angela GHEORGHIU chantent très rarement ensemble ; Le fait qu’ils aient été réunis par l’Opéra de Marseille pour la création de l’opéra de Vladimir COSMA adapté de Marcel PAGNOL MARIUS ET FANNY a constitué un événement au retentissement mondial. Passionné depuis longtemps par l’univers de Marcel PAGNOL, Roberto ALAGNA était prêt à déplacer des montagnes pour jouer le rôle de Marius, ce jeune homme qui renonce à son amour pour Fanny pour assouvir ses rêves d’évasion ; Un rôle qui lui colle à la peau tant le chanteur est à l’aise dans les décors du Vieux Port et du Bar de la Marine pour exprimer de sa puissante voix ses passions pour les voyages, son père et Fanny. Plus hésitante, Angela GHEORGHIU a voulu d’abord découvrir l’œuvre avant de s’engager dans le rôle de Fanny, la femme amoureuse puis blessée ; Un rôle fort dans lequel elle exprime de sa voix magnifique toute la douceur et la sensibilité de la jeune femme marseillaise. Curieux et courageux, le couple à l’habitude, plutôt chacun de son côté, des créations qui permettent à l’opéra de constamment se renouveler ; La force des personnages et la réputation mélodique étaient des éléments qui ne pouvaient que donner une œuvre originale et populaire. Répondant à notre invitation, Roberto ALAGNA et Angela GHEORGHIU ont accepté de nous parler de MARIUS ET FANNY ; C’est avec un grand plaisir que nous ouvrons avec eux nos colonnes à l’art lyrique !


Marcel PAGNOL & Vladimir COSMA

Comment s’est faite votre rencontre avec l’œuvre de Marcel PAGNOL ?
AG)
C’est Roberto ALAGNA qui a appris que Vladimir COSMA composait, pour l’opéra de Marseille, un ouvrage adapté de la trilogie de Marcel PAGNOL. Comme nous aimons beaucoup l’univers de Marcel PAGNOL ainsi que les musiques de Vladimir COSMA, nous avons eu rapidement envie de chanter tous les deux dans MARIUS ET FANNY.
RA) Ce qui nous plaisait également dans le projet, c’était qu’il s’agissait d’une création. C’est très important de créer des spectacles ; Cela permet de faire vivre et de rendre moderne l’art lyrique, qui a souvent la réputation d’être démodé. Ensuite, nous étions très enthousiastes à l’idée de jouer des personnages qui appartiennent quand même à notre patrimoine. Pour moi qui ai grandi avec les personnages de la trilogie Marseillaise, il est très émouvant de jouer Marius.

Est-il difficile de créer des personnages sur scène ?
AG)
Oui car, pour la création mondiale d’un opéra, on doit apprendre pour la première fois chaque sonorité de la partition, chaque mot du livret. Bien sûr, on sait que les personnages ont déjà été joués au cinéma et que le public connaît l’histoire. II n’empêche que notre travail consistait à complètement créer vocalement les personnages pour l’opéra.
RA) La création représente toujours un exercice difficile du fait de l’absence de repères. Quand on chante un opéra, on rencontre toujours des moments qui comportent des difficultés vocales. Mais on a la possibilité de puiser dans des enregistrements pour voir les solutions qui ont déjà été trouvées à ces problèmes vocaux. Tandis que dans une création, comme nous sommes les premiers à chanter un rôle, nous devons nous-mêmes trouver les solutions aux problèmes. Vous savez, le compositeur écrit la musique avec ses sentiments, son instinct. Mais souvent, pour chaque voix, le chanteur doit se mettre le rôle dans la gorge. Ce qui nécessite un important travail.

Photo Christian DRESSE

Marius & Fanny Par Angela & Roberto

Roberto ALAGNA, comment définiriez-vous le personnage de Fanny jouée par Angela GHEORGHIU ?
RA)
Fanny est une femme simple, presque une fille de village. II faut dire que, si l’action se déroule à Marseille, le Vieux Port représente presque un village tant on a l’impression que toute cette gentille compagnie n’en est jamais sorti. Fanny fait partie de ce village, elle vend des coquillages et est amoureuse depuis toujours de Marius. Elle n’a que lui dans la tête et sait qu’un jour elle va l’épouser. Quand elle apprend qu’il va partir, elle se sacrifie par amour car elle sait que Marius sera malheureux s’il ne tente pas ce voyage. Plus tard, quand elle apprend qu’elle est enceinte de Marius, elle se sacrifie de nouveau mais, cette fois, par instinct maternel. C’est à dire que, tout d’un coup, Fanny, mais aussi César et Panisse, protègent le petit. Au détriment de Marius qui, de plus en plus évité, devient la victime.

Angela GHEORGHIU, comment définiriez-vous le personnage de Marius joué par Roberto ALAGNA ?
AG)
Marius a depuis son enfance sur le Vieux Port de Marseille, comme beaucoup de jeunes de son âge, ce rêve de voyage au bout du monde. II arrive à un moment où, malgré son amour pour Fanny, il pense qu’il est temps pour lui de partir. Bien sûr, il aime Fanny. Mais il est encore très jeune et son envie d’ailleurs est, à ce moment, plus forte. Je crois que Marius est un gentil garçon car, si on lui avait dit que Fanny attendait un enfant, il serait revenu. Maintenant, quand il revient, il est trop tard car il a été sacrifié.

Que pensez-vous de l’adaptation en opéra d’œuvres aussi populaires que la Trilogie Marseillaise ?
RA)
C’est une bonne chose d’adapter une œuvre très connue en opéra, je l’espère, distrayante. J’ai donc envie que les gens prennent du plaisir à voir et à entendre MARIUS ET FANNY. Je crois qu’il faut saluer ce nouvel opéra comme un bébé, qui n’a plus rien à voir avec l’œuvre de Marcel PAGNOL. II s’agit d’une adaptation en opéra d’un texte d’un grand auteur. Aujourd’hui, quand on parle de MARIUS ET FANNY, j’ai envie que l’on pense d’abord à l’opéra. Ce qui est le cas, par exemple, de LA TRAVIATA DE Giuseppe VERDI qui constitue autre chose que LA DAME AUX CAMELIAS.

Comment s’est passée votre rencontre avec la musique de Vladimir COSMA ?
RA)
Nous avions confiance car nous étions sûrs de sa veine mélodique. En même temps, ses musiques de films font partie de notre patrimoine culturel. Je trouve que l’on sent bien, par exemple par l’utilisation de la flûte de pan, son côté latin lié à ses origines roumaines.
AG) C’est vrai que nous connaissions déjà ses musiques, ce qui est rassurant. Nous nous sommes néanmoins téléphonés et rencontrés plusieurs fois pour discuter de l’opéra. Nous avons ainsi échangé des conseils sur la façon d’écrire de la musique pour le chant. II était important que nous n’ayons pas de soucis pour chanter les airs de cette création.
RA) Je trouve que Vladimir COSMA est vraiment un compositeur fait pour la musique populaire. II était donc le compositeur tout indiqué pour composer la musique de cet opéra qui parle de gens simples et se veut avant tout une œuvre populaire. En plus, je trouve amusant de retrouver dans l’opéra des extraits de sa partition composée pour la version télévisée de LA TRILOGIE MARSEILLAISE.

Avez-vous été aidé par l’enregistrement du disque avant la création du spectacle ?
AG)
J’ai effectivement enregistré mes parties du disque avant de commencer les répétitions du spectacle. Cela m’a aidé pour comprendre le style musical de l’opéra. Mais aussi pour gérer l’ouvrage car j’ai beaucoup de parties à chanter. Maintenant, j’enregistre la plupart du temps mes opéras en studio avant de les chanter ensuite sur scène.
RA) Moi, j’enregistre plutôt en fonction de mes disponibilités dans mon planning. Sur MARIUS ET FANNY, j’ai enregistré mes parties à Marseille, pendant les répétitions et nous avons terminé le lendemain de la grande première. Je suis ravi parce que je crois que nous avons fait du bon travail. J’ai apprécié de travailler dans ces conditions car, du fait des répétitions, j’avais le rôle dans la voix, ce qui nous a permis d’enregistrer tout le disque en quelques heures seulement au studio de la Belle de Mai à Marseille.

Une Création, Un Grand Succès

Que ressentez-vous devant le succès de MARIUS ET FANNY ?
RA)
Nous sommes toujours émus quand un spectacle remporte du succès. Mais encore plus lorsqu’il s’agit d’une création car nous ne savons pas de quelle manière le public va l’accueillir. Pour MARIUS ET FANNY, l’émotion est encore plus grande du fait que nous avons crée l’ouvrage à l’Opéra de Marseille, qui se situe à quelques minutes du Vieux Port. Je pense que le public essaye, comme le passionné de Marseille que je suis l’a fait au début, de retrouver les répliques de Marcel PAGNOL. J’avoue qu’au début cela m’a gêné. Jusqu’au moment où je me suis laissé allé en approchant les répliques de la même manière que pour un autre opéra. Depuis, je prends beaucoup de plaisir à écouter l’ouvrage dans son entier. Même les moments les plus inattendus, surtout dans le premier acte, et, en même temps les plus amusants ; Je pense en particulier aux parties jazzy de la musique de Vladimir COSMA, très inhabituelles. Je trouve d’ailleurs que les véritables fanatiques se retrouvent plus dans le deuxième acte, qui apparaît beaucoup plus lyrique que le premier.

Que vous inspire le décès de Luciano PAVAROTTI, survenu en même temps que vous jouiez à Marseille ?
RA)
Beaucoup de tristesse ! Je dis toujours que les ténors représentent une sorte de religion dont Luciano PAVAROTTI constituait le messie. Je l’aimais beaucoup car il nous a ouvert la voie pour chanter pour la multitude. Nous avions une relation très forte. Je dois avouer que j’ai pensé à lui ce soir en chantant sur scène " Papa je t’aime bien " ; D’ailleurs, la dernière fois que je l’ai appelé au téléphone, quand il m’a demandé si j’allais bien, je lui ai dis que je l’aimais bien, lui me répondant immédiatement qu’il m’aimait également beaucoup, un peu comme dans le spectacle.

Aimez-vous alterner grands classiques et créations ?
AG)
Oui car, encore une fois, nous aimons les créations. J’avais déjà créé de nouveaux ouvrages avant ce spectacle. Et je continue. Je prépare actuellement la création d’un opéra de John CORIGLIANO au Metropolitan de New York.
RA) Moi, j’ai créé cette année au Théâtre des Champs Elysées LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNE, un opéra d’après Victor HUGO dont j’ai écrit le livret et les orchestrations avec mes frères. Encore une fois, la création nous intéresse car elle permet de démontrer que l’opéra est bien un art vivant et actuel. De plus, ce que je trouve de beau dans la création, c’est que par votre envie d’interpréter et votre engagement, vous aidez un compositeur. Vous savez, ce n’est pas un hasard si tous les compositeurs ont toujours cherché à engager les plus artistes pour la création de leurs œuvres.

Entretien réalisé à Marseille le 7 septembre 2007.

 

Cette page a été modifiée pour la dernière fois le jeudi, octobre 25, 2007