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NICOLAS FOLMER SWINGUE              SUR MICHEL LEGRAND !                     
Passionné de jazz et de cinéma, le trompettiste Nicolas FOLMER, après deux albums personnels, souhaitait rendre hommage à Michel LEGRAND. Ce qu’il vient de faire dans l’album NICOLAS FOLMER PLAYS MICHEL LEGRAND, édité par le dynamique label de la Rochelle Cristal Records. Nicolas FOLMER apprécie chez Michel LEGRAND la force mélodique et la tessiture très malléable de ses musiques, qui permettent d’improviser sans s’enfermer dans un style. Au contraire de beaucoup de musiques de films actuelles qui manquent de grands thèmes, de mélodies. Nicolas FOLMER avait remarqué que nombre de jazzmen avaient repris des standards de Michel LEGRAND mais jamais ne lui avaient consacré un album. Entouré d’un excellent quartet, Nicolas FOLMER a essayé en concert toute une série de morceaux du compositeur préféré de Jacques DEMY ; Une façon de se les approprier, la plupart du temps dans des arrangements originaux, d’essayer d’improviser dessus. Pour la sélection des titres, il était évident de reprendre certains standards extraits des DEMOISELLES DE ROCHEFORT, de YENTL. Ou encore, pour la chanson, Les Moulins De Mon Cœur. Mais il ne fallait pas s’y limiter. D’où la présence de reprises surprenantes comme OUM LE DAUPHIN dans un arrangement splendide du pianiste Thierry ELIEZ. Mais aussi du très dynamique Quand Ca Balance. Enthousiasmé par le projet, le compositeur a accepté de s’investir personnellement en jouant du piano sur 2 morceaux : D’abord le rarissime et pourtant très beau A Quiet Room. Puis le classique Summer 42, sur lequel il pose également sa voix. Nicolas FOLMER nous parle de la genèse de ce magnifique coup de chapeau à un des plus grands compositeurs de musiques de films. Et nous donne au passage sa vision du jazz et de la musique de films dans un entretien qui a du swing !

Nicolas FOLMER - Duc des Lombards, avril 2008

Quand La Trompette Balance !

Depuis quand jouez-vous de la trompette ?
NF)
Depuis très jeune car c’est un instrument qui m’a plu dès que j’ai commencé à en jouer et plus encore à mesure que j’en ai découvert le répertoire. J’ai donc rapidement eu envie de continuer et d’en faire mon métier.

Que représentait pour vous Michel LEGRAND avant ce disque ?
NF)
D’abord des musiques de films ! Même si j’acquiesce qu’il a écrit du jazz, pour moi, Michel LEGRAND représente d’abord un mélodiste. Il a composé des standards au même titre que Cole PORTER, Jérôme KERN, Ray NOBLE et évidemment Georges GERSHWIN. C’est à dire des américains qui ont émigré de l’Est pour écrire des comédies musicales ou des chansons, qui ont été ensuite reprises par des musiciens de jazz. Mais à la base, il ne s’agissait pas de morceaux de jazz. Je considère vraiment Michel LEGRAND comme un grand compositeur de chansons ou de musiques de films reprises ensuite par des jazzmen.

Pourquoi avez-vous décidé de lui consacrer un disque entier ?
NF)
La première raison tient au fait que beaucoup de jazzmen, comme Miles DAVIS ou Freddie HUBBARD, avaient repris certaines de ses musiques. Mais jamais ils ne lui avaient rendu hommage en lui consacrant un album en entier. Une autre raison est en relation avec mon activité de compositeur, en particulier pour le Paris Jazz Big Band où j’ai écrit, avec Pierre BERTRAND, 9 répertoires et enregistré 3 albums. De même, après l’enregistrement de plusieurs albums de mes musiques, je souhaitais jouer la musique d’un autre compositeur. Comme je connaissais et appréciais les musiques de Michel LEGRAND, j’ai eu envie de les revisiter à ma manière dans un album.

Doit-on voir dans le titre de votre 1er album I COMME ICARE une référence au film d’Henri VERNEUIL mis en musique par Ennio MORRICONE ?
NF)
Oui mais pas seulement. J’ai appelé mon disque I COMME ICARE car, au moment où je l’ai enregistré, ce titre est revenu plusieurs fois et j’ai pensé qu’il irait bien à mon album. En ce qui concerne le film, je l’aime bien et l’ai d’ailleurs revu alors que j’écrivais les morceaux de ce disque. Un autre rapport à cette phrase est que j’avais lu un dictionnaire des mythologies. D’où une référence à la légende d’Icare dans le morceau titre, à trois temps, dans lequel l’énergie harmonique monte continuellement à travers une phrase qui se répète. En l’écrivant, je souhaitais donner l’impression de quelque chose qui monte dans les airs, comme l’oiseau de la légende d’Icare.

Michel LEGRAND - Duc des Lombards, avril 2008

L Comme Legrand

Comment s’est fait la préparation du disque, le choix des morceaux ?
NF)
Pour moi, la conception du programme d’un disque peut se comparer à la préparation d’un tableau. Je veux dire que dans un disque on essaye de varier les morceaux comme les couleurs dans un tableau, en prenant des thèmes rapides et d’autres plus lents. II ne faut pas mettre que des morceaux rapides ou des thèmes très longs, car cela devient ennuyeux. Pour le choix des morceaux, avec le quartet, nous avons commencé par jouer dans un club parisien pendant une semaine, avant d’entrer en studio. Nous nous étions fixés comme objectif au cours de ces concerts d’essayer plein de choses à partir des musiques de Michel LEGRAND. Moi-même, j’avais amené plus de morceaux que n’en contient finalement le disque. Par exemple, j’avais amené un thème tiré de YENTL. J’étais également venu avec des idées sur la manière dont nous allions jouer ces morceaux. Sans oublier que j’avais encouragé mes camarades musiciens à venir avec leurs suggestions. C’est ainsi que Thierry ELIEZ m’a proposé un arrangement qu’il avait fait sur OUM LE DAUPHIN ; Un thème que je connaissais mais dont j’ignorais que Michel LEGRAND en était le compositeur. Nous avons donc essayé cette version d’OUM LE DAUPHIN en concert et, comme elle fonctionnait, nous avons décidé de l’adapter pour le disque.

Vous surprenez en ne vous limitant pas à ses standards ?
NF)
Ne reprendre que ses standards ne me semblait pas très original ! En plus, Michel LEGRAND, avec qui j’avais déjà joué en remplacement dans son orchestre, m’avait donné son accord pour jouer sur le disque ; Ce qui m’a motivé pour aller plus loin dans le choix des morceaux comme des arrangements. Vous savez, sa musique est d’une tessiture très écrite, très malléable ; On peut donc jouer ses thèmes et improviser sans devenir prisonnier d’un style ou d’une image. Au contraire de beaucoup de musiques de films qui sortent aujourd’hui, dont les thèmes apparaissent très pauvres. Au contraire de la musique Michel LEGRAND, toujours très bien écrite. C’est pour toutes ces raisons que j’ai eu envie de lui consacrer un disque.

La part d’improvisation est-elle importante ?
NF)
Bien sûr car elle représente l’essence même du jazz. Sur OUM LE DAUPHIN, nous jouons le thème en improvisant sur sa trame, ses harmonies. Ce qui donne au final un morceau de près de 6 minutes. Maintenant, il n’y a pas de véritable règle : Parfois, on invente d’autres harmonies que celles du thème originel. Par exemple, sur Les Moulins De Mon Cœur, on ne suit pas la grille harmonique du thème, trop longue pour improviser. On joue sur des harmonies qui lui ressemblent. C’est à dire une phrase raccourcie et adaptée qui nous permet de jouer le morceau de manière très énergique en 12/8.

Quel a été l’apport du pianiste Thierry ELIEZ, qui avait déjà travaillé avec Michel LEGRAND ?
NF)
Nous avons beaucoup discuté du choix des morceaux, des arrangements. II m’a particulièrement aidé pour équilibrer le programme car, s’agissant d’un hommage, je ne voulais pas me limiter aux musiques de films ; Cela aurait été forcément réducteur. C’est pour cette raison que nous puisons également dans ses musiques pour la télévision comme OUM LE DAUPHIN. Mais aussi dans la chanson avec Les Moulins De Mon Cœur. Et d’autres titres moins connus comme Tu Dormiras Longtemps, que nous empruntons à Claude NOUGARO.

Justement, comment est venu l’idée de reprendre Tu Dormiras Longtemps ?
NF)
Quand nous avons évoqué l’album LEGRAND NOUGARO auquel Thierry ELIEZ avait participé. Au début, je souhaitais reprendre Schplaouch. Puis, il m’a dit que Tu Dormiras Longtemps constituait sa chanson préférée. Je l’ai alors réécoutée et ai trouvé qu’il s’agissait d’une bonne suggestion. D’autant que, s’agissant d’un album consacré à Michel LEGRAND, tout le monde s’attendait à retrouver certaines ballades, mais probablement pas celle là. En ce qui concerne l’arrangement, nous nous sommes fortement inspirés de la version originelle écrite à partir de trois accords. Maintenant, pour ce disque, j’ai écrit un arrangement avec une harmonisation par couplet. Ce qui pour moi convient avec les paroles.


Qui a eu l’idée d’enregistrer le très rare A Quiet Room en duo avec Michel LEGRAND au piano ?
NF)
C’est moi car je voulais aussi jouer des morceaux méconnus comme A Quiet Room ; Une chanson qui figurait uniquement dans l’album Michel Plays LEGRAND édité par Laserlight. Je souhaitais surprendre l’auditeur en lui faisait écouter des standards comme SUMMER 42 mais aussi des thèmes plus rares. Ou des titres connus mais repris différemment, avec une certaine originalité, comme Les Moulins De Mon Cœur. Ou encore, avec une manière de jouer droite et avec une certaine profondeur dans What Are You Doing The Rest Of Your Life. Pour en revenir à A Quiet Room, il s’agit d’un très beau thème en apparence simple mais qui en fait module plusieurs fois. Comme j’invitais Michel LEGRAND à venir jouer sur mon disque, je n’avais pas envie qu’il joue sur les morceaux qu’on lui demande toujours. Au contraire, je pense qu’on ne lui a pas souvent demandé de jouer A Quiet Room. II s’agissait donc d’une excellente occasion de lui faire plaisir et à moi aussi.

Comment s’est passée la participation de Michel LEGRAND ?
NF)
Nous avons fait une seule séance pour les morceaux A Quiet Room et Summer 42. Nous avons joué en trio avec Mauro GARGANO à la contrebasse, tous les trois réunis et serrés dans la même pièce. J’ai beaucoup aimé cette séance car j’ai ressenti beaucoup de chaleur, de spontanéité. J’en garde un très bon souvenir car Michel LEGRAND à été je crois très content de s’investir personnellement dans ce disque. Nous nous sommes vraiment motivés les uns et les autres et, au final, il me semble que Michel LEGRAND a pris beaucoup de plaisir à jouer avec nous et inversement.

Vous lui laissez le mot de la fin en l’autorisant à jouer du piano et chanter sur Summer 42 ?
NF)
Comme il s’agissait d’un disque instrumental, je m’étais dit que, quant à inclure un thème chanté, ce serait mieux de le mettre à la fin. En ce qui concerne l’arrangement, il s’agit d’une version assez fidèle à l’originale. J’avais écrit un autre arrangement mais j’ai senti qu’il préférait jouer la version habituelle. Comme il a eu la gentillesse d’accepter de jouer sur mon disque, je n’ai pas insisté et nous nous sommes adaptés à sa version.

Dans quel esprit abordez-vous la présentation de cet album en concert ?
NF)
Avec le quartet, nous avons envie de nous amuser avec la musique de Michel LEGRAND. Chaque concert est différent car nous trouvons dans cette musique une liberté qui nous permet de partir dans l’improvisation.

Le concert au Duc des Lombards a du avoir un parfum particulier avec la présence de Michel LEGRAND ?
NF)
Quand Michel LEGRAND nous rejoint sur scène, il ne s’agit pas forcément du même public. De même, nous ne poussons pas autant l’improvisation. Quand nous jouons seuls en quartet, il s’agit de concerts plus jazz, plus ouverts et en adéquation avec nos différentes personnalités. D’un point de vue artistique mais aussi affectif, je trouve important qu’un compositeur auquel on rend hommage soit présent lors d’un concert. Si en plus il participe, comme Michel LEGRAND, nous pouvons considérer que nous avons gagné notre pari !

Aimeriez-vous participer au grand concert de jazz qu’il va donner à la salle Pleyel en février 2009 ?
NF)
II m’avait déjà invité à un concert de jazz et j’y avais participé avec plaisir. Alors, s’il m’invite à ce nouveau, je serai là !

Musiques De Films

Quel regard portez-vous sur la musique de films ?
NF)
J’adore la musique de films, plus particulièrement les compositions pour grand orchestre car je suis sensible à l’écriture. D’où un constat : Beaucoup de compositeurs, aujourd’hui, ne me semblent pas savoir écrire. J’ai l’impression qu’ils composent de la musique de films seulement parce qu’ils appartiennent à la même confrérie qu’un metteur en scène. Ce qui, je dois l’avouer, m’agace.

Pouvez-vous préciser ?
NF)
J’ai la désagréable impression que, dans la musique de films, il existe une partie business qui passe bien avant l’artistique. Contrairement aux Etats-Unis où le budget musique constitue le deuxième poste d’un film, En France c’est le dernier. Ensuite, je constate que nous n’avons pas un rapport affectif très développé à la musique et je le regrette. Par exemple, en Allemagne comme en Italie, on voit des orchestres à la télévision. De même, en Allemagne, tout le monde sait lire la musique. Ce qui n’est pas le cas en France où l’intérêt pour la musique est limité. Ce que je trouve cela dommage. Une autre chose que je n’oublie pas, c’est que nombre de compositeurs, en particulier américains, se sont inspirés d’une culture musicale européenne souvent oubliée dans notre pays. Je pense par exemple à John WILLIAMS, dont par ailleurs j’adore la musique. Quand on écoute la partition de STAR WARS, on y reconnaît de nombreuses similitudes avec THE PLANETS de Gustav HOLST ; Une œuvre composée il y a près d’un siècle ! En fait, on retrouve dans les œuvres de Maurice RAVEL, Claude DEBUSSY, Sergeï PROKOFIEV ou Igor STRAVINSKY, presque tous les plans d’orchestre, les manières d’écrire de la musique de films américaine ! J’aime le rappeler à certains passionnés de musiques de films qui ne sont pas forcément des connaisseurs en musique classique. IIs pensent que ce sont les compositeurs de musiques de films qui ont inventé cette façon d’écrire ; Cela prouve à quel point il y a un problème d’éducation musicale en France.

Avez-vous déjà joué sur des musiques de films ou aimeriez-vous le faire ?
NF)
J’ai déjà composé des illustrations musicales, pour des films de cinéma, de télévision et des spots publicitaires. J’ai trouvé cela intéressant et j’aimerais y revenir. Maintenant, un musicien ne peut pas être partout. En ce qui me concerne, je me produis beaucoup sur scène. Pour que j’envisage de me consacrer à la musique de films, il faudrait que je développe tout un relationnel dans le milieu du cinéma ; Ce qui demande du temps. Très sincèrement, je pense disposer de la culture cinématographique, de la capacité d’écrire de la musique dans différents styles tout en gardant mon univers pour composer de la musique de films. Mais pas forcément du temps nécessaire pour m’y consacrer. Mais cela me plairait beaucoup !

Plus d’informations sur Nicolas FOLMER sur www.MySpace.com/nicolasfolmer

Plus d’informations sur Cristal records http://www.cristalrecords.com

 

Cette page a été modifiée pour la dernière fois le dimanche, 01 juin 2008