CINESERENADE.COM webzine

Un nouveau regard sur la musique pour l'image !
ACCUEIL CINESERENADE
RENCONTRES
FESTIVALS !
REALISATEURS
BRUNO COULAIS
J.M. BERNARD ET M. GONDRY
LYRIQUE
CHRONIQUES
CHANSON
CENTENAIRE
TELEVISION
PLUS BELLE LA VIE
CHRISTOPHE LAPINTA OUVRE SA CAVERNE
RDV EN TERRE INCONNUE
LES MARIEES DE L'ISLE BOURBON
MYSTERE
JEAN-MARIE SENIA ET JACQUES FANSTEN
DES GENS QUI PASSENT
CHRONIQUES TELEVISION
PHILIPPE SARDE SE CONFIE
CONCERTS & SPECTACLES
MUSICALS
ACTUALITES
Plan du site
Contactez-nous
COUP DE FOUDRE SUR L’ISLE BOURBON ENTRE EUZHAN PALCY & JEAN-MARIE SENIA                    
 
En cette rentrée, la musique de Jean-Marie SENIA rencontre, grâce à la productrice du SERMENT DE MADO, le cinéma d’Euzhan PALCY. A peine entend-elle quelques notes du compositeur de LA POMPADOUR que la réalisatrice de RUE CASES NEGRES l’engage pour la musique de sa mini-série LES MARIEES DE L’ISLE BOURBON. Epoustouflé par la générosité de son film, Jean-Marie SENIA accepte immédiatement d’embarquer pour l’Isle Bourbon ! Au 17ème siècle, de jeunes orphelines, ainsi que des prostituées, quittent la Salpêtrière pour peupler cette île qu’on appellera plus tard La Réunion. Parmi elles, fuyant un passé douloureux, Alix accepte un premier mariage mais, devenue veuve, s’amourache de Penmach, le Commis de La Compagnie des Indes Orientales. Emporté par la sensibilité d’Alix, Jean-Marie SENIA s’inspire particulièrement de la jeune comédienne Marie PIOT pour construire un thème principal orchestral qui porte les prémices d’une seconde partie romantique et révoltée. Mais cet amour déplait fortement à Blancpain, un riche propriétaire et voyou pour lequel Jean-Marie SENIA a imaginé un thème à base de viole de gambe, un instrument qui représente son combat pour séduire Alix. Au détriment de Louison, dont les vœux de devenir une dame se retrouvent dans une musique faussement royale jouée notamment au clavecin. Comme souvent, Euzhan PALCY a signé une œuvre universelle sur les origines du métissage, le déplacement des populations, de la Réunion à l’Afrique. Ce qui se retrouve dans la musique qui utilise, et c’est une première pour Jean-Marie SENIA, beaucoup de voix africaines. Il en résulte une partition flamboyante, souvent gracieuse, parfois pleine de percussions, mais toujours généreuse et vivante. Rencontre avec une réalisatrice, une comédienne et un compositeur heureux !


Coup De Foudre Entre Dijon Et La Réunion

Euzhan PALCY, à quel moment pensez-vous à la musique de vos films ?
EP
Tout dépend des films. Souvent, je tourne avec déjà une musique dans la tête, qui me donne le rythme du film. Je sais donc plus où moins quel style de musique j’ai envie d’entendre sur mes images. Maintenant, j’approche ma relation avec le compositeur d’une manière très respectueuse, comme une véritable collaboration. Je le laisse d’abord visionner le film. Puis, s’il l’aime, nous nous asseyons à la table de montage pour discuter de la musique. Jean-Marie SENIA lui, en est tombé amoureux, alors que, suite à une erreur technique, nous lui avions fourni une copie de travail sans les dialogues. Comme il n’a pas osé en réclamer une nouvelle, il a découvert le film en version muette !

Quelle fonction accordez-vous à la musique ?
EP
Je ne suis pas favorable à une présence systématiquement de la musique sur les images. Je considère plutôt la musique, qui ne doit pas apparaître redondante, comme un personnage supplémentaire. J’essaye de l’utiliser de façon à ce qu’elle apporte quelque chose au film. Il m’arrive aussi parfois de ne pas en mettre, pour laisser vivre la nature, entendre les animaux, le vent, des rires d’enfants…

Connaissiez-vous Jean-Marie SENIA avant ce film ?
EP
Je connaissais sa réputation de compositeur. Il m’avait été conseillé par la productrice Françoise BERTHEAU-GUILLET, suite à leur collaboration sur LE SERMENT DE MADO de François LUCIANI. Elle m’a fait écouter quelques exemples de ses musiques et, immédiatement, j’ai eu envie qu’il compose la musique de ce film. Je dois dire que, souvent, quelques échantillons de musique ne me suffisent pas pour me décider sur le choix d’un compositeur. J’attache également beaucoup d’importance au facteur humain. Dans le cas de Jean-Marie SENIA, nous avons eu un coup de foudre mutuel ! Lors de notre rencontre à Dijon, nous avons discuté du film, de musique. Puis, il m’a proposé des thèmes qui correspondaient parfaitement à mes attentes ; Notre collaboration commençait formidablement bien !

Jean-Marie SENIA, n’avez-vous pas été gêné que votre collaboration avec Euzhan PALCY commence avec un film en version muette ?
JMS Je voudrais dire d’abord à quel point je suis heureux d’avoir travaillé avec Euzhan PALCY ; C’était pour moi un rêve qui se concrétisait ! J’ai très bien réagi à la vision de son film car les images m’avaient suffi pour reconstituer toute l’émotion par rapport au scénario. J’ai trouvé qu’il se dégageait du film une grande générosité, qu’Euzhan PALCY a transmise à ses comédiens mais à moi aussi ! En plus, le sujet correspondait idéologiquement à mes envies ! Il me revient d’ailleurs une anecdote, qui concerne Lydia EWANDE, cette actrice qui joue la grand mère Cal et sert aussi de narratrice. Euzhan PALCY a dû travailler longuement, de la même manière qu’avec un musicien, devant moi et mon assistant Frédéric JACMIN, pour obtenir d’elle la musicalité de son jeu. Il s’agissait pour moi d’un présage extraordinaire car cette réalisatrice possédait de véritables oreilles ! Vous savez, beaucoup de metteurs en scène possèdent un œil, un sens du jeu. Mais des oreilles profondes, c’est très rare !

Quand Une Actrice Allume Le Feu Dans La Musique

Peut-on dire que le thème principal prend sa source dans le personnage d’Alix, joué par Marie PIOT ?
JMS
Plus exactement, il découle du jeu de Marie PIOT qui d’ailleurs, et je lui ai dit, m’a inspiré une grande partie de cette musique. Elle nous a tellement touchés, moi et mon assistant Frédéric JACMIN, que nous avons décidé de transférer notre émotion sur le thème d’Alix. Nous avions en quelque sorte trouvé notre violon, il ne restait plus qu’à dénicher l’archet ! A partir de ce constat, il m’apparaissait naturel de composer en premier le thème d’Alix et de le soumettre à Marie PIOT qui, chose qui n’arrive jamais, est venue me rendre visite dans mon studio à Dijon, devenant ainsi la première personne à entendre les maquettes de ma musique.

Justement, Marie PIOT, qu’avez-vous ressenti à l’écoute des musiques de Jean-Marie SENIA ?
MP
Avec Euzhan PALCY, que j’accompagnais chez Jean-Marie SENIA, nous avons ressenti un choc immédiat quand nous avons entendu la partie de sa musique qui utilise des voix malgaches. Pour nous qui l’avions tourné, sa musique correspondait parfaitement au film ; C’était très émouvant. A titre personnel, j’ai cependant une préférence pour le thème de Michel BLANCPAIN, joué par Jean-Yves BERTELOOT.
JMS Marie PIOT a allumé le feu dans la musique ! Il y a eu tout d’un coup quelque chose avec ce personnage. De plus, le fait qu’elle vienne à Dijon nous a touchés moi et mon assistant Frédéric JACMIN.
MP Même si je me suis bien entendu avec tous les comédiens, ma rencontre avec Euzhan PALCY puis avec Jean-Marie SENIA a été la plus marquante. Il n’y avait pas de compétition comme il peut en exister entre des comédiens. Il s’agit d’une rencontre complètement basée sur la générosité. Ils m’ont accueilli les bras ouverts ; Nous avons travaillés ensemble pour la réussite du film.

Annoncez-vous, par la musique, le futur amour d’Alix et Penmach dans cette superbe scène où la jeune femme, souillée, se purifie dans l’eau et sous son regard ?
JMS Dans cette scène magnifique, le thème d’amour intervient comme un cristal, pas encore très prononcé. Cette musique n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt de la force et de la beauté de la scène, de cette femme qui rentre dans ce lieu, de cet homme qui l’observe ; Une beauté de la vie qui ne me rester plus qu’à organiser dans une construction terrifiante au niveau des instruments, avec de la harpe pour souligner l’élément aquatique. Je n’ai pas eu besoin sur ce film, au contraire des ZYGS, de brûler toute mon énergie pour trouver l’émotion des images. La générosité d’Euzhan PALCY et de Marie PIOT ont fait que je n’avais qu’à cueillir l’émotion qui se trouve en instance dans le film.

Pour quelle raison mettez-vous en avant la viole de gambe sur le personnage de Blancpain, notamment quand il regarde Alix dormir ?
JMS
Parce que la viole de gambe symbolise leur relation ; Il s’agit donc d’une variation du thème d’Alix car Blancpain en est amoureux. Sauf qu’il s’agit d’un amoureux transi, puisqu’il n’est pas aimé. Pour moi, la viole de gambe symbolise également l’attente de Blancpain. Mais aussi, d’une certaine façon sa castration ; La viole de gambe étant en effet, par son absence de vibrato qui fait qu’il ne peut pas, au contraire du violon, exploser, l’instrument par excellence de la castration.
EP En même temps, Alix constitue le talon d’Achille de Blancpain ; Un homme d’une grande violence, un criminel avec du sang sur les mains comme le dit Louison. Mais, quand il embrasse Alix, comme appelé par Cupidon, il perd tous ses moyens, se ridiculise. Jusqu’au bout, il va chercher le regard de celle qu’il aime, pour qui il donne sa vie.
JMS C’est là que se trouve la générosité de ce film : Blancpain, comme Louison et tous les personnages sont ourlés par quelque chose qui les sauve. On ne le jette pas et je trouve cela très beau.

Etait-il important que le personnage de Louison, ainsi que son thème musical, apparaisse en décalage ?
EP
Oui, parce que Louison représente une ancienne prostituée qui, par delà son humour, cherche à se reconstruire une virginité, accéder au statut de dame. Son thème de Louison m’amuse beaucoup ; On sent que Jean-Marie SENIA s’est fait plaisir en le composant. Puis, son aspect faussement royal et le choix du clavecin la caractérisent parfaitement. D’ailleurs, j’adore la séquence dans laquelle alors qu’elle boit le thé et qu’elle lève le petit doigt, Blancpain lui dit qu’elle n’est pas une femme mais qu’elle a de la cervelle. Il faut se rappeler que, déjà, Louison avait allumé Alix à la Salpetrière à Paris. Elle dégage beaucoup d’ironie, de dérision quand elle lui dit qu’elle a peut-être arpenté les trottoirs de Paris mais qu’on ne l’a pas abandonnée comme un chien. Maintenant, Louison reste une victime, ce que l’on saisit quand elle dit qu’on l’a mise de force sur le trottoir comme on l’a embarquée de force sur le bateau pour l’Isle Bourbon.

Comment expliquez-vous le choix du clavecin, qui n’existait pas à l’époque du film ?
JMS Son instrument aurait dû être une petite épinette de rien du tout. Mais, selon elle, qui désire accéder au statut de dame, elle mérite un clavecin ! Alors nous lui avons donné !

Des Voix Porteuses De Souvenirs De Souffrances Ancestrales

A quoi correspondent ces voix, presque des cris, à la fin de la première et surtout dans la deuxième partie ?
JMS
Euzhan PALCY souhaitait entendre les chanteurs à cappella sud-africains Ladysmith Black Mambazo ; Un ensemble que je connaissais et appréciais également.
EP Je l’avais déjà utilisé dans UNE SAISON BLANCHE ET SECHE sur des images de gamins en train de jouer. J’ai voulu que Jean-Marie SENIA l’utilise pour souligner l’expression malgache, le souffle humain. Dans la deuxième partie, ces voix représentent également la révolte parce qu’il y a un côté guerrier, battant.
JMS Il s’agit de chœurs qui, liés à l’écriture musicale du film, interviennent à la manière d’un contrepoint.

Quelles sont ces voix que l’on entend également dans le générique de fin ?
JMS
Il s’agit de chanteurs malgaches rencontrés à Paris grâce à Euzhan PALCY et à l’Association de malgaches à Paris. Il faut dire qu’elle tenait à me faire écouter des chanteurs malgaches. Ce qui signifiait qu’elle voulait en entendre dans la musique. Quand je les ai entendus, j’ai demandé un budget supplémentaire à mon éditeur Eric DEBEGUE et nous nous les avons fait venir chez moi à Dijon. Nous avons alors enregistré en une seule prise ce générique de fin où la voix aiguë de Candy CANNELLE est extraordinaire.

Les chœurs sont également intégrés dans toute la musique trépidante et épique de la deuxième partie ?
JMS
Oui, car je souhaitais que la musique participe à cette lutte contre les différences racontée dans le film. Il s’agit d’une musique colorée par la force des voix. Les mêmes parties enregistrés avec des chœurs français n’auraient pas eues la même force, la même dynamique.
EP En même temps, ces voix portent les souvenirs de souffrances ancestrales. J’ai envie de les rapprocher du blues du vieux nègre américain, qui n’est jamais allé à l’école et a passé sa vie dans les champs de coton.
JMS Maintenant, nous n’avons pas voulu en abuser. Nous voulions une musique universelle qui, par petites touches, réinjecte les choses.

Pouvez-vous nous parler de l’importance des percussions ?
JMS
J’aurais regretté de ne pas utiliser de percussions sur la musique d’un film dont l’action se déroule, en grande partie, sur l’Ile de la Réunion. Pour les percussions malgaches, j’ai cherché des instruments, africains ou pas, très diversifiés et colorés pour donner une idée de l’exotisme. En ce qui concerne les percussions classiques, j’ai utilisé les timbales, les xylophones, les vibraphones, les caisses claires. J’ai recherché un pendant entre les percussions malgaches et les percussions classiques. Il me semblait intéressant de montrer le monde africain, avec sa propre culture des percussions, et le notre qui n’en manque pas aussi. Dans la musique de films, au contraire de la musique classique, on sous-utilise souvent les percussions. Ce film m’offrait l’occasion d’en utiliser pour apporter de l’exotisme à ma musique.

Avez-vous utilisé plus de musiciens que d’habitude ?
JMS
Beaucoup plus ! J’ai utilisé 3 fois plus de cordes et j’espère que cela s’entend. Surtout, j’ai découvert un jeune clarinettiste formidable, en plus un voisin, Eddi ROSSO, qui jouera désormais dans toutes mes musiques. II possède une tendresse, une humanité que j’avais envie de retrouver dans la musique de ce film.

Euzhan PALCY, Jean-Marie SENIA et Marie PIOT


Aimeriez-vous retravailler ensemble ?
EP
Enormément ! J’aimerais emmener Jean-Marie SENIA avec moi aux Etats-Unis et partout.
JMS Ce film restera fondamental pour moi tant cela a été un bonheur absolu. J’ai travaillé sur de nombreux films. Mais très rares sont ceux où j’ai été heureux. Puis, nous avons eu la chance que Marie PIOT en devienne, par sa présence constante, l’ange protecteur ; J’en regrette d’autant l’absence de cd et de dvd !

Entretien réalisé à Paris le 3 septembre 2007.
LES MARIEES DE L'ISLE BOURBON, Un film d'Euzhan PALCY, une musique de Jean-Marie SENIA

Diffusion sur France 3 les jeudi 27 septembre et 4 octobre 2007
 
Cette page a été modifiée pour la dernière fois le lundi, septembre 24, 2007