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JEAN-MICHEL BERNARD TROUVE UNE PLACE AU SOLEIL


Double actualité pour Jean-Michel Bernard : Alors que sort le double dvd de LA SCIENCE DES REVES, le film de Michel Gondry qui l'a fait connaître, il revient avec la musique de MA PLACE AU SOLEIL, première œuvre touchante d'Eric de Montalier. Le scénario raconte les destins croisés d'hommes et de femmes, qui vivent autant de situations heureuses que délicates sur leur parcours vers le soleil. Après des essais infructueux avec un autre compositeur, le réalisateur a contacté Jean-Michel Bernard très tardivement. Touché par l'humanité de la démarche, il a répondu par une partition aux sonorités plus globales que thématiques. Il a donc écrit des thèmes profonds et modernes dans lesquels les claviers et les notes respirent, d'où des mouvements jamais allongés. Ses musiques séduisent par leur apparente simplicité qui renvoie à des orchestrations recherchées, notamment dans un emploi de percussions similaire à certaines musiques sud-américaines. Sans oublier des cordes qui, en apparaissant souvent dans un deuxième temps, apportent un souffle mesuré. Alors que les projets s'accumulent pour Jean-Michel Bernard, il a accepté de nous raconter cette collaboration tout en revenant sur celle avec Michel Gondry.


Connaissiez-vous le réalisateur Eric de Montalier avant qu'il ne vous propose de composer la musique de son premier film ?
Jean-Michel BERNARD Absolument pas ! Mon nom lui avait été conseillé par Gilles Lellouche et Tristan Aurouet, qui avaient réalisé le film NARCO. Il est venu me voir alors qu'il était en fin de production de son film. Il était embarrassé car la musique du précédent compositeur lui avait paru trop froide.

Quel genre de cinéaste est-il ?
JMB Il fait partie de cette génération de réalisateurs qui aiment les compositeurs originaux, comme Thomas Newman. Mais aussi Jon Brion, qui avait composé la musique de MAGNOLIA, film qui représente souvent une référence pour les jeunes réalisateurs actuels.

Comment s'est passée votre collaboration ?
JMB Très rapidement mais dans de bonnes conditions dans la mesure où, dès le départ, nous avons eu un très bon contact humain; Ce qui est déjà très important. Comme je suis intervenu en toute fin de production, j'ai dû élaborer toutes les bases de ma musique en seulement une quinzaine de jours.

Pour quelle raison la musique de MA PLACE AU SOLEIL est plus globale que thématique ?
JMB Il est vrai que, par rapport à LA SCIENCE DES REVES, où il y avait une thématique assez affirmée, j'ai privilégié la couleur globale de la musique. Il fallait englober une multitude de personnages qui se rejoignent dans différents décors, sur des séquences durant jusqu'à plus de quatre minutes, pour donner une unité au film. Il y avait tellement de personnages qu'il aurait été pléonastique de partir sur une musique thématique. J'ai donc imaginé des sonorités entières aux thèmes pas trop allongés. Le film comporte beaucoup de musique mais, et cela a plu à Eric de Montalier, il s'agit d'une partition qui respire sans jamais prendre le pas sur les dialogues.

Faites-vous référence aux espaces que contient votre musique ?
JMB Absolument, cette musique comporte parfois des pauses puis repart; Les percussions, comme des tambours frottés, jouées par Nicolas Montazaud, englobant les différentes parties. J'ai également utilisé des guitares et du piano électrique.

Qu'a pensé Eric de Montalier de l'utilisation des mêmes claviers que LA SCIENCE DES REVES ?
JMB Je dois dire qu'il a été touché par la chaleur de ces sonorités, du côté vintage des claviers. Ici, j'ai utilisé un piano électrique Rhodes alors que, sur LA SCIENCE DES REVES, il s'agissait plutôt d'un clavier Wurlitzer, un instrument plus médium qui possède un vibrato. Le Rhodes est un instrument à la sonorité plus grave et qui résonne beaucoup. Ce qui pour moi correspondait bien aux personnages.

La résonance de la musique passait-elle par l'utilisation du piano sur les séquences intimistes ?
JMB Plus que le piano, j'avais envie de laisser résonner les notes, de manière à obtenir une musique à la fois moderne et plutôt simple. Je ne voulais surtout pas, sur la séquence des retrouvailles à l'aéroport, d'une musique outrageuse.

Par quelle orchestration apportez-vous la largeur de la musique et le côté crescendo sur la séquence du requin et des rêves dans le Pacifique Sud ?
JMB Vous faites référence à cette séquence où la musique monte constamment. Elle commence par la scène de doublage d'un film qui parle de requins avec plusieurs personnages, dont le réalisateur Eric de Montalier. Puis, on voit François Cluzet avec la petite jeune dans un lit et, à la fin de la séquence, il se prend un coup de poing dans la figure. Il s'agit d'un thème assez rythmé, sans thématique proéminente, dont la couleur orchestrale est formée par les percussions, un didgeridoo et des nappes de cordes. Je voulais que les cordes, qui n'apparaissent ni rythmiques ni mélodiques, donnent à ce morceau une certaine étrangeté.

Avez-vous utilisé une rythmique particulière lorsque les personnages joués par Hippolyte Girardot et Mélanie Doutey se retrouvent dans son appartement ?
JMB Il s'agit d'un mélange de piano électrique avec une rythmique jazz rock jouée par les percussions et le didgeridoo. Les cordes, mais aussi la rythmique de batterie, n'arrivent qu'à la moitié de la séquence de manière à faire monter la musique en puissance.

Les cordes apparaissent-elles souvent dans un second temps pour donner de l'épaisseur aux thèmes ?
JMB Complètement. Cela est particulièrement vrai dans le morceau qui ouvre le film où les cordes s'ajoutent, dans un second temps, aux percussions et aux harmoniques de guitare.
De quelle manière introduisez-vous cette couleur proche de certains instruments sud-américains sur le thème du générique début ?
JMB Par l'utilisation de la harpe et surtout de la clarinette, dont la tessiture se retrouve dans certains registres d'un bandonéon ou d'un accordéon. Sur cette musique, je n'ai pas utilisé une grosse formation classique car le budget ne me le permettait pas.

Est-ce que votre femme Kimiko Ono chante sur ce thème, le principal de votre partition ?
JMB Il s'agit d'un thème qui revient de façon sporadique, notamment à la fin dans une tonalité beaucoup plus lente. Kimiko intervient, en faisant des vocalises à la manière d'une petite fille, dans une variation sur une séquence où François Cluzet, dans son appartement, regarde une sculpture de sa femme. Il s'agit du même thème que le générique début et à la fin sauf qu'il intervient dans une autre tonalité, beaucoup plus lente.

Avez-vous travaillé différemment la séquence où votre musique originale se mélange à celle d'un film policier diffusé à la télévision ?
JMB Je n'ai pas travaillé d'une manière spéciale cette musique, sachant que le mélange se ferait au moment du mixage du film. J'ai simplement mis en musique la séquence complète sachant qu'elle se mélangerait à une musique de source. J'ai trouvé assez amusant cette superposition de musiques de sources et originales, comparable à celle que l'on trouve comme dans LA SCIENCE DES REVES sur la séquence du bar.

Quelles percussions utilisez-vous pour donner parfois une couleur irréelle à votre musique ?
JMB Il s'agit de parties de crotales qui sont jouées dans l'aigu pour donner, comme des clochettes, un côté effectivement irréel à certaines situations. J'ai utilisé ces sonorités sur les scènes dans les aéroports et lorsque la mort rôde, notamment dans l'esprit du personnage interprété par Jacques Dutronc. Je souhaitais exagérer l'aspect irréel de ces séquences pour que la musique aide le film.

Qui a eu l'idée de la chanson du générique de fin I Don't Know You, You Don't Know me interprétée par Kimiko Ono ?
JMB C'est moi car, sur ce film, j'avais eu envie de finir par une chanson. Je trouvais qu'une chanson serait la bienvenue pour terminer le film. Ensuite, cela permettait d'unifier tous les personnages, en particulier sur le travelling devant le café. Il s'agit d'une chanson qui a un côté pop rock anglais pas forcément très éloigné des Beatles, dont les paroles ont été écrites par Kimiko Ono. Je l'aime beaucoup car elle comporte une succession de quatre accords simples avec des degrés qui ne sont pas ceux que l'on attend habituellement dans les chansons. Je suis très content que Kimiko Ono l'interprète car, depuis qu'elle a chanté Golden The Pony Boy dans LA SCIENCE DES REVES, tout le monde m'en parle. Au final, j'ai vraiment apprécié de travailler sur ce premier film, très attachant dans ses qualités comme ses défauts.

RETOUR SUR LA SCIENCE DES REVES

Le succès de LA SCIENCE DES REVES vous a t-il encouragé à continuer sur la voie de la musique de films ?
JMB Oui car, comme tout compositeur, j'avais besoin d'un film à succès qui me permette de faire connaître mon travail. D'autant que j'ai décidé de m'impliquer complètement dans la musique de films. Jusqu'aux Etats-Unis, où je me rends de plus en plus souvent, on m'a beaucoup parlé en termes positifs de LA SCIENCE DES REVES.

Quelle place a la musique dans le dvd de LA SCIENCE DES REVES ?
JMB La sortie de ce double dvd, qui marche déjà très fort aux Etats-Unis, est très importante, surtout que Michel Gondry a fait un véritable travail sur les suppléments. Vous trouverez ainsi une version alternative du film avec des séquences mais aussi des musiques qui n'avaient pas été utilisées dans celle sortie au cinéma. Il faut dire que j'avais composé tellement de musique qu'il en restait beaucoup de disponible pour cette relecture du film. Le dvd devrait également comporter le making-of de la musique enregistrée au Studio Méga avec les séquences de Michel Gondry dirigeant l'orchestre pour faire les bruitages. Ainsi qu'un film réalisé par nos enfants qui se moquent de nous en faisant de la musique.

Composerez-vous la musique du prochain film de Michel Gondry ?
JMB Justement, je suis en train de composer la musique de BE KIND REWIND, son nouveau film. Il y aura, outre ma musique originale, des thèmes de Fats Waller réenregistrés plus des morceaux de Booker T et les musiciens des Blues Brothers.
En quoi consiste votre parrainage musical d'Emergence, l'Université d'été du cinéma français, qui se déroulera du 16 avril au 4 mai 2007 au C.N.R. de Marcoussis et sera présidé par Nicole Garcia ?
Il s'agit d'organiser la rencontre entre de jeunes compositeurs et les réalisateurs sélectionnés pour qu'ils mettent en musique les scènes de leurs projets de longs métrages. Cette manifestation m'intéresse car, pour une fois, on essaie de prendre la musique en amont pour lui donner une place plus importante dans le cinéma.
 
Entretien réalisé par Pascal HENRY à Paris le 05 03 2007 - Tous droits réservés