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Télévision JACQUES FANSTEN ET JEAN-MARIE SENIA RACONTENT LES ZYGS ! Passionné de sciences, Jacques Fansten (LA FRACTURE DU MYOCARDE), présente une mini-série d'anticipation et d'aventures romanesques. Après un accident, Anne (Claire Borotra) se trouve prisonnière sur une île paradisiaque où, parfois, des résidents disparaissent ou reviennent estropiés. Avec l'aide de Béjean (Malik Zidi - excellent), à la recherche de sa fiancée Bélise (Sonia Rolland), Anne tente de s'évader, de comprendre. Long à démarrer, le film devient passionnant à mesure de l'avancement d'un scénario efficace, qui ouvre la réflexion sur les dérives d'une science pas suffisamment encadrée. Fidèle à ses habitudes, Jacques Fansten a demandé à son ami Jean-Marie Sénia d'en composer la musique; Une partition qu'ils ont d'abord imaginé thématique mais qui ne fonctionnait pas avec les images. D'où une composition tendue, avec des rythmiques de cordes comme des pulsations, qui jouent davantage sur les ambiances. Les rares motifs thématiques traitant essentiellement la relation d'Anne et Béjean. Au final, le film comme la musique dérangent, soulèvent des questions sur l'avenir de l'humanité, comme dans l'étonnante chanson du générique interprétée par Yves Jamait. A tour de rôle, Jacques FANSTEN et Jean-Marie SENIA nous racontent les origines de ce qui pourrait devenir une série récurrente, et reviennent sur leur collaboration depuis plus de 20 ans ! JACQUES FANSTEN : J'ADORE LE REGARD DE JEAN- MARIE SENIA SUR MES FILMS ! 
Une Aventure Scientifique Et Romanesque
Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce film qui parle de science et d'anticipation ? JF) Certainement ma passion pour les articles scientifiques, quand ils traitent de problématiques d'éthique ou d'identité, comme dans mon film. J'avais très envie d'écrire un scénario sur le clonage et surtout ses complications. J'étais très excité à réaliser un film d'action, d'aventures dont chaque détour, chaque situation poserait des questions.
Avez-vous envie de susciter la curiosité des téléspectateurs sur les conséquences du clonage ? JF) Déjà sur le tournage, dans l'équipe, nous nous posions beaucoup de questions. Effectivement, j'espère déclencher chez certains téléspectateurs, à l'intérieur d'un film d'aventures romanesques, une multitude d'interrogations; La plus importante étant de se demander s'il est possible d'aimer une personne et son clone. Je crois à ce sujet car les problèmes soulevés par les découvertes scientifiques, qui touchent à l'avenir de l'humanité, nous concernent tous.
Auriez-vous aimé que vos clones soient physiquement plus différents que leurs référents ? JF) Oui, j'aurais aimé forcer les différences, rendre les zygs, qui vivent et sont soignés sur une île, plus bedonnants que leurs référents. Ce n'était malheureusement pas faisable matériellement du fait des conditions de tournages, assez rapides, pour la télévision. Malgré tout, je dois saluer les acteurs qui ont effectué un travail étonnant sur leur personnage et leur double respectif. Je pense à Jacques Bonnaffé qui ne fait que des choses imperceptibles mais qui permettent de distinguer le référent de son clone dans la scène de la bagarre.
Donnerez-vous une suite aux ZYGS ? JF) Oui en cas de succès. Il faut comprendre qu'il s'agit d'un film atypique qui effraie plus que d'habitude. Moi, je pense avoir réussi dans un premier temps à raconter une histoire qui contient des faits scandaleux, cachés à la population et à l'origine d'une tentative de révolte. La fin du film reste ouverte et soulève des questions pour une éventuelle suite sous la forme d'une série.
Les Images Appelaient Une Musique Plus Atmosphérique Que Thématique
Comment avez-vous travaillé avec Jean-Marie Sénia, qui a composé la musique de pratiquement tous vos films depuis longtemps ? JF) Vous savez, travaillant ensemble depuis plus de 20 ans, Jean-Marie et moi nous connaissons très bien. Sur ce film, il avait lu le scénario et nous avions commencé à parler de la musique. Puis, il a commencé à écrire des thèmes, dont certains avant le tournage, en particulier la musique de la séquence du bal. Il a donc composé des thèmes puis a commencé à m'envoyer des maquettes, des propositions de musiques dont nous avions discuté. J'ai écouté ces premiers thèmes, comme souvent, dans ma voiture, et je les ai beaucoup aimés. Sauf que lorsque je mettais ces musiques sur les images, elles ne fonctionnaient pas !
Pour quelle raison ? JF) La seule explication que nous avons trouvée, c'est qu'une musique trop thématique ne fonctionnait pas sur ce scénario. Ce qui, je dois le dire, nous a extrêmement tracassé !
D'où cette musique plus rythmique que thématique ? JF) Absolument. Nous nous sommes dirigés progressivement vers une partition plus temporelle. Les images appelaient une musique qui joue d'avantage sur les atmosphères, les tensions. D'ailleurs, la musique a commencé à fonctionner lorsque Jean-Marie Sénia a introduit, derrière des nappes instrumentales, des rythmiques formées par plusieurs instruments dont un violon. En utilisant certaines notes comme des pulsations, la musique prenait progressivement une dimension qui correspondait au scénario.
La dimension thématique de la musique est malgré tout présente sur la partie romanesque du récit ? JF) Oui, car en parallèle d'une partition atmosphérique, nous souhaitions glisser quelques thèmes thématiques, comme celui de la relation entre Béjean et Anne.
Pour quelle raison avez-vous choisi Yves Jamait pour interpréter la chanson du générique de fin ? JF) Parce que, connaissant certaines de ses chansons, je savais que sa voix serait parfaite pour porter des refrains révolutionnaires. Nous recherchions une voix qui contienne de la violence pour interpréter cette chanson, qui représente la révolte des zygs. J'en ai écrit les paroles et Jean-Marie Sénia la musique. Nous avons donc proposé la chanson à Yves Jamait et, par chance, il a accepté de l'interpréter; Cela l'amusait.
Peut-on dire de la création de cette bande originale qu'elle a été plutôt longue ? JF) Longue et difficile, surtout pour Jean-Marie Sénia ! Nous avons beaucoup réfléchi. Nous avons également déplacé nombre de musiques sur des séquences autres que celles initialement prévues. Cela m'était déjà arrivé souvent; Mais là, nous l'avons fait plus que d'habitude pour rechercher, selon les séquences, ou la surprise ou l'émotion. Pour toutes ces raisons, je suis très reconnaissant à Jean-Marie Sénia d'avoir réussi cette musique.
La Musique Représente Un Autre Regard Sur Mes Images… Et J'aime Beaucoup Le Regard De Jean-Marie Sénia
A quand remonte votre rencontre avec Jean-Marie Sénia ? JF) Je l'avais rencontré en 1982, par l'intermédiaire de Michel Favart, avec qui j'avais co-écrit le scénario du film LA TRIBU DES VIEUX ENFANTS, dont Jean-Marie Sénia a composé la musique. Nous avons collaboré la première fois sur un de mes films en 1983 sur DOROTHEE, DANSEUSE DE CORDE. Depuis, il a composé les musiques de presque tous mes films pour le cinéma (C'EST POUR LA BONNE CAUSE, ROULEZ JEUNESSE ! ETATS D'AME) et la télévision (LE FRANGIN D'AMERIQUE).
Quelles ont été ses premières propositions musicales ? JF) Sur DOROTHEE, DANSEUSE DE CORDE, une série d'aventures au début du siècle adaptée de Maurice Leblanc, il devait composer beaucoup de musiques avant le tournage. Il est donc venu de Dijon à la salle Pleyel à Paris pour me jouer ses thèmes au piano. Je les écoute une première fois sans rien dire. Comme souvent, je réfléchis car j'ai besoin d'écouter plusieurs fois les thèmes avant de donner un avis. Jean-Marie Sénia se met alors à me regarder, avec un grand sourire et me dit qu'il est content car la musique me plait. Alors que je ne lui avais rien dit ! Cette anecdote est devenue une plaisanterie entre nous. Depuis, chaque fois qu'il me propose une musique, je lui dis que je suis content qu'elle me plaise !
De quelle manière appréhendez-vous la musique ? JF) Notre manière de travailler dépend beaucoup des films. Parfois, Jean-Marie Sénia doit composer des musiques avant le tournage. Mais, en règle générale, dès que l'on dispose d'un premier montage, nous visionnons le film ensemble une première fois. Puis, nous le revoyons et, scène par scène, nous discutons, réfléchissons et parfois même rêvons de la musique. Aujourd'hui, Jean-Marie Sénia, plutôt que de me jouer les thèmes au piano, réalise des maquettes.
Que représente pour vous la musique d'un film ? JF) Quelque chose de très étrange. Lorsque la musique arrive, je vois le film différemment car, tout d'un coup, je découvre le commentaire d'une autre personne sur mes images. Comme un premier regard sur mon film… Et j'aime beaucoup celui de Jean-Marie Sénia; J'apprécie sa musique et sa personne !
JEAN-MARIE SENIA : JACQUES FANSTEN EST UN CINEASTE DONT JE SUIS PARFOIS JALOUX ! Une Musique Plus Rythmique Que Dynamique
Vous êtes-vous dirigé immédiatement vers une musique qui jouerait plus sur les atmosphères que sur les thématiques ? Jean-Marie SENIA) J'ai pressenti immédiatement le besoin de composer une musique qui contienne des motifs liés au danger, à la tension. Mais je ne voulais pas m'y limiter ! Je pensais que cela ne tiendrait pas sur deux films de 100 minutes. J'ai donc essayé de donner de l'énergie au film en composant des thèmes thématiques que j'ai ensuite maquettés pour les présenter à Jacques Fansten et à ses monteurs André et Claudine CHAUDAGNE.
Ces thèmes fonctionnaient-ils sur les images ? JMS) Selon eux, placés sur les images, ces thèmes, qui par ailleurs leur plaisaient, prenaient souvent trop d'importance. Il faut dire qu'il s'agissait d'évoquer une société très étrange, composée de clones, ce qui signifie des gens dont on ne connaît pas l'âme. Or vous savez très bien qu'un compositeur ne fait que donner son âme à travers sa musique ! J'ai donc essayé de faire parler mon cœur en composant une musique qui contienne de la compassion pour ces gens. Sauf que sur ce film il ne le fallait pas !
Pensiez-vous que le film était trop long pour vouloir lui donner de l'énergie ? JMS) Oui, surtout dans la première partie du film, que j'ai eu envie de dynamiser en insufflant de l'énergie à la musique. Sauf que toutes mes propositions de musiques pour dynamiser le film ne plaisaient pas à Jacques Fansten et à ses monteurs ! Ils trouvaient que je forçais le trait. Embarrassé, j'ai dit à Jacques Fansten que je ne savais plus quoi faire.
Quelle a été sa réaction ? JMS) Il a repris toutes mes musiques en listant celles qui lui plaisaient et les autres qui n'aimaient pas. Il voulait se réserver la possibilité, au mixage, de choisir entre des musiques avec ou sans rythmes. Nous avons alors, avec mon assistant Frédéric JACQMIN, remixé l'ensemble des musiques. Nous avons enlevé de très petites choses pour faire deux versions de chacun des thèmes, de manière à ce qu'il ait à sa disposition des musiques avec et sans rythme. A partir du moment où Jacques FANSTEN m'avait clairement défini ses règles, tout s'est clarifié et nous avons accepté le jeu de remixer les thèmes.
Le choix d'instruments comme la contrebasse, rare chez vous, est-il lié au besoin d'une musique plus rythmique que mélodique ? JMS) J'avais besoin d'instruments qui donnent une rythmique et en même temps qui ne gênent pas la parole. D'où une musique au rythme sous-terrain, avec un sentiment de révolte sous-jacent chez ces gens qui se rendent compte qu'on les a bluffés. La contrebasse me paraissait parfaite pour donner à la fois ce côté rythmique et mélodique; J'en ai donc usé et abusé alors que je ne l'utilise pratiquement jamais; Ce qui a beaucoup plu à Jacques FANSTEN ! J'ai également utilisé les cordes, qui fonctionnent comme des tensions et sont jouées par mes musiciens habituels.
Cette histoire d'atmosphère ne vous a pas troublé ? JMS) Si, parce que pendant la première heure du film, on se trouve dans le royaume des ombres. Il faut ramper un peu et agiter, de temps en temps, la situation. On ne peut pas développer de lyrisme puisqu'on ne connaît pas ces personnages qui, apparemment, n'ont ni cœur ni âme. Ce sont des clones dont on ne sait encore rien quand se termine le deuxième épisode. Comme me disait Jacques FANSTEN, ce n'est que dans les prochains épisodes, s'ils existent, qu'on commencera à les connaître et qu'ils se révolteront; Ce qui me donnera l'occasion d'écrire des thèmes de liberté. Donc, il n'y avait rien à jouer pour moi. C'était un film difficile car il fallait que je sois pratiquement en permanence en sous-terrain et mystérieux, comme les personnages.
Est-ce que l'absence de véritable histoire d'amour dans le film vous a gêné ? JMS) Il s'agit d'une des raisons pour lesquelles cette musique de film m'a donné beaucoup de mal. Que voulez-vous faire d'un musicien si vous lui interdisez les sentiments ? Moi, je les attends avec impatience pour écrire ma musique ! Ici, je me suis jeté sur le semblant de romance entre Anne et Béjean pour écrire une musique avec des sentiments. J'y ai utilisé non pas le violon ou le violoncelle mais le cor anglais, un instrument moins directement romantique joué par Dominique JACQMIN sur une ombre de thème mélodique qui monte. Ce qui donne, sur une musique baissée de quelques crans, un thème plus pudique et mystérieux.
Une Chanson En Prélude A Une Révolte
Peut-on dire que la révolte des clones arrive à travers la chanson du générique interprétée par Yves JAMAIT ? JMS) Effectivement, elle n'est nommée qu'à la chanson finale, Le Mode D'Emploi, qui pressent l'éventuelle suite de cette histoire, si elle devient une série récurrente. Cette chanson reprend un thème principal, sur lequel Jacques FANSTEN a posé des paroles. J'ai demandé à Stéphane MULET, d'en écrire les arrangements très modernes. Au moment de chercher un chanteur, il m'a suggéré de demander à Yves JAMAIT, pour qui il écrit également des arrangements, de l'interpréter. Moi, je pensais qu'il n'accepterait jamais. Or, quand il a entendu la maquette, il a dit oui immédiatement. J'en suis très heureux car c'est un véritable chanteur, avec la même force d'interprétation que Jean O’Cottrell, qui jouait sur scène L'ECCLESIASTE au Théâtre de la Tempête l'année dernière. Cela a vraiment été un bonheur de travailler sur cette chanson !
Cette chanson est-elle un prélude à l'éventuelle série ? JMS) La chanson reprend un thème qui court pendant tout le film mais que l'on entend très peu. Effectivement, j'espère que nous pourrons le développer en tant que thème principal dans les prochains épisodes. C'est pour cette raison qu'il n'apparaît que sur le générique, après le film, à travers la chanson.
Retiendrez-vous de la musique des ZYGS qu'elle a été difficile à concevoir ? JMS) Notre collaboration a été très difficile car je crois que Jacques FANSTEN ne savait pas lui-même ce qu'il voulait comme musique. Surtout, et j'ai essayé de le faire, il fallait se décaler musicalement. Cela a pris du temps mais j'ai réussi !
Un Cinéaste Jalousé Par Un Musicien
Que représente pour vous Jacques FANSTEN ? JMS) D'abord et avant toute chose, il représente un homme pour lequel j'éprouve une immense estime. Pas seulement en tant qu'homme parce que je l'aime beaucoup en tant qu'ami. Surtout, je pense que c'est un homme d'une immense intelligence et qui ne se contente pas de choses faciles. C'est à dire qu'il a toujours cherché dans ses créations à raconter des choses rares et des histoires humaines.
Comment définiriez-vous sa façon de filmer ? JMS) Il filme comme si c'était un enfant qui réalisait le film ! J'apprécie particulièrement son trait de caractère qui fait qu'il n'a jamais tué sa part d'enfance. Cela signifie qu'il se place toujours à la place des enfants, et, comme eux, se trouve perpétuellement émerveillé par le monde. J'aime énormément cette position qui lui donne à la fois de la tendresse et de la naïveté, et qui moi me va extrêmement bien. Autre chose, Jacques FANSTEN est à mon sens un immense scénariste; Beaucoup de ses films, comme LA FRACTURE DU MYOCARDE ou LES LENDEMAINS QUI CHANTENT, m'ont fait pleurer. A tel point que je lui ai dis parfois de ses films, par exemple ROULEZ JEUNESSE, que j'en étais jaloux; J'aurais aurais aimé les réaliser à sa place !
Entretiens réalisés les 12 avril et 7 mai 2007 LES ZYGS, Un film de Jacques FANSTEN, Une musique de Jean-Marie SENIA Diffusion sur France 2 les mardi 15 et mercredi 16 mai 2007
Cette page a été modifiée pour la dernière fois le dimanche, juin 17, 2007
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