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SHERLOCK HOLMES – JEUX D’OMBRES

Le plus fin des détectives britanniques doit affronter le professeur James Moriarty, un brillant intellectuel et redoutable homme d’affaires qui, partout dans le monde, déclenche des catastrophes. Ce dont personne ne se rend compte sauf Sherlock Holmes qui, avec son fidèle assistant Watson, part à sa poursuite ! Pour ce deuxième opus des aventures de SHERLOCK HOLMES réalisées par Guy RICHIE, on ne change pas une équipe qui gagne et Hans ZIMMER reprend logiquement la baguette. De prime abord, le compositeur de GLADIATOR ne surprend guère en reprenant le thème d’origine, à la mélodie relativement simple et à l’orchestration très début du vingtième siècle avec du piano bastringue et un fond électronique (I See Everything). Néanmoins, même si on le retrouve souvent en citation ou en variations, le compositeur s’en éloigne très vite et privilégie les musiques d’action, souvent associées au combat de HOLMES contre MORIARTY. Dans un premier temps, comme dans un opéra tragique, il s’appuie sur des motifs profonds qui éclatent dans des éclairs rythmiques (That Is My Curse - Shadows – Part 1). Puis, de la même manière que pour le célèbre vengeur masqué, il développe une musique particulièrement sombre où la violence surgit des pizzicatos de cordes et des rythmiques appuyées ; une musique très technique, qui s’envole dans des variations doucement mélodiques et crescendo, avec des contrepoints qui inspirent la tension. C’est ainsi que l’on retrouve des motifs enlevés à la façon d’une marche martiale avec des cordes obsessionnelles (Tick Tock - Shadows – Part 2, Zu Viele Füchse Für Euch Hänsel), ou encore une musique glissante qui, en jouant sur les bruits, les pauses, les temps, et les rythmiques des cordes et des cuivres devient terrifiante (Chess - Shadows – Part 3). Puis, s’éloignant un peu de l’action, Hans ZIMMER aligne une série de thèmes qui évoquent l’Europe de l’Est : d’abord une reprise du thème du détective dans une orchestration presque juive pour clarinette, piano, violon et surtout du cymbalum ; un instrument caractéristique de l’Est qui devient omniprésent dans la suite de la partition (It’s So Overt It’s Covert, He’s All Me Me Me), puis un thème d’influence folklorique (Romanian Wind) et une sorte de procession avec de la trompette (Did You Kill My Wife?). Hans ZIMMER revient à une musique plus proche de l’action, avec des ambiances froides, des notes obsessionnelles avec du cymbalum et des percussions obsessionnelles. Il s’agit là encore d’une musique intense mêlant de manière efficace l’action et le suspense (The Red Book). Il faut en fait attendre la toute fin pour entendre une musique douce et émouvante, avec quelques touches de piano qui dégagent de la nostalgie sur une variation du thème de HOLMES (Memories of Sherlock). En complément, le disque contient quelques thèmes d’opéra (To The Opera! , Die Forelle) et une reprise d’un motif coloré et rythmé d’Ennio MORRICONE par le Movie Screen Orchestra (Two Mules for Sister Sara, de l’album MUSIC FROM THE WESTERN). Au final, Hans ZIMMER signe une partition très efficace qui déploie ses ailes à mesure que l’enquête de Sherlock Holmes progresse.
SHERLOCK HOLMES – JEUX D’OMBRES, bande originale du film de Guy RITCHIE Avec Robert DOWNEY Jr., Jude LAW, Noomi RAPACE, musique d’Hans ZIMMER – Sony classical

 

 

10 JOURS EN OR

Ces 10 jours en or, Marc BAJAU (Franck DUBOSC), le représentant d’une marque de vêtements, les passent avec son fils Lucas, un petit métis que lui a lui a laissé une ancienne conquête. Ensemble, ils partent dans une traversée de la France et de ses habitants, comme Pierre, un retraité fantasque (Claude RICH), et Julie, une femme en errance (Marie KREMER). Pour la musique de son premier long métrage, le réalisateur Nicolas BROSSETTE a visiblement voulu accentuer le côté road-movie par une partition très pure et à base de guitares. Pour la composer, il a fait appel à Alain PEWZNER, un guitariste réputé mais aussi compositeur au sein du célèbre groupe MARTIN CIRCUS à partir de 1971 (Je M’Eclate Au Sénégal). Ce n’est que récemment qu’il a goûté à la musique de films (MAISON CLOSE, LES PETITS RUISSEAUX, NI A VENDRE, NI A LOUER). Alain PEWZNER a basé sa partition sur des motifs qui démarrent souvent de manière atmosphérique avant de se développer dans les vibratos de guitares basse et acoustique. Il s’agit de motifs relativement simple mais suffisamment forts pour dégager de l’émotion, traduire la solitude d’un commercial (Chaussure Hôtel, Solitude). Pour évoquer le côté voyageur, la musique emprunte souvent au country et au blues avec de jolis accords de guitares et des petits tambourins notamment sur des séquences de comédie. On note aussi une part de gravité par un piano insistant, un peu obsessionnel, qui évoque là encore la solitude du commercial (Voiture Vers Meuble, Poursuite Père Noël). Pour parler des rapports père et fils mais aussi des fêlures de l’enfance, le compositeur introduit une musique à fleur de peau qui, entre la guitare folk, une basse atmosphérique et quelques notes de violoncelle, joue des silences (Abandon). Puis il y a des musiques qui évoquent la route : celles très blues, rythmées, assez rapide et répétitives, qui expriment la liberté, (Route 1, route 3). Puis celles, plus sanguines, avec des percussions et une mélodie en contrepoint à la guitare, qui rappellent la vie (Walking). Dans le même esprit, Alain PEWZNER enchaîne avec Start Again, une chanson pleine d’entrain interprétée par Bradney SCOTT, qui revient sur les rocks efficaces Lucky Star et Another Lucky Star. N’oublions pas l’autre chanson, celle du générique de fin, Ten Days In Gold. Cette superbe balade, à la fois profonde et légèrement mélodique, qui traduit à la fois la douceur et la complicité naissante entre un père et un fils, est superbement interprétée, dans deux versions, une folk et une autre plus pop, par la chanteuse et pianiste Yasmin SHAH. En complément de la musique originale, le disque contient d’autres titres : Jingle Bells arrangée par John Hawkins et Philippe Lhommet en version chorale avec beaucoup de percussions, un titre en anglais très soul de Jamie DUNLAP, Scott NICKOLEY et Stephen LANG (Without You), une chanson très fine pour percussions chantée par le camerounais Felix SABAL-LECCO (Me sik etam), une chanson de fêtes très jazz des années 1950 par Eddie THOMAS (Mistletoe Swing), une ritournelle à l’italienne (La Mia Vita par Brice DAVOLI) et une salsa (The Tribe par ROLANDO MONTERO). Au final, en utilisant des guitares relativement brutes pour des motifs très larges et dépouillés, Alain PEWZNER va à l’essentiel et renforce l’émotion de la rencontre de deux âmes solitaires. Alternant en plus musiques instrumentales et chansons à la fois rythmées et touchantes, Alain PEWZNER réussit une bande originale aussi touchante qu’inattendue et, au passage, nous dévoile son cœur de rocker ! 

10 JOURS EN OR, bande originale du film de Nicolas BROSSETTE, avec Franck DUBOSC Claude RICH, Marie KREMER, musique de Alain PEWZNER – Sony music

 

HAPPY FEET TWO

Les pingouins danseurs reviennent mais Mumble, le roi des claquettes, se trouve bien embêté quand son fils Erik lui avoue ne pas vouloir prendre le relais. Pire : il s’enfuit et s’allie avec Sven Puissant, un pingouin capable de voler ! Mais tout n’est pas perdu, puisque Erik comprend que son père reste capable de réunir le peuple des pingouins et d’autres créatures fabuleuses, du minuscule Krill au gigantesque Elephant Seals, pour rétablir l’ordre sur l’île des pingouins danseurs… On retrouve, comme sur le premier opus, John POWELL, un compositeur qui a pas mal œuvré sur des films d’animations avec de belles réussites (DRAGONS) et certaines déceptions (L’AGE DE GLACE 3). Au départ, il propose une musique profonde, orchestrale et doucement symphonique ; Egalement une ambiance à l’espagnole avec de la guitare et de la trompette qui donne un côté mexicain à des mouvements gentiment mélodiques (In The Hole, Searching For The Kids). Comme souvent, John POWELL déploie de jolis thèmes d’aventures ; des motifs planants à base de flutes et de cordes aériennes sur lesquels s’envole la mélodie, par exemple de Ramon la crevette, accompagnée de chœurs légers, assez doux (Ramon and the krill). De même, toujours très à l’aise dans les musiques d’action, il propose des thèmes forts en cuivres avec des cordes qui avancent, du rythme et une mélodie légère en contrepoint ; également des mouvements de cordes en mineur et de cuivres en majeur pour évoquer le danger (Skua attack/adelie rescue). Le compositeur s’amuse aussi à mélanger aventure et émotion à travers des musiques douces dans lesquels s’immisce des mélodies jouées par les bois et les cordes en contrepoint. Il s’agit de morceaux qui sont marqués par leur douceur, leur lenteur mais aussi l’apport des chœurs (The Doomberg Lands, I Don't Back Up, Tappin' To Freedom). Le compositeur s’invite aussi dans la marche avec des chœurs graves sur un lit de cordes vibrantes, rythmées et obsessionnelles, pour une musique plutôt sombre et mystérieuse, tendue mais toujours avec de la douceur, et du lyrisme sur la fin (Trapped In Emperor Land), également dans le style adagio avec les chœurs (No Fly Zone). Il propose également des mouvements à la fois légers et lyrique très significatifs et des développements rythmés comme il en a le secret avec notamment beaucoup de percussions comme des tambourins. Et aussi quelques parties romantiques portées par le saxophone et l’orchestre (Dinner A La Sven). Et encore une chanson façon gospel avec de l’orgue par Judith HILL (Lovelace preshow). Jamais avare de référence, John POWELL intègre dans sa musique une citation de Queen dans une musique au tempo russe qui évoque le froid, la Sibérie (Snow Stops Play). Au final, John POWELL propose une partition riche en mélodies, en couleurs et en rythme. Il a également produit ou composé plusieurs chansons présentes sur le disque. En jouant à la fois sur le registre de l’aventures et de l’émotion, il s’invite à la fête en n’éludant aucun des sentiments des personnages. Il en ressort une musique joyeuse, enlevée, très orchestrale et moderne. Il utilise aussi avantageusement les chœurs pour apporter toujours un soupçon d’émotion et de caresse sur des aventures très glissantes !

HAPPY FEET TWO, bande originale du film de George MILLER, musique de John POWELL – Sony classical

 

 

LE CHAT POTTE (PUSS IN BOOTS)

Ce film raconte l’histoire du Chat Potté, avant sa rencontre avec Shrek, alors qu’il part, en compagnie de Kitty Pattes de Velours et d’Humpty Alexandre Dumpty, à la recherche de l’Oie aux Œufs d’Or. La musique a été composée par Henry JACKMAN (X-MEN LE COMMENCEMENT, WINNIE L’OURSON, LES VOYAGES DE GULLIVER) qui, dès l’ouverture, introduit une couleur très espagnole ; une bonne idée si Michael KAMEN (DON JUAN DE MARCO) et surtout James HORNER (ZORRO) n’étaient déjà passés par là ! Finalement, Henry JACKMAN s’en sort bien, d’une part par une musique rythmée et une direction d’orchestre plutôt séduisante (A bad kitty) ; d’autre part en enrichissant sa musique d’harmonica et surtout de voix rappelant ouvertement les notes d’Ennio MORRICONE pour les westerns de Sergio LEONE (One leche, Confronting The Past). Ce qui n’est pas étonnant quand on sait que le monteur Eric DAPKEWICZ a travaillé en regardant LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND et POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS. D’où un style unique et un hommage, y compris à la musique, à Sergio LEONE. Néanmoins, la musique ne s’arrête pas là ! On trouve des thèmes de chevauchée enjoués, colorés avec des parties de guitares et de piano et également des références à la musique mexicaine de mariachi avec des cuivres et des percussions (Chasing tail) ; également des mouvements très lents, au rythme parfois arabisant (Humpty Dumpty & Kitty Softpaws) et surtout des musiques d’inspiration ibérique, par exemple la séquence de l’orphelinat avec des motifs chantants, rythmés et des sections pour guitare et piano mélancolique (The Orphanage). On retrouve cette couleur chaude également dans les musiques d’action aux accents très flamenco qui font tellement penser au ZORRO de James HORNER (Honor and justice,That Fateful Night, Golden Goose Of Legend, Kitty-cat Break-Out). Ce qui n’empêche pas la présence de thèmes vibrants et crescendo pour de véritables musiques de westerns à la sauce mexicaine (The Wagon Chase). Le compositeur n’en oublie pas les thèmes à la fois romantique et nostalgique sur la mélodie du thème principal, pour guitare accompagnée d’un zest d’harmonica et du violon glissant (Team effort). Il propose également des motifs qui alternent les parties enjouées et douces à base de guitare flamenco et de violons (Planting The Beans, The Great Terror). On note enfin un remix du thème principal avec des « Olé » (The Puss Suite) et aussi deux superbes morceaux du célèbre duo de guitaristes Rodrigo y Gabriela (Diablo Rojo et Hanuman). Au final, Henry JACKMAN signe une partition détonante mais qui repose trop sur des références célèbres ; c’est gonflé ! Mais avec… des Bottes !

LE CHAT POTTE (PUSS IN BOOTS), bande originale du film de Chris MILLER, musique de Henry JACKMAN – Sony classical

SHAME

Pour Brandon (Michael FASSBENDER), un jeune célibataire new-yorkais, le sexe est le seul véritable intérêt de sa vie. Et cet appétit sexuel tourne tellement à l’obsession, qu’il a de plus en plus de mal à le cacher devant sa sœur Sissy (Carey MULLIGAN), une chanteuse un peu paumée qui débarque sans prévenir dans son appartement. Pour composer la musique de ce film étrange et sensuel, le réalisateur Steve Mc QUEEN a engagé Harry ESCOTT, un jeune compositeur anglais qui a souvent composé en collaboration avec Molly NYMAN (THE ROAD TO GUANTANAMO). Sur cette histoire de gens perdus entre leurs obsessions et leurs rêves de célébrité, il a composé une musique très profonde, fort peu mélodique mais hautement émotionnelle. Le disque comporte trois extraits de la bande originale, dont deux sous forme de longues suites. Puis débute un mouvement obscur de cordes très sombres, très mélancoliques. Il s’agit d’un mouvement profond légèrement mélodique, avec énormément de longues notes pour une musique plutôt atmosphérique et en mineur. Il s’agit d’une musique qui évoque l’intériorité des personnages, leurs fêlures, d’où une certaine tristesse, un côté dramatique. (Brandon). On retrouve le même schéma dans le deuxième morceau mais avec davantage de gravité, la faute au violon qui monte doucement. Il s’agit là encore d’une musique dramatique et triste mais tournante et à base de cordes. On remarque également quelques effets sonores qui font penser à des évènements tragiques. Enfin, au bout de sept minutes, on retrouve le violon pour une musique plus légère, plus sensuelle, plus chantante, plus vibrante (Unravelling). Quant au troisième morceau, il s’agit d’un thème au piano solo, assez lent, qui reprend la trame musicale du film, c'est-à-dire une musique intimiste et grave, assez répétitive (End Credits). Ce générique de fin répond comme un écho à la musique du célèbre pianiste Glenn GOULD, également très présente dans ce disque (« Aria » - Goldberg Variations, Prelude And Fugue N° 10 And N° 16 In E Minor, Variations15 A 1 Clav. Canone Alla Quinta). Le reste du disque se compose de chansons : Genius Of Love par Tom Tom Club, Rapture par Blondie, I Want Your Love par Chic, You Can't Be Beat par Howlin’ Wolf et la reprise de New-York New-York par Carey MULLIGAN ; également de jazz : My Favorite Things par John COLTRANE, Let’s Get Lost par Chet BAKER. Au final, plus qu’une bande originale, cette BO constitue un voyage entre le jazz et la musique des sentiments.

SHAME, bande originale du film de Steve Mc QUEEN, avec Michael FASSBENDER, Carey MULLIGAN, James BADGE, musique d’Harry ESCOTT & divers – Sony classical

 

MISSION NOEL (ARTHUR’S CHRISTMAS)

Imaginez une ville sous un ciel scintillant d’étoiles. C’est la veille de Noël et, bien au chaud dans leur lit, les enfants rêvent au Père Noël sur son traîneau tiré par huit rennes merveilleux. Soudain, une ombre recouvre la cité endormie. Un million de lumières scintillent et des silhouettes surgissent du ciel par milliers. L’invasion a commencé ! Pas de panique : il s’agit du Père Noël sur son gigantesque traîneau furtif ultra haute technologie, qui déploie comme chaque année son million de lutins en mission. Répartis en équipes de trois, ils ont 18 secondes 14 centièmes pour aller d’une maison à l’autre déposer les cadeaux. Cette fois, le Père Noël ne passe plus par la cheminée !  Réalisé en 3D, Mission : Noël Les Aventures De La Famille Noël constitue le premier film produit par les studios Aardman (WALLACE ET GROMIT) pour Columbia Pictures et Sony Pictures Animation. Au niveau de la musique, Harry GREGSON-WILLIAMS renoue avec un univers poétique, féérique et empli d’aventures qui lui avait tellement réussi sur les deux premiers films de la franchise du MONDE DE NARNIA. Dès lors, on ne s’étonnera pas de découvrir une partition enlevée, colorée et riches de nombreuses couleurs. Le compositeur alterne les thèmes symphoniques et les mouvements plus simples, plus intimistes. Ainsi, dès l’ouverture, il propose un thème pianissimo avant que l’orchestre ne fasse son entrée sur un thème d’aventures profond avec des chœurs en contrepoint (Trelew, Cornwall, England). Puis, s’agissant d’un film d’aventures, le compositeur de SPY GAME s’amuse, à pasticher des musiques de films d’action notamment des motifs très rythmées à James BOND (Operation Christmas). On trouve aussi des musiques qui jouent sur le suspense, avec des crescendos et un tempo assez lent, qui s’appuie également sur les effets de bruits et les pauses(« Waker »).De même, toujours sur les séquences d’action, on note les thèmes instrumentaux qui jouent sur la tension avec des mouvements assez profonds et crescendo. Il s’agit donc de mouvements enlevés mais aussi mélodiques avec des motifs pianissimo et nostalgiques qui rappellent l’univers de NARNIA (« Worry Me ! »). Quand il s’agit de mission et aussi d’évoquer des mondes mystérieux, Harry GREGSON-WILLIAMS dégaine une partition enjouée, qui utilise beaucoup de cuivres et des chœurs pour une ambiance spatiale qui appelle certaines partitions très lyriques, très vibrantes, du grand John WILLIAMS. (Space Travel). De même, on relève une musique rythmée par des cordes frémissantes et des caisses claires avec une reprise lointaine, nostalgique du thème de l’aventure spatiale au saxophone. D’où une  musique très douce avec, là aussi, des parties pour le chœur (Goodbye Evie). La partition se conclue dans un final à la fois sensible, crescendo et épique sur un tempo digne des grandes mélodies de noël (Christmas Morning) avant un thème lyrique, tournant et scintillant autour ôt de la célébration de noël (We Wish You A…). Le disque est complété par la chanson, plutôt agréable, Make Someone Happy by Bill NIGHY.Au final, Harry GREGSON-WILLIAMS propose une partition délicieusement orchestrale qui mélange habilement les thèmes de fêtes, d’aventures spatiales et d’action. En alternant à la fois les motifs enlevés et les notes nostalgiques, il propose un véritable contrepoint à la fois joyeux et épique à cette mission de Noël hautement poétique et joyeuse.

MISSION NOEL, bande originale du film de Sarah SMITH, musique de Harry GREGSON WILLIAMS – Sony classical
 

LES IMMORTELS (IMMORTALS)

En Grèce antique, Thésée, un jeune guerrier jure de venger sa mère tuée par les soldats du roi Hypérion. Pour cela, il va conduire, avec l’aide de l’oracle Phèdre, la bataille contre la folie destructrice du roi et des Titans, les anciens dieux primaires. Pour ce péplum, dans la lignée du film 300 et de la série SPARTACUS, le réalisateur Tarsem SINGH a engagé, pour composer la musique, Trevor MORRIS (THE BORGIAS, LA COLLINE A DES YEUX II et surtout LES TUDORS). Celui-ci propose une partition à base de cordes, de chœurs et de sonorités synthétiques qui soutient davantage les ambiances noires et musclées que l’humeur des personnages. Après une ouverture plutôt atmosphérique et crescendo (Immortal And Divine), il introduit une musique grave et tendue, les chœurs apportant un contrepoint lyrique et dramatique (War In The Heavens). On reste dans la tension pour l’évocation des armées du roi Hypérion, avec des scherzos de cordes, des cellules répétitives et un développement qui joue beaucoup sur l’attente avant de virer au cauchemardesque (Hyperion Siren, Witness Hell). Pour évoquer l’Olympe, la pression devient souterraine à travers des harmonies progressives et des contrepoints de chœurs masculins associés aux arènes. Le compositeur utilise des tempos plus doux avec des guitares, de la harpe et des chœurs profonds, pour une musique plus aérienne, avec davantage de vibratos (To Mt Olympus, My Own Heart). Tandis que pour les oracles, il propose une musique plus céleste avec des lignes de violon et un tempo oriental apportant un semblant de romantisme (Enter The Oracles, This Is Your calling) avant un mouvement sensuel (Theseus And Phaedra). Sur les séquences d’action, Trevor MORRIS introduit souvent une musique obsessionnelle dans les cordes et appuyée par les cuivres et les percussions ; une musique efficace dont le style rappelle certaines partitions de Jerry GOLDSMITH, notamment HOLLOW MAN (Theseus Fights The Minotaurs, Thesus Fires, The Bows In War Fathers Bury Their Sons). Il a aussi recourt aux chœurs (The Gods Chose Well, Battle In The Tunnel, Immortal Combat) et à des rythmes martiaux (Fight For Your Name). Pour Zeus, il préfère une musique contenant du souffle, des percussions comme une cloche et des chœurs contrapuntiques pour un crescendo digne d’un opéra tragique (Zeus’ Own Punishment). Sur la fin, il déploie une musique des sentimentale appuyée par des chœurs lointains (Do Not Forsake Mankind, Apotheosis) avant un final répétitif et lyrique (Sky Flight – End Credits). Au final, Trevor MORRIS, par sa musique puissante, souvent sombre et lyrique, qui présente davantage d’atmosphères que de mélodies, colle au combat du « David » Thésée contre les armées du « Goliath » Hypérion.

IMMORTALS, bande originale du film de Tarsem SINGH, avec Henry CAVILL, Mickey ROURKE, John HURT, musique de Trevor MORRIS – Sony classical 

LA SOURCE DES FEMMES

Dans un village entre l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, Leila, une jeune mariée lance, contre la tradition, la grève de l'amour tant que les hommes n’apportent pas l’eau au village. Fidèle à ses habitudes, Radu MIHAILEANU (VA, VIS ET DEVIENT) a engagé Armand AMAR qui, comme dans d’autres films, a marié plusieurs tonalités musicales, du symphonique de l’orchestre Philharmonique de la City Of Prague à des instruments traditionnels : du oud à cordes pincées dont la sonorité représente un mélange de force et de nostalgie (joué par Driss EL MALOUMI ; le doudouk (joué par Levon MINASSIAN), un instrument de musique arménienne à anche double, et le kamandché, une vièle à pique à archet à quatre cordes aux sonorités rugueuses joué par Elshan MANSUROW. Armand AMAR quand à lui joue du piano et des percussions et a aussi utilisé sa viole d’amour, l’Arpegina de Jean-Paul MINALI-BELLA. Pour la partie vocale, le réalisateur a, pour se rapprocher de la réalité musicale du monde arabe, écrit les paroles de chants d’influence traditionnels, interprétés par les femmes de Taroudant (Chant du Loup, Les Touristes, La Naissance) et de Tafraout (La Danse Du Voile) et même l’actrice Leila BEKHTI (La révolte de Leila). Armand AMAR a, quant à lui, intégré deux voix de femmes arabes (Naziha MEFTAH et Ariana RAFADARI), qui ponctuent la musique comme un leitmotiv, en particulier dans les morceaux d’ouverture et de final,  des parties très profondes, doucement aériennes, avant que s’élèvent une mélodie portée par le doudouk. Dès ce premier morceau, il installe des sonorités typées par des touches orientales dans l’orchestration en même temps qu’une dimension fragile avec des lignées de violoncelle et une rythmique de piano (La Source, La Source Des Femmes). Le compositeur utilise aussi les voix en solo comme dans une complainte, une prière (Tristesse par Biyouna) ou encore pour les accompagner dans des visites spirituelles, accompagnées d’un petit tambour et d’une ligne de violoncelle (joué par Grégoire KOMILUK) avant un scherzo obsessionnel (Chez L’Imam). On reste dans la musique d’inspiration traditionnelle avec des motifs à la fois sensibles et rythmés à base de doudouk et d’oud (Le Colporteur) mais aussi de zarb, un tambour uni-membranophone d'origine perse joué par Madjid KALADJ (Ranoucha). Egalement des motifs plus tournés vers l’aventure avec plus de percussions et de guitares (Le Combat). Pour illustrer les rapports entre femmes et hommes, le compositeur propose une musique légèrement mélodique avec du violoncelle et quelques percussions et une tension dans le contrepoint (Leila Et Sami, Leila Et Sofiane). Au final, la partition d’Armand AMAR prend la forme d’un "métissage" riche en émotion une jolie façon de souligner, par les notes, la lumière des femmes !

LA SOURCE DES FEMMES, bande originale du film de Radu MIHAILEANU, musiques et chansons originales d’Armand AMAR – Sony music  – 47:12

 

INTOUCHABLES

Basé sur des faits réels, ce film relate la rencontre entre un tétraplégique suite à un accident de parapente (Philippe - François CLUZET – impeccable), et Driss (Omar SY, aussi drôle que naturel), un jeune de banlieue. Sans expérience mais plein de courage et d’humour, Driss va entrer dans la vie de Philippe. Pour la musique, les réalisateurs n’ont pas commandé une partition originale (comme Frédéric TALGORN sur NOS JOURS HEUREUX et TELLEMENT PROCHES). Au contraire, Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE se sont tournés vers des musiques préexistantes de Ludovico EINAUDI, un pianiste et compositeur italien (LE PRIX DU DESIR avec Daniel AUTEUIL et Anna MOUGLALIS). Ils ont pioché dans ses albums des musiques qui, à base de piano, expriment à la fois tout ce qui sépare et tout ce qui va réunir Philippe et Driss. En guise de thème principal, on trouve un thème obsessionnel qui porte bien son titre (Fly – tiré de l’album DIVENIRE). D’une grande pureté et se développant avec des sonorités électroniques, il représente autant d’accents à la gravité de la situation. Du même album, on entend un thème dans lequel ressort la culture classique du compositeur à travers une écriture à la façon d’une sonate (L’Origine Nacosta). Grand mélodiste, les musiques de Ludovico EINAUDI se caractérisent par leur douceur, leur mélancolie, comme ce motif léger et aérien sur les séquences où Philippe entretient des correspondances avec une inconnue (Writing Poems ). Ou encore ce morceau entrecoupé de passages silencieux qui se développe avec l’orchestre et un superbe solo de violon (Cache-Cache extrait de l’album SOTTO FALSO NOME). La partie instrumentale se termine par un admirable lento pianissimo, obsessionnel et mélodique, qui intervient sur des images en gros plan de Philippe et Driss (Una Mattina extrait de l’album du même nom). Les réalisateurs ont enfin souhaité que la bande originale interagisse comme un vecteur de communication : Philippe fait découvrir à Driss des musiques classiques, et notamment le Concerto pour 2 violons et orchestre d’Antonio VIVALDI dont un extrait figure sur le disque. Tandis que Driss lui fait découvrir ce qu’il appelle la vraie musique, c’est-à-dire celle qui se danse, et que l’on entend surtout lors de la séquence de l’anniversaire de Philippe : The Guetto (et son irrésistible gimmick) par Georges BENSON, Your Going Miss Your Candyman par Terry CALLIER et ses trompettes retentissantes, Feeling Good, un classique du jazz remarquablement interprétée par Nina SIMONE et l’instantané de pop anglaise Red Light par Vib GYOR, qui intervient sur la séquence finale. Olivier NAKACHE et Eric TOLEDANO, en confrontant la grande musique classique et les thèmes de Ludovico EINAUDI au Funk et à la Soul des années 70, éveillent en nous une empathie musicale aussi forte que les liens entre Philippe et Driss !

INTOUCHABLES, bande originale du film d’Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE, musiques originales de Ludovico EINAUDI – TF1 music  – 45:39

BIENVENUE A BORD

Pour se venger de son amant et patron, Isabelle (Valérie LEMERCIER), une Directrice des Ressources Humaines engage, pour une croisière inaugurale, Rémy (Franck DUBOSC). Ce chômeur apprenti animateur va passer du statut de démon de Richard, le Directeur de croisière (Gérard DARMON) à celui de vedette des passagers… Rêvant que la musique sonne dans la tonalité de l’histoire, le réalisateur Eric LAVAINE a engagé le talentueux Jean-Michel BERNARD, le compositeur préféré de Michel GONDRY (LA SCIENCE DES REVES). Sur l’exercice délicat de créer des musiques décrivant à la fois l’ambiance régnant à bord et les sentiments des personnages, le compositeur de SOYEZ SYMPAS REMBOBINEZ signe une partition éclectique. Sur l’ouverture (Bienvenue A Bord), après un démarrage progressif et presque inquiétant, il introduit un thème dont l’ampleur et les cuivres rappellent certaines grandes productions américaines. Dans un deuxième temps, la musique apparait plus romantique, avec les cordes du Paris Symphonic Orchestra et des flûtes jouées par Michel GAUCHER. Sur les séquences d’exploration du navire, il propose des motifs plutôt jazzy, avec du piano qu’il joue lui-même. Il est accompagné au xylophone par l’excellent Marc CHANTEREAU (Visite Du Bateau), à la batterie par Loic PONTHIEUX avec toujours un contrepoint de cordes (Découverte De La Cabine, Champagne Du Commandant) ou de saxophone par Michel GAUCHER (Cocktail). Là où la partition déroute, même si elle reste bien écrite, c’est quand elle lorgne, voir pastiche, des musiques dansantes et colorées ; des morceaux dans lesquels s’en donne à cœur joie le percussionniste (Beach Diner, Ambiance A Table, Salsa Du Bal, Mambo Berthelot). Ou encore s’inspirant des musiques mariachis mexicaines (Excursion) ou aventures dans un western enfantin (Squeak Club), avec des trompettes jouées par Eric GAUSSERAND et Christian MARTINEZ, des valses viennoises (La Valse Du Bal) ou carrément de James HORNER (Le Rêve Du Titanic). La partition devient plus émotionnelle sur la fin avec des thèmes relevés par des contrepoints de violon en solo (Balustrade Thème Romantique) ou en groupe (Ne T’En Va Pas). Sans oublier des thèmes balançant entre le comique et le tragique (Le Spectacle De Rémy). Jean-Michel BERNARD signe aussi deux chansons, dont une superbement interprétée par Kimiko ONO sur une mélodie pianissimo et électro (Trajectories). La deuxième, à l’esprit très variétés, est successivement reprise en duo par Gérard DARMON et Valérie LEMERCIER (C’Est Au Creux De La Vague) puis par Janiece JAMISON (Sailing). Enfin, le disque se trouve complété par d’autres titres interprétées, pour la plupart, par Janiece JAMISON et écrits par Thomas Mc EROY et David FOSTER (What A Difference A Day Makes ainsi que le classique de Frankie VALLI Can’t Takes My Eyes Off Of You), également un gospel de Paul JOHNSON (Work Song) et un motif sportif et électro de Thomas ARROYO et William GESLIN (Good Day Today). Au final, après une belle réussite sur QUI A ENVIE D’ETRE AIME ?, on apprécie particulièrement les thèmes profonds, mélodiques et parfois chantants de Jean-Michel BERNARD. Mais on reste plus évasifs quant à certaines musiques très référentielles.

BIENVENUE A BORD, bande originale du film d’Eric LAVAINE, musiques et chansons originales de Jean-Michel BERNARD – Sony music  – 48:21

 

LA GUERRE DES BOUTONS

Dans les années 1960, dans le sud de la France, les garçons de deux villages voisins s’opposent dans une guerre sans merci ! Après une première collaboration très mélodique avec Philippe ROMBI (JEUX D’ENFANTS, une vraie réussite !), le réalisateur Yann SAMUELL s’est tourné vers des compositeurs dont les musiques contiennent davantage des couleurs, des ambiances. C’est dans ce contexte que Cyrille AUFORT a composé la musique de L’AGE DE RAISON. Pour son adaptation du roman de Louis PERGAUD, Yann SAMUELL reste dans le même schéma musical avec le compositeur allemand Klaus BADELT qui, depuis quelques temps, travaille beaucoup en France (LE PETIT NICOLAS de Laurent TIRARD). Klaus BADELT propose une partition qui met donc davantage en avant les couleurs que les mélodies. En l’occurrence, il utilise beaucoup les cordes et en particulier les guitares, ce qui apporte beaucoup de fraicheur et de vulnérabilité sur ces images de batailles de campagne. De même, il emploie également les caisses claires pour apporter une dimension martiale à leurs aventures. Le thème principal apparaît de manière très discrète sur l’ouverture, joué de manière très lente par les cuivres, sur le personnage principal du Petit Gibus avant un développement frémissant et parfois rythmé par les caisses claires et les riffs de la basse (Un Gibus Peut En Cacher). Ce thème principal ne prend néanmoins son envol que plus tard. On le retrouve d’abord de façon lyrique chanté par une enfant, ce qui lui donne un côté solennel avant une reprise pour cordes à l’ancienne et piano (Procession). Et justement, c’est de manière pianissimo et légèrement mélodique avec un contrepoint de cordes et un drap choral qu’il apporte une véritable fragilité et se trouve au plus près des enfants (Craies) et de leurs rêves par une musique lente, atmosphérique et nostalgique (Une Lumière Brille). En privilégiant les guitares et les motifs plutôt doux, en alternant les cordes frémissantes et les notes de piano mélancolique, Klaus BADELT signe une guerre des boutons aux tempos aussi bien héroïques qu’affectif. Il en ressort une partition très plaisante, qui décolle un peu tardivement mais qui, au final, enchaine les passages de pure douceur avec des motifs plus tendus, plus forts dans les percussions. Klaus BADELT dévoile en musique la part d’enfance qu’il possède en lui et livre une partition qui souligne combien ces jeunes guerriers restent avant tout des gamins !

LA GUERRE DES BOUTONS, bande originale du film de Yann SAMUELL, musique originale de Klaus BADELT – Sony music 8 86979 52472 9 – 39:14
 

 

ITINERAIRE BIS – Eric NEVEUX

Pour cette comédie romantique de l’été, le réalisateur Jean-Luc PERREARD a demandé à Eric NEVEUX (UN VILLAGE FRANÇAIS, UNE PURE AFFAIRE) d’en composer la musique. Comme on pouvait s’y attendre, la musique originale, très fraiche avec beaucoup de guitare et douce avec ses cordes moelleuses, s’articule autour du couple vedette. Ainsi, la première mission de la musique consiste à montrer l’univers de Jean (Fred TESTOT) qui, dans son village natal en Corse, rêve d’un autre avenir que de reprendre le restaurant de ses parents. Eric NEVEUX y parvient en introduisant un motif légèrement mélodique répété par la guitare, de la batterie pour le rythme et du piano en contrepoint. Très agréable, ce motif vibrant évoque superbement à la fois la brillance de l’île française, tandis que la guitare et la basse soulignent l’ennui du jeune homme (La Vie Très Ordinaire De Jean). On retrouve ce même thème, de façon plus intimiste, plus grave aussi, pour solo de piano et clavier, quand Jean parle à son père incarné par Jean-François STEVENIN (Les Aveux A Paoli). Toujours basée sur le thème de Jean, la musique devient plus rythmée, plus blues avec davantage de percussions notamment des bois tapés, quand débarque violemment Nora (Leïla BEKHTI), une jeune femme de caractère, violemment débarquée d’un voilier (Une Femme A La Mer, Les Grands Voyageurs). Tout en gardant des éléments essentiels comme la ligne de piano, la musique vire alors du côté de la rumba (Périlleuse Récupération) et du grunge avec des motifs mêlant percussions, orgue et Rhodes, ces derniers étant joués par le compositeur pour un thème plus moderne (Les Incrustes). On trouve aussi des musiques qui mélangent à la fois la comédie et l’aventure, le glamour et le suspense, des thèmes qui avancent doucement avec des cordes et surtout des percussions (Un Bain A Tout Prix) mais aussi un fond de gravité apporté par les cordes (Promenade De Santé). A mesure que les sentiments progressent entre Jean et Nora, la musique devient plus sensible, avec d’abord un thème intimiste pour guitare, cordes profondes en contrepoint, piano interrogatif et samples électro qui rappellent la mer (Clair Obscur). Puis un motif pour piano solo, un thème lointain cousin de celui de Jean, rehaussé par un contrepoint de vibrato de cordes (La Plage) et sa variante aux accents country, moins mélodique mais aussi pure et délicate (Le Charme Opère). Jusqu’à l’apparition du thème d’amour, une conclusion sous forme d’un solo de piano sur lequel les cordes et les bois prennent le relais des sentiments (Jean & Nora - Love Thème). De construction harmonique relativement simple, la partition d’Eric NEVEUX séduit d’abord par ses mélodies sur des couleurs chaudes (le thème de Jean) et par ses orchestrations, qui vont de l’intimité de la guitare à la modernité des claviers en passant par le classique du piano et des cordes. Relativement Eric NEVEUX mélange habilement les musiques séduisantes, mélodiques et colorées, et les thèmes de situation, plus convenus mais aussi plus rythmés. Il en ressort une partition très agréable à écouter, pleine de charme et de bons sentiments ; un véritable clin d’œil au couple formé par Fred TESTOT et Leïla BEKHTI à l’écran. Le disque est complété par une série de chansons : des classiques, comme You Can’t Hurry Love par Diana ROSS & The Suprêmes, et des morceaux moins connus, comme Oops par Pilot, Stones par Marina Gallardo et surtout l’excellent et très eighties Bruises de Chairlift. En bonus, le disque se termine par une délicieuse reprise de la chanson Voyage En Italie reprise par le couple vedette de l’écran. Au final, il s’agit donc bien d’un disque très glamour !

ITINERAIRE BIS, bande originale du film de Jean-Luc PERREARD, musique originale d’Eric NEVEUX – Cristal records 698000 – 46:53

CAPTAIN AMERICA – FIRST AVENGER

En pleine guerre, Steve ROGERS (Chris EVANS) devient, grâce à un programme expérimental, un super soldat capable de lutter contre les nazis. On retrouve à la tête de cette adaptation d’un comic Marvel Joe JOHNSTON (JUMANJI) et, pour la musique, Alan SILVESTRI (G.I. JOE). S’agissant d’un héros emblématique, le compositeur devait lui associer un thème fort (Captain America “We Did It”). Sur Steve, le futur Captain America, il commence par des motifs à base de guitares légères et de cordes, en écho aux rêves brisés du jeune homme. Au-delà du personnage titre, le film mélange les aventures épiques et le suspense. Dès l’ouverture, très mystérieuse, et l’apparition du héros nazi Johann SCHMIDT alias le redoutable Crâne Rouge, on entend une musique sombre et vibrante, rythmée par des percussions (Frozen Wasteland). D’ailleurs, pour caractériser l’ambiance martiale, le compositeur assène une musique assez percutante (Schmidt’s Treasure). Tandis que, pour son arme secrète, il privilégie les mouvements graves et le piano froid (Hydra Lab). Pour souligner la force du super héros, le compositeur aligne des thèmes soutenus par les cuivres, à la façon de JUDGE DREDD (Training To Supersoldier). On trouve également des musiques survoltées pour les nombreuses séquences de combats et poursuites ; autant d’occasions pour Alan SILVESTRI d’aligner des thèmes de pure action (Kruger Chase, Troop Liberation, Factory Inferno, Howling Commando’s Montage). Les moments de répits, dans le film comme dans la musique, se révèlent rares : au début avec un motif nostalgique pour guitares et cordes crescendos (Farewell To Bucky) ; plus tard dans un développement assez classique du compositeur mais aussi une musique émotionnelle pour rappeler le passé de Crâne Rouge (Schmidt’s Story). Et sur la fin, quand le super héros dévoile sa vulnérabilité, ouvrant la voie à des musiques sentimentales (“This Is My Choice”, Passage Of Time). Divertissante, sans temps morts et dotée d’une excellente réalisation en 3D, cette adaptation mêle habilement l’esprit des histoires d’espionnage d’après guerre à la modernité des films d’aujourd’hui. Quant à Alan SILVESTRI, il a puisé dans son expérience pour enchainer les thèmes énergiques, n’en oubliant pas d’utiliser les respirations du scénario pour lancer des musiques plus humaines. Point de surprise musicale donc sauf la participation d’Alan MENKEN et David ZIPPEL (HERCULES) pour un hymne patriotique, mélodique, enjoué et coloré, pour un tableau haut en couleurs et en voix (Star Spangled Man). Comme les supers héros américains, allant toujours plus haut, mais n’arrivant jamais à se dépasser, Alan SILVESTRI a taillé un costume musical sur mesure pour le Captain America !

CAPTAIN AMERICA – FIRST AVENGER, un film de Joe JOHNSTON, produit par Marvel Studios, musique d’Alan SILVESTRI – EMI / Walt Disney Records 5099908 551429

 

CHEZ GINO – Michel KORB

Immigré en Belgique, Gino (José) va, pour hériter de son oncle d’Italie, charger un réalisateur de tourner un reportage le présentant comme un parrain contrôlant le milieu de la pizza. Pure comédie, le film de Samuel BENCHETRIT (JANICE ET JOHN) déroule un scénario dont la musique allie superbement un humour très actuel à des souvenirs de cinéma. Pour la musique, le réalisateur souhaitait collaborer avec Michel KORB (VODKA LEMON) à qui il a demandé d’écrire un ou deux thèmes déclinables dans diverses orchestrations. Au centre de la partition, on trouve évidemment un thème propre au personnage de GINO, porté par une mélodie d’essence méditerranéenne. Joué par l’orchestre philarmonique, il se dévoile d’abord de manière voluptueuse, se référent aux partitions de Nino ROTA, notamment LA DOLCE VITA de Federico FELLINI (Chez Gino, Les retrouvailles). On le retrouve ensuite dans différentes variantes, pour accordéon (Dialogue musical) ou pour guitare en clin d’œil à l’enfance mais aussi au côté familial du personnage (La famille Roma s’agrandit, Gino a dix ans), pianissimo, agrémenté de cordes et d’une scie musicale avec un contrepoint de cordes pour un bel hommage au cinéma et à la musique (Mafia, pizza et cinéma, C'est un grand jour) ou encore symphonique et aérienne avec notamment des notes sifflées (Le rêve). Quand il s’agit d’évoquer la mafia, Michel KORB se rapproche d’Ennio MORRICONE, par des mouvements lents et tragiques, dont le lyrisme vient des vibratos des cordes, des rythmes carillonnant, des notes d’harmonica et surtout d’airs sifflés (Flash Back, Qu'est ce que la mafia ?). Parmi les autres thèmes, on relèvera des moments plus intimistes et quelque peu tragiques notamment ce passage pour harpe solo (Coups de feu). Egalement des passages parfois valsant (La prima volta) ou l’intervention de mandolines, de petites percussions et d’une clarinette (Souvenirs d'enfance). Pour les personnages gravitant autour de Gino, on trouve des thèmes soit pianissimo et chantant avec de la guitare italienne et une clarinette donnant un certain côté jazzy (Simone) soit légers et mélancoliques à la manière d’une chanson en version instrumentale (Marco), soit encore à vif avec de l’accordéon (Oncle Giovanni) ou soul avec des rythmes électroniques et des cuivres (Gino et Mr Stern). Comme pour mieux fermer la boucle, le thème de Gino revient une ultime fois et de manière vocale grâce à l’intervention de l’actrice Anna Mouglalis. A partir d’un thème central, Michel KORB déroule une musique qui rappelle, par ses multiples coupleurs, le meilleur de la comédie italienne. Ciao Italia, buongiorno Michel KORB, quelle musique delicioso !

CHEZ GINO, musiques de Michel KORB pour le film de Samuel BENCHETRIT, avec José GARCIA, Anna MOUGLALIS, Sergi LOPEZ et Samuel BENCHETRIT – Colosseum CST 8156 2 – 41:52

THE TREE – Grégoire HETZEL

Pour son deuxième film, la réalisatrice Julie BERTUCCELLI a choisi de parler de la relation de l’homme face à la mort et aux forces de la nature. En Australie, Dawn (Charlotte GAINSBOURG) vit paisiblement jusqu’à la mort brutale de son compagnon Peter (Aden YOUNG). Pour leurs enfants, Dawn doit continuer de vivre, en particulier pour la petite Simone (Morgana DAVIES), qui croit que son père vit à présent dans un arbre. Peu à peu, Dawn reprend des forces mais trouve cet arbre fort envahissant… Pour la musique de ce film très touchant, la réalisatrice a fait appel à Grégoire HETZEL, reconnu pour son travail avec Arnaud DESPLESCHIN (ROIS ET REINES). Il nous propose ici une musique souvent profonde, en mineur, à base de cordes, en particulier des altos et un violon solo, et des mouvements de piano. Comme le film, il a basé son thème principal sur le personnage tout en finesse mais empli de blessures de Simone. Il lui a associé un solo de violon très lent, très pur, dont les vibratos renvoient à sa douleur (Simone’s Theme). On l’entend dès le générique agrémenté de quelques touches de piano, avant une partie légèrement chantante, voire celtique agréable (The Tree – Main theme). La survenance de la grande faucheuse est accompagnée d’une musique froide, synthétique, enchaînant les notes longues, entre lignes de cordes graves et notes de pianos qui tombent comme des larmes. Il inclut aussi une dimension intimiste, à travers des motifs qui inspirent le rapport à la nature, la solitude. Pour la musique de l’arbre, Grégoire HETZEL a imaginé un thème grave et majestueux joué par un alto solo avec l’orchestre en contrepoint. On notera la présence de quelques riffs de guitare pour décrire la force de l’arbre et aussi de sonorités synthétiques, idéales pour évoquer l’au-delà (The Roots). On trouve encore une musique chaleureuse aux accents celtiques mais une absence de rythme qui lui donne une couleur apaisante (Under The Branches), tandis que le piano accompagne sa fin (Wounded Tree). Grégoire HETZEL propose au final une composition à double facette. Il s’engouffre d’abord dans la brèche du deuil avec une musique très sombre, à base synthétique. Puis, à mesure que la famille se détache de l’autre, il propose une musique plus vivante, avec une dimension quasi celtique qui lui confère de la chaleur. Profitant de la proximité de l’arbre, il développe alors une musique complexe, rarement mélodique mais qui sonne souvent juste. En complément, on notera la superbe chanson des Cinematic Orchestra (To Build A Home) et un thème orchestral de Grégoire HETZEL (Daydream). Avec cette partition qui ne s’apparente pas à une épine, Grégoire HETZEL accroche une nouvelle feuille à son arbre !

THE TREE, musiques de Grégoire HETZEL pour le film de Julie BERTUCCELLI – Colosseum CST 8149 2 – 50:22

 

LES INVITES DE MON PERE

Même retraité, Lucien (Michel AUMONT) continue de soutenir des causes humanitaires. Il va même jusqu’à conclure un mariage blanc pour éviter l’expulsion de Tatiana (Veronika NOVAK), une jeune moldave. Ce qui cause bien des remous dans la famille et n’est pas vraiment du gout de ses enfants, Babette (Karin VIARD) et Arnaud (Fabrice LUCHINI). Pour son deuxième film, Anne LE NY retrouve Béatrice THIRIET mais, au contraire de CEUX QUI RESTENT, où la compositrice avait du travailler dans l’urgence, la réalisatrice l’a contactée très tôt, dès l’écriture du scénario. Elles se sont accordées sur la présence d’une partition originale d’inspiration très classique qui lorgne souvent vers l’école occidentale du 19ème siècle, jusqu’à la reprise de l’impromptu de Franz SHUBERT en sol bémol. On trouve ainsi sur le Générique début, mais aussi sur le morceau titre, un thème à la fois doux, léger et élégant marqué, comme plusieurs autres, par une écriture très soignée avec beaucoup de cordes voluptueuses et vibrantes (Square). On le remarque même parfois dans un style précipité pour montrer l’exaltation d’une manifestation. On note ensuite un morceau lent, avec quelques cuivres, des cordes légères et une mélodie pianissimo légère par-dessus (Blue Elephant). Il s’agit d’un thème très soigné que la compositrice développe sous la forme d’une valse et sous différentes orchestrations (En Bretagne, La Beauté De La Mer). Elle le reprend aussi en rajoutant des sifflements et quelques notes de cordes pincées en contrepoint (Blue Elephant 2). On apprécie d’autres moments plus jazzy, plus rythmés, comme ce Ragtime pianissimo développé de manière lumineuse avec de la clarinette et du saxophone avant une reprise symphonique. On note aussi plusieurs thèmes portés par une guitare nostalgique, jusqu’à chanson tendance musique hippie (Alter 70). Mais aussi des musiques plus solennelles, comme ce thème profond de cordes sur une mélodie lente pour mieux s’arrêter sur les doutes des personnages (Tout Seul). Béatrice THIIRIET propose donc une partition très plaisante, délicatement mélodique et raffinée, avec des orchestrations à la fois larges dans les cordes et pointues dans la mise en valeur d’instruments comme les bois, la harpe, le piano et les cuivres. Ce qui donne une musique à la fois colorée, discrète et légère, qui épouse superbement l’humour vagabonde de cette comédie. Il faut souligner l’excellence du jeu des jeunes musiciens français du Star pop orchestra qui servent admirablement cette partition qui balance avec bonheur du classique au moderne, du romantique au tragi comique.

LES INVITES DE MON PERE, un film d’Anne LE NY, avec Karine VIARD et Fabrice LUCHINI, musique de Béatrice THIRIET, disponible chez Colosseum records - 45:00

LIBERTE

Dans un village en zone occupée, Théodore, le maire et vétérinaire (Marc LAVOINE) recueille un orphelin nommé P’tit Claude, qui se lie d’amitié pour Taloche, un bohémien poursuivi comme tout son peuple par le régime de Vichy. Comme toujours avec Tony GATLIF, la musique, dont il signe certains thèmes, se trouve au cœur du film. Les principaux thèmes sont toutefois composés par Delphine MANTOULET (EXILS, TRANSYLVANIA) qui apporte une véritable richesse harmonique. Ici, elle a composé deux thèmes, dont celui qui n’a jamais aussi bien porté le titre du film tellement il respire la générosité, l’intensité. Joliment mélodique, et empli de sensibilité, il commence au cymbalum, un instrument qui rappelle le destin des peuples d’Europe de l’est, accompagné d’un vibrato d’accordéon, suivi de cordes jusqu’à un final plutôt lyrique. On le retrouve dans différentes orchestrations comme celle dépouillée pour un ensemble violon, guitare, violoncelle et cymbalum (Liberté Pissicato). L’autre thème est celui des bohémiens, que chante Catherine RINGER sur le générique avec des paroles de Tony GATLIF. Plus enjoué, il évoque le caractère gitan mais aussi, surtout dans ses déclinaisons en java et en valse avec un parfum d’accordéon, l’esprit français de la France des années là. Delphine MANTOULET propose également des thèmes d’inspiration gitanes par leur rythme, leur couleur parfois très cuivrée (Lundi Fanfare), parfois accompagnées de cymbalum et du souffle du chanteur Sandu CIORBA (Chirikli). D’autres thèmes sont liés à des personnages, comme ce motif obsessionnel et vibrant au violon et violoncelle (Taloche Danse). Le cymbalum sert également de charpente aux motifs qui évoquent le drame de l’holocauste des roms et qui sont composés par Tony GATLIF, avec une douleur prenant la voix d’Ikola (Les Camps). Le cinéaste qui propose aussi des morceaux qui mélangent à la fois des instruments comme de la guitare à des sonorités d’animaux comme des chevaux ou d’objets comme des horloges. Tandis que des percussions évoquent cette période tourmentée (Le Temps et Taloche Mécanique - en collaboration avec Delphine MANTOULET). Le cinéaste introduit enfin de véritables moments d’humour avec des thèmes plein de vie (Les Poules). Voilà une bande originale qui métisse les musiques pour mieux souligner la rencontre, dans la souffrance, de la France profonde et d’un peuple nomade. Il en ressort une partition bouleversante, parfois profonde et classique, mais aussi souvent populaire, festive… tsigane !

LIBERTE, un film de Tony GATLIF, avec Marc LAVOINE. Musique de Delphine MANTOULET & Tony GATLIF – Bande originale disponible chez Mercury / Universal music - 51:02

KERITY ET LA MAISON DES CONTES

Lorsque sa tante Eléonore lui lègue sa riche bibliothèque, Natanaël est très déçu car, à 7 ans, il ne sait toujours pas lire ! Mais la nuit tombant, les petits héros de ces livres, d’Alice au Capitaine Crochet s’échappent pour appeler à l’aide. Après L’ILE DE BLACK MOR, réalisé par Jean-François LAGUIONIE en 2004, c’est le deuxième film d’animation mis en musique par Christophe HERAL, qui a également composé pour des jeux vidéo. Sur KERITY, avec le réalisateur Dominique MONFERY, ils ont créé un univers sonore souvent orchestral mais aussi plus intimiste avec la mise en avant d’instruments comme la guitare et les percussions. On entre doucement dans une partition qui évolue constamment entre le merveilleux et la poésie. On note d’emblée l’importance accordée aux voix, qui interviennent comme une référence à l’enfance, avant que l’orchestre puis le piano solo ne développent progressivement le thème principal (Destination Kerity). Il s’agit d’un motif qui joue sur les émotions  et qui se développe parfois de manière orchestrale (Natanaël Ce Héros) mais est souvent coupé par des notes plus sombres (La Lettre D’Eléonore). Sans en abuser, le compositeur utilise les voix de manière à ce qu’elles se fondent aussi dans des musiques plus inquiétantes, plus contemporaines (Cauchemar Et Hallucination). La partition contient également quelques thèmes plutôt chavirant, privilégiant les percussions mais aussi l’accordéon, la guitare (Piquetout, La Plage). On remarque encore l’importance de la flûte, en particulier dans un passage de style celte suivi du thème principal repris avec l’ajout de chœurs (La Bibliothèque Secrète). Et aussi ce motif quasi valsant, plus aérien mais aussi plus fantastique (Cerf Volant). Pour certains morceaux plus sombres, avec des cordes obsessionnelles et du cymbalum, Christophe HERAL a bénéficié du renfort de Laurent JUILLET, (Le Camion, Sauvetage Inattendu), qui a également composé en solo plusieurs morceaux, plutôt enlevés, dans la tradition des musiques de cartoons (Le Bébé, Le Crabe). Avec cette partition, Christophe HERAL explore joliment des harmonies variées pour mieux consacrer une palette musicale très imagée. Il se sert de l’orchestre mais intègre aussi des instruments à consonance populaires pour une musique qui agit comme un voyage initiatique, à écouter en feuilletant les pages d’un livre magique. Surtout, après avoir entendu Christophe HERAL sur KERITY, vous aurez envie de le retrouver sur d’autres aventures musicales et cinématographiques.

KERITY, LA MAISON DES CONTES, musique de Christophe HERAL pour le film de Dominique MONFERY – Movie Score Media SW et téléchargement – 51:57

En dvd et dans les bacs !

NICOLAS LE FLOCH

Ce disque plutôt inattendu, qui sort parallèlement aux dvd chez le même éditeur, contient la musique de la très remarquée série de France 2, écrite par le compositeur franco-thèque Stéphane MOUCHA. Très prolifique à la télévision, on l’avait remarqué au cinéma, en collaboration avec Gabriel YARED sur LA VIE DES AUTRES. Pour mettre en musique les aventures d’un fervent défenseur de la justice et grand amoureux des femmes, il a profité de l’ampleur de l’orchestre du City Of Prague Philharmonic. Sans surprise s’agissant d’une série, il a associé le thème principal au personnage titre, avec une mélodie taillée sur mesure, à la fois élégante et enjouée (Générique). Il le décline dans diverses variations, de lento adossé d’une ligne de violon (L’Abbaye) à chantante (Thème Bois). Autour, la musique dépeint, dans des sonorités respectueuses de l’époque, la Cour de France. Le Roi est représenté par un thème imposant qui avance par touches, avec un zest de clavecin. Pour le thème de La Fille Du Roi, se détache une cellule répétitive dégageant à la fois passion et mystère. D’autres thèmes sont associés à des personnages secondaires, comme cette cellule répétitive accompagnée d’un lento de violoncelle, avec quelques cuivres annonciateurs de danger sur La Vieille Femme Et Les Rats. L’atmosphère versaillaise jaillit de thèmes rythmés par des orchestrations variées, du petit groupe folklorique (Carnaval A Versailles), à l’orchestre de chambre (A Versailles) en passant par le quatuor (Chez Mme De LASTERIEUX). Mais le point culminant revient aux deux superbes passages quasi celtiques du Cercle De Jeu A Londres. On note aussi une touche baroque et vocale très 18ème siècle (Air Des Lunettes Bleues, Divertissement A La Cour). La musique s’attache encore à décrire l’âme des lieux à travers des motifs profonds, élevés et de retentissants coups de tambour (L’Eglise Des Carmes, Macabres Investigations). Quant au suspense, il surgit d’une sarabande, avec deux cellules progressives et un contrepoint mystique et organique (Trahis Pour L’Argent Du Plomb). Et la dimension séductrice apparait sous la forme d’un thème d’amour d’où se détachent des vibrations de harpe (Nicolas Et La Satin). Stéphane MOUCHA propose une bande originale relativement courte mais complète. Agissant comme une palette sonore dédiée à un gentleman enquêteur du 18ème siècle, il est recommandé d’en découvrir en profondeur toute la diversité harmonique et thématique !

NICOLAS LE FLOCH, musique de Stéphane MOUCHA pour la série télévisée – Phares et Balises  – 36:57

Plus d'informations sur http://www.phares-balises.fr/

Sur les écrans et dans les bacs !

UNE AFFAIRE D’ETAT

Entre l’explosion d’un avion chargé d’armes en Guinée et plusieurs assassinats en France, l’inspectrice Nora CHAHYD (Rachida BRAKNI) soupçonne les sphères du pouvoir. Pour ce thriller politique sur fond de trafics d’armes vers l’Afrique, Eric VALETTE a confié la musique à NOKO, le compositeur et fondateur du groupe de rock APPOLO 440. En grand amateur de John BARRY, NOKO a été grandement influencé par la partition des années 60 IPCRESS-DANGER IMMÉDIAT, jusque dans son choix, judicieux, d’associer un seul instrument, le clavecin, à la voix centrale du film. Dès le Main Theme, le clavecin apparaît ainsi comme la clef de voute de la partition, servant d’unité de mesure de la chute inéluctable de l’homme politique Victor BORNAND (André DUSSOLIER). On le retrouve d’ailleurs tout au long de la partition (jusqu’à une version chantée par NOKO et Howard DEVOTO – To Anyone Counting) dans des variations aux contours électro avec des vibratos de cordes lointaines (Introducing Fernandez). Ou rythmées avec des cordes qui lui donnent de l’ampleur (A Farewell To Chardon). On l’apprécie encore dans des déclinaisons qui jouent sur le mystère (Every Picture Tells The Same Story). A côté, on trouve des thèmes aériens, qui mélangent des instruments acoustiques et électroniques (Chillout Chez Mado), mais aussi des motifs d’allures plutôt jazzy avec de la batterie, des claquements de doigts, le sifflement de NOKO et du piano sur un rythme lointain de clavecin. Là encore, l’influence de John BARRY se fait ressentir (Rendez-vous With Macquart) mais on pense également à Ennio MORRICONE sur des motifs mélancoliques (Victor Bornand : A Man Alone). On apprécie aussi la grande pureté de l’alliance entre une mélodie pianissimo et un glissé de violoncelle (Shed A Tear For Mado), et l’alliage tragique et beau du clavecin, des cordes, des riffs de guitare et de la voix d’Elisabeth GRAY (Burying The Past And The Past Still Yet To Come). NOKO surprend jusqu’à faire reposer les thèmes d’action sur de violents staccatos de violoncelle joué par Martin Mc CARRICK (Bonfil’s Last Chase). Pour sa première bande originale, NOKO nous sert donc une musique efficace, bien sentie dans ses thèmes comme dans ses orchestrations. C’est donc une mission réussie et on n’en fera pas une affaire d’Etat !

UNE AFFAIRE D’ETAT, musique de NOKO pour le film d’Eric VALETTE – Milan records  – 51:43

OSCAR ET LA DAME ROSE

Adapté de son propre roman, Eric-Emmanuel SCHMITT raconte l’histoire d’Oscar, un jeune garçon qui vit ses derniers jours comme une vie entière, grâce à Rose (Michèle LAROQUE, aussi belle que surprenante). Loin de ses mélodies imparables aux arrangements lumineux, Michel LEGRAND a composé pour ce film qui force souvent le trait, une partition en demi-teinte. Souvent en mineur, elle accumule les thèmes profonds qui évoquent autant le drame du petit Oscar que le malaise de Rose lors de leur rencontre. L’espoir vient d’un contrepoint légèrement trépidant (Rose Dans La Chambre D’Oscar) et surtout d’une Valse, qui intervient ou après une musique mi fantastique mi mystérieuse (Rendez-vous Avec Peggy Blue) ou dans une variation avec par des chœurs et des carillons (Adieu A Peggy). Sur le quotidien de Rose, la musique se veut rétro, respirant le charleston lorsqu’elle livre ses pizzas (Le Camion Rose), plus jazzy sur ses amours (Entre Rose Et Victor). Et lorsqu’elle se transforme en catcheuse, elle devient plus audacieuse, se situant entre métal orchestral et jazz contemporain (L’Etrangleuse Du Languedoc Contre Diabolica Sinclair) ou musique de cirque avec des effets sonores (Téton Royal). Sur ses relations avec Oscar, elle apparaît légère, généreuse, souvent introduite par des accords de guitares mais avec toujours un contrepoint de cordes et parfois des nuées de harpe (La légende Des Douze Divinatoires). On notera l’utilisation du violon solo, pour souligner à la fois la douleur et l’optimisme de Rose (Rose Veille Sur Oscar). Le compositeur nous livre aussi un thème choral pour quatre cors, très solennel (Avec Dieu A La Chapelle) et quelques thèmes vocaux plus (La Berceuse D’Oscar, Les Anges Sur La Tombe) ou moins (Le Canon Des Ecoliers) inspirés. En fait, et c’est probablement son principal défaut, cette partition n’arrive jamais à décoller. Alors qu’on aimerait qu’elle nous transporte (comme c’était le cas dans CAVALCADE), elle reste irrémédiablement en suspension et n’arrive à se  soulever qu’en de trop courtes séquences (Matin Mystique). Alors que cette bande originale serait considérée comme honnête pour n’importe quel compositeur, elle représente pour un monument comme Michel LEGRAND un rendez-vous manqué avec l’émotion !

OSCAR ET LA DAME ROSE, musique de Michel LEGRAND pour le film d’Eric-Emmanuel SCHMIT – Jade / Milan records  – 46:15

 

MICMACS A TIRE-LARIGOT

Déjà orphelin, Bazil (Dany BOON) échappe par miracle à la mort lorsqu’une balle perdue vient se loger dans son cerveau. Il trouve refuge chez une bande de chiffonniers qui vont l’aider à se venger des deux fabricants d’armes à l’origine de ses malheurs. Au départ, Jean-Pierre JEUNET avait envie d’une musique plus moderne que dans ses précédents films, également de samples de vieilles musiques de films d’action mais, comme il l’avoue lui-même, cela ne marchait pas. Finalement, la bande originale se distingue d’abord par des reprises de musiques de Max STEINER composées pour LE GRAND SOMMEIL, idéales pour toutes les séquences d’action. On reconnait ainsi la patte du compositeur hollywoodien sur une ouverture colorée et cuivrée, suivie d’un développement qui nous entraine dans un sombre univers (Ca Cartonne), puis des thèmes profonds, qui jouent sur les registres du suspense et de la romance (Du Plomb Dans La Cervelle, Bazil A La Benne). L’autre direction vient des thèmes originaux de Raphaël BEAU, un jeune musicien et professeur, qui a composé des thèmes pour des séquences précises mais qui, par un concours de circonstances se retrouvent sur d’autres. La partition s’ouvre sur un tango qui vire à la valse avec du bandonéon, des bruits de verre qui se brise et du piano (Beau Diabolique), mettant en exergue les deux faces de cette partition, idéal accompagnement des aventures burlesques de Bazil et des chiffonniers. Il y a d’abord les thèmes d’aspect pianissimo, soutenus parfois par une ligne de violon (Train Bleu), légèrement mélodiques et surtout tournoyant, rappelant les quartiers parisiens. Il s’agit de thèmes qui reviennent jusqu’au final (Beau Dernier Vol). Puis on trouve les motifs qui dégagent de la nostalgie, soit par le recours à l’accordéon (Mimotronik), soit par le mariage entre le piano et un filet de violon (Saint Eustache). Reste la partie ressemblant davantage à du travail sur les sonorités avec le mélange du bandonéon, du piano, et des bruits divers comme des miaulements de chats (Cartoon, Droit De Cité) ou des voix, qui apportent une dimension rap (La Diva Du Porno). En confiant cette musique à Raphaël BEAU et, de manière posthume, au légendaire Max STEINER, Jean-Pierre JEUNET réussit les fiançailles entre la tradition et la modernité de la musique de films. En empruntant les codes musicaux des films précédents du réalisateur, Raphaël BEAU signe des thèmes relativement simples avec toutefois une pointe de modernité, pour mieux perpétuer les ambiances du cinéma de Jean-Pierre JEUNET. Ce qui devrait ravir les inconditionnels d’AMELIE POULAIN !

MICMACS A TIRE-LARIGOT, musique de Raphaël BEAU et Max STEINER pour le film de Jean-Pierre JEUNET – Milan records  – 38 :52

L'ARMEE DU CRIME

Dans Paris occupé, l'ouvrier poète Missak MANOUCHIAN (Simon ABKARIAN) dirige un groupe de résistants immigrés qui, prêts à mourir pour la France qu'ils aiment, celle des Droits de l'Homme, se battent contre l’ennemi allemand. Comme Robert GUEDIGUIAN signe un film de fiction dur et touchant basé sur une page méconnu de la seconde guerre mondiale, Alexandre DESPLAT propose une musique d’inspiration classique mais de couleur originale. En effet, si le compositeur propose une musique sombre et émouvante, son traitement exécuté par son Traffic Quintet amène un certain dépouillement qui renforce magnifiquement le propos dramatique du film. Rappelons que le Traffic Quintet est une formation composée de deux violons, un alto, un violoncelle et une contrebasse pour laquelle Alexandre DESPLAT a écrit de nombreuses transcriptions de musiques de films de lui et d’autres compositeurs comme Georges DELERUE. Dans le thème titre, Alexandre DESPLAT commence par un lent mouvement de violon mélancolique. Puis, très vite, il insuffle une couleur et une mélodie qui évoquent l’est de l’Europe dont sont originaires les immigrés résistants et que l’on retrouve plusieurs fois dans la partition, comme dans le morceau Jeunesse. Dès le deuxième titre (Résistance), il ajoute de la tension et toujours une couleur façon arménienne avec des cordes qui joue d’une façon très mélodique sur un fond à la façon de percussions (Héroïsme). Pour évoquer la déambulation des jeunes résistants, le compositeur utilise les glissés, les pincements de cordes, ce qui ajoute de la tension (Tracts). Alexandre DESPLAT signe une partition d’allure très simple mais dont la profondeur, la finesse mélodique et la couleur particulière du quintet amènent beaucoup d’étrangeté, beaucoup d’émotion. Au final, on trouve une musique qui appuie délicatement le suspense tout en ne négligeant pas le côté dramatique du parcours de ces résistants martyrs. On notera que le disque est complété notamment par des musiques et chansons de Ray VENTURA (Tiens, Tiens, Tiens), Raymond LEGRAND (Espoir), des clarinettistes argentin d’origine juif Giora FEIDMAN (Bublitschki) et Joël RUBIN (Tsu Der Khupe Geyn). Un beau disque de musiques actuelles et de patrimoine, pour le souvenir.

L’ARMEE DU CRIME, musique d’Alexandre DESPLAT et divers pour le film de Robert GUEDIGUIAN – Naïve  – 75:36

NON MA FILLE, TU N'IRAS PAS DANSER

Tout va mal pour Léna (Chiara MASTROIANNI) qui, débarqué en Bretagne, s’aperçoit que ses parents, sa sœur et son ex-mari, Nigel (Jean-Marc BARR) complotent. Se sentant trahie, elle s’interroge,comme si les fantômes de la famille l’empêchaient de vivre librement. Sur ce film de Christophe HONORE, on retrouve de nouveau le talentueux compositeur et chanteur Alex BEAUPAIN. Il surprend ici avec une partition très orchestrale, très profonde. On y découvre le thème doucement mélodique du personnage de Léna ; des notes sentimentales et dramatiques, plutôt en mode mineur avec un contrepoint en forme de vibrato. On note cependant au milieu une partie plus gaie, plus fraiche, plus colorée. Comme si le compositeur avait profité du grand orchestre pour introduire des plages amples, généreuses et romanesques qu’il n’hésite pas d’ailleurs à reprendre sur le Générique et en Finale. Dès le deuxième morceau, Alex BEAUPAIN amène un côté mystique qui étonne mais en même temps rappelle nombre de classiques de la musique américaine. Comme en pleine sueurs froides, il souligne l’étrangeté des âmes par un développement de cordes légèrement obsessionnelles, surtout dans les contrepoints (Retour A Guerlédan). On soulignera aussi un développement orchestral ample à la manière d’une musique qui évoque une tragédie antique avec un peu de piano et quelques cuivres (La Danse Du Diable). Et encore des passages intimistes à la manière d’une musique de chambre (La Roche Tremblante). On trouve aussi un joli thème orchestral et aérien rehaussé de quelques bois, toujours du vibrato, de la harpe (Frédéric). Les arrangements (très réussis) ont été écrits par Emmanuel D’ORLANDO qui, par ailleurs, signe une jolie élégie un soupçon fantastique (For Nigel). Et cosigne plusieurs morceaux qui jouent sur le mystère (Nocturne A Guerlédan). Au final, Alex BEAUPAIN signe une véritable partition de cinéma qui, certes, utilise souvent des recettes déjà usitées. Mais qu’importe, même si on le préfère plus audacieux, comme dans LES CHANSONS D’AMOUR, voilà une bien agréable musique qui respire l’authenticité ; Ce qui, par les temps qui courent, n’est pas si courant.

NON MA FILLE, TU N’IRAS PAS DANSER, musique d’Alex BEAUPAIN pour le film de Christophe HONORE – Naïve  – 34:19

UN PROPHETE

Malik n’a que 19 ans quand il est emprisonné. Paraissant plus jeune, plus fragile que les autres détenus, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses. Mais, derrière la l’ange se cache un homme qui tisse sa toile. Pour cette nouvelle collaboration avec Jacques AUDIARD, le très prolifique Alexandre DESPLAT livre une partition qui joue davantage sur les émotions que l’action. Le thème principal se caractérise par une grande profondeur, une couleur atmosphérique qui décrit la solitude de Malik et son apparente vulnérabilité. Mais quelques notes de trompettes comme un leitmotiv renvoient à sa complexité, son intelligence. Une trompette qui revient à la fin de plages orchestrales pleine de grâce qui jouent sur la violence des sentiments (La Sortie). Comme souvent chez Jacques AUDIARD, le film contient une face onirique, qui donne lieu à des mouvements pleins d’espace, des motifs planants, parfois appuyés par le piano et les cordes (Le pouvoir). Ou encore des motifs qui jouent davantage sur les sensations sonores que les mélodies (Les Rêves, La Neige). On trouve aussi des moments de tension mélangés à des mouvements plein de souffle, de rythme et de lyrisme avec des effluves de cuivres (Le Respect, Gunfight), parfois du piano (Du Drahan Pour l’Imam). Au final, Jacques AUDIARD permet à Alexandre DESPLAT de continuer à peindre musicalement des personnages d’autant plus touchants qui sont fracturés. Ce qui se ressent dans des motifs aussi fins que lumineux, comme introduits sur les lèvres, découvrant une partition emplie de palpitations qui agit comme une prophétie. Comme un artiste au pinceau, Alexandre DESPLAT déploie, avec ses harmonies colorées, ses longues plages instrumentales, une large palette d’émotions. Au final, sa partition se révèle un magnifique saut de l’ange !

UN PROPHETE, musique d’Alexandre DESPLAT pour le film de Jacques AUDIARD – Naïve  – 57:17

HOME

En brisant un équilibre issu de quatre milliards d'années d'évolution de la Terre, l’homme a mis son avenir en péril. Plutôt que de baigner dans le pessimisme, il ne lui reste qu’à changer son mode de consommation, fruit d’une exploitation démesurée de la planète. Yann ARTHUS-BERTRAND innove et nous fait partager à travers ses images son émerveillement autant que son inquiétude. Comme pour la série télévisée VU DU CIEL, il a appelé Armand AMAR pour en écrire une musique sans  véritable surprise. Mais qui constitue un prolongement de ses travaux pour des films (LE PREMIER CRI) ou des spectacles (MARCO POLO) qui ont toujours laissé une grande place à la nature. Il nous entraine dans un univers sonore complexe, fait de sonorités doucement répétitives et atmosphériques, pour mieux épouser l’immensité de la planète bleue. Pour mieux appréhender la place de l’homme, il introduit des voix, en solo comme celle de Gombodorj BYAMBAJARGAL (Home part 1) ou en chœur pour une musique pleine de souffle (Home part 2), sentiment renforcé par le solo de violoncelle (part 3). On notera qu’on retrouve souvent des voix déjà entendues sur d’autres musiques d’Armand AMAR, comme celles du chanteur mongol Enkhajargal DANDARVAANCHIG. A côté de lui, le perse Ashkan KAMANGARI ; ensemble, ils apportent  un côté mystique qui ajoute à la profondeur des notes sur un morceau cosigné avec Mathieu COUPAT (Epi). On retrouve encore la voix de la soprano Adèle CARLIER, qui apporte sa volupté sur un thème d’une grande puissance émotionnelle sur des images de baleines (Whales). Certains morceaux pour guitares et violoncelle dégagent une grande douceur (Life 1 & 2). Comme souvent chez le compositeur, on trouve des thèmes répétitifs (Faster And Faster). Comme à son habitude, il enrichit ses harmonies par les notes de solistes souvent venus du moyen orient : on entend ainsi la clarinette turque de Laurent CLOUET (Murderous Catch), les Percussions de Shanghai (Dubaï), le doudouk de Levon MINASSIAN (The Dead Seas), le didgeridoo de Phillip PERIS (Rake The Forrest). On notera également que Mathieu COUPAT signe un joli titre rythmé et pianissimo avec un contrepoint de violoncelle (Chemical Food). Le disque se referme sur un mouvement profond et majestueux avec la voix délicate de la soprano Sandrine PIAU (Cum Dederit). A travers les images de Yann ARTHUS-BERTRAND et les notes d’Armand AMAR, chaque paysage, même le plus commun, révèle sa splendeur autant que ses secrets. En mêlant ses motifs instrumentaux à des voix, Armand AMAR nous fait remonter le passé de notre humanité pour mieux nous alerter ; avec une éclatante sobriété, sa musique nous emporte pour mieux nous responsabiliser…

HOME – Bande originale du film de Yann ARTHUS-BERTRAND, composée par Armand AMAR – 66’22 - Naïve – Déjà disponible.

TELLEMENT PROCHES

On se souvient que Frédéric TALGORN avait composé la musique de NOS JOURS HEUREUX, le précédent film d’Eric TOLEDANO et Oliver NAKACHE. Il récidive avec cette nouvelle comédie qui met en scène un couple en crise interprété par Vincent ELBAS (Alain) et Isabelle CARRE (Nathalie). En effet, quand Alain a épousé Nathalie, il ne savait pas qu’il épouserait aussi sa famille. Ce samedi, alors qu’ils sont, comme toutes les semaines, invités à dîner chez son beau-frère, Jean-Pierre, à Créteil, Alain est prêt à exploser. Sauf qu’il ne sait pas encore ce qui l’attend véritablement ce soir-là... Ni les jours qui suivent... Disons-le tout de suite, Frédéric TALGORN surprend avec cette partition qui, par sa simplicité, et son côté intimiste, tranche avec ses nombreuses musiques pour des films d’aventures ! Sur le personnage d’Alain, il a imaginé un thème doucement mélancolique qui commence de manière répétitive au piano. Puis, petit à petit, se développe dans les cordes de l’Orchestre Philarmonique de Londres qui intervient toujours de manière subtile, comme un voile derrière les instruments solistes. Il en découle un thème émouvant et raffiné (Spleen D’Alain), que Frédéric TALGORN reprend plus tard, de façon plus majeure et enjouée avec des parties soutenues de piano, et des envolées dans les cordes avant une deuxième partie pour guitare et piano (Réconciliation). Sur Bruno & Roxane, le compositeur introduit un thème court mais frais et charmant pour solo de guitare (encore une bonne surprise !) et contrepoint de cordes (Bruno & Roxane). Pour clore l’album, Frédéric TALGORN nous sert une longue version solo du thème titre ; un motif très lent avec une couleur jazz acoustique qui dégage douceur et sensibilité (Tellement Proches : Piano Solo). Passionnés par ces films qui foisonnent de rythmes, de personnages et de musiques, les réalisateurs ont imaginé une bande sonore qui sent bon les tubes qui donnent envie de danser. A côté de la musique originale, le disque comprend donc toute une série de tubes issus surtout des années 1960 (For Once In My Life par Stevie WONDER, Beggin par Franckie VALLI & The Four Seasons) et 1970 (Say It Ain’t So, Joe par Murray HEAD, Spooky par Dusty SPRINGFIELD, Let’s All Chant par The Michael Zager Band). Mais aussi des années 2000 (Seven Days In Sunny June par JAMIROQUAI, You’re The One par Booster et le bien nommé Family Business par Fabien NATAF featuring T.M.). A côté, Frédéric TALGORN a composé une partition qui ne dure que 14 minutes mais qui se révèle d’une grande délicatesse ; une belle réussite qu’on se sent tellement proches de cette famille formidable !

TELLEMENT PROCHES – Bande originale du film de E TOLEDANO & Olivier NAKACHE, composée par F TALGORN – 48’23 - Naïve – Déjà disponible.

LES BEAUX GOSSES

Hervé est un adolescent débordé par ses pulsions, ingrat physiquement, moyennement malin et qui vit seul avec sa mère. Il se débrouille à peu près au collège mais, avec les filles, il accumule les râteaux. Jusqu’au jour où, étrangement, il commence à plaire à Aurore, l’une des plus jolies filles de sa classe... Voici un film sur cet âge complexe de l’adolescence ; On y suit Hervé, qui tente de grandir dans un monde où les émotions apprennent à être dominées. Autour de lui, on trouve toute une galerie de personnages pittoresques et amusants. Le réalisateur Riad SATTOUF est avant tout un auteur de bandes dessinées qui a signé plusieurs albums (notamment RETOUR AU COLLEGE) et une série de planches pour le journal Libération. Pour son film, Riad SATTOUF a composé quelques musiques et a fait confiance à Lionel FLAIRS, le bassiste et surtout, selon lui, le meilleur rockeur de France ! Entre les plages de dialogues, FLAIRS propose une musique actuelle de rock instrumental, tout à fait dans l’esprit de ce que peuvent écouter les adolescents ; des morceaux qui respirent la basse électrique et les claviers sur des titres qui font référence à des obsessions sexuelles auxquelles s’intéresse beaucoup le réalisateur (Levretto, Les Mystères De La Branlette, Ejaculo…). Mais aussi la guitare acoustique sur des ballades mélancoliques un peu planantes (Pur Canel !). On trouve aussi des musiques aériennes, rythmées mais pas répétitives (Poursuite !). On notera également certaines plages colorées voir arabisantes comme la Danse Du Ragga. Puis chansons qui illustrent bien l’adolescence : des raps d’abord, rythmés et avec beaucoup de synthétiseur (On S’sert Les Coudes & Ici Ou Là par Moktar NASSIF), un superbe piano voix rafraichissant ensuite, par Ginny GOLDSWINGER et un pure rock électrique en final (You Think You’re A Man par THE VASELINES). On notera encore la présence de quelques pubs à la sauce électro rap (Rencontres bretonnes). Au final, FLAIRS propose une bande originale enjouée et pleine de sensations. Il se sert de ses hymnes électroniques et des chants qui ont la faveur des jeunes pour offrir une peinture musicale proche des personnages, de leurs tourments. A défaut de plaire à tout le monde, cette bande originale devrait atteindre le public dont le film parle ; Et c’est déjà pas mal !

LES BEAUX GOSSES – Bande originale du film de Riad SATTOUF, composée par FLAIRS et Riad SATTOUF  – 38’42 – Naïve – Disponible.

HARVEY MILK

Un film de Gus VAN SANT, avec Sean PENN, Emile HIRSCH, Josh BROLIN, Diego LUNA et James FRANCO.

Le film retrace les huit dernières années de la vie d’Harvey Milk (SEAN PENN) qui, dans les années 1970, fut le premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles ; son engagement pour la tolérance, l’intégration des communautés homosexuelles lui coûta la vie. Mais réussit à modifié les mentalités. On retrouve pour la musique Danny ELFMAN, qui avait déjà composé pour Gus VAN SANT la partition du film WILL HUNTING. Il nous propose une partition orchestrale qui joue avant tout la carte de l’émotion avec une prépondérance de couleurs feutrées. Le thème du personnage titre se présente de manière ample et poignante avec beaucoup de cordes (thème 1) ; un motif gracieux qui met en avant tout le courage d’un homme, toute la force d’une vie. Il s’agit d’un thème qui revient plusieurs fois, dans des développements et des variantes (New Hope), jusqu’au thème 2 délicieusement valsant avec de petites percussions. On entre ensuite dans une partition aux sonorités dissonantes et un brin jazzy avec l’utilisation du saxophone (Main Title) sur un lit de cordes mélancoliques. On note l’importance du piano, discret mais souvent présent, parfois accompagné d’éléments synthétiques en écho (Harvey’s Will). Ou répétitif avec un solo de violon suivi d’une envolée de cordes (Harvey Wins). Danny ELFMAN nous sert aussi, comme sur ses partitions pour Tim BURTON, des musiques où il utilise astucieusement les chœurs : d’abord brièvement après un solo de violoncelle et un ostinato de cordes (The Kiss). Puis chantants superbement au rythme de cordes obsessionnelles avant une intégration à des harmonies inspirées de l’école européenne du début du siècle dernier (Postcript). L’aspect politique est illustré par des motifs de cordes répétitives agrémentés de quelques bois (Politics Theater). Mais aussi des mouvements rythmés avec davantage de virulence dans les percussions (Gays Rights Now) ; d’autres plus sournois, lentement crescendo (The Debates). Bien sûr, sur les derniers jours du précurseur homosexuel, la musique se veut davantage touchante mais jamais triste, grâce au tempo du piano, la vivacité des bois et la largesse des cordes (Harvey’s Kast Days). Elle apparaît également plus atmosphérique à travers des ambiances de cordes nostalgiques et un développement dépouillé (Give’em Hope). Autour d’un thème doucement mélodique, Danny ELFMAN a créé une partition éblouissante dont les couleurs souvent symphoniques et aériennes soulignent en beauté le parcours d’un homme exceptionnel !

HARVEY MILK – Bande originale du film de Gus VAN SANT – Musique originale de Danny ELFMAN - 59’04 – Decca - Universal Music 178 9598 – Déjà disponible.

Sur les écrans et en téléchargement

WELCOME

Un film de Philippe LIORET, avec Vincent LINDON, Audrey DANA, Firat AYVERDI, musique originale de Nicola PIOVANI.

C’est l’histoire d’une rencontre improbable entre deux hommes un peu perdus. Simon (Vincent LINDON), maître nageur à la piscine de Calais, qui cherche un moyen de reconquérir sa femme (Audrey DANA). Quand il croise le chemin de Bilal (Firat AYVERDI), un jeune réfugié kurde prêt à traverser la Manche à la nage, voyant là une possibilité d’impressionner sa femme, il décide de l’aider. Une nouvelle fois, Philippe LIORET (JE VAIS BIEN, NE T’EN FAIS PAS) trouve dans cette histoire un prétexte à des situations d’une grande humanité. Comme toujours depuis L’EQUIPIER en 2004, il a fait appel au grand compositeur italien Nicola PIOVANI qui propose une partition subtile et émouvante. Derrière des thèmes à la structure pianissimo, il glisse des cordes profondes qui dégagent des effluves de mélancolie. Il évoque d’abord la douleur de ces étrangers de passage à travers des notes de piano répétitives emplies de gravité ; un sentiment renforcé par des nappes de cordes (Migrants). Des cordes qui, avec un rythme pianissimo, évoquent le désarroi d’un homme dans la tourmente (Simon). Comme souvent chez Nicola PIOVANI et les musiques de compositeurs italiens en général, on trouve quelques irrésistibles mélodies qui brillent par leur transparence, voir leur simplicité : il en va ainsi de Bilal Song, motif poignant et puissant qui s’accentue de manière crescendo. Et surtout du thème titre, qui porte de manière nostalgique et sensible toute la fibre émotionnelle de la rencontre entre Simon et Bilal ; un thème superbe que le compositeur reprend au piano solo en fin d’album. Certainement pour mieux appréhender la rencontre de plusieurs civilisations, Philippe LIORET a emprunté pour son film quelques thèmes d’autres compositeurs, issus d’Europe de l’Est. On trouve ainsi trois thèmes, The Black Sun et Agata’s theme + V1 composés en 2007 par Wojcieh KILAR pour IL SOLE NERO de Krzystof ZANUSSI ; une histoire d’amour absolu bercée par des mélodies au piano. Et également un morceau plein de souffle, pour flûtes et orchestre, composé par Armand AMAR pour KADISH de Radu MIHAILEANU (2004). Aussi brève soit-elle, cette partition touche par ses motifs simples en apparence, principalement pour piano et contrepoint de cordes. Derrière le chant du piano se cache le cœur des cordes pour des thèmes qui agissent sur le fil de l’émotion.

WELCOME – Bande originale du film de Philippe LIORET composée par Nicola PIOVANI, Wojcieh KILAR et Armand AMAR – 23’00 - Naïve – Disponible sur les plates-formes de téléchargement.

RICKY

Un film de François OZON, avec Alexandra LAMY, Sergi LOPEZ ;Musique originale de Philippe ROMBI.

Mais qu’est-il arrivé à Ricky, le bébé de Katie et Paco ? Tel pourrait être l’autre titre du nouveau film de François OZON ; l’histoire d’un couple ordinaire, Katie (Alexandra LAMY, surprenante en mère de famille) et Paco (Sergi LOPEZ) qui met au monde Ricky, un bébé extraordinaire. Un film qui commence comme une simple histoire d’amour et dévie vers le fantastique, la poésie ; des effets contrastés renforcés par la composition de Philippe ROMBI, de nouveau fidèle à François OZON avec une partition qui cultive le mystère autant que le merveilleux. Comme souvent chez Philippe ROMBI, on trouve un thème de base pianissimo particulièrement mélodique (Ricky Thème) ; un motif qui évoque l’enfance à travers des notes qui semblent sortir d’une boite à musique. Derrière le piano, les cordes s’invitent progressivement pour amener un contrepoint de gravité qui renvoie à l’inquiétude maternelle. Suit un superbe développement du même thème pour violon solo et orchestre. On retrouve ce thème principal plusieurs fois dans la partition, notamment de manière intimiste sur le Générique Début, avec des cordes interrogatives qui appuient la dimension étrange du scénario ; plus tard de façon flamboyante avec un contrepoint suspense à l’américaine (Nuit Sur Le Lac). Dans une première partie, le film joue la carte de l’inconnu, voir de la peur, lié à la singularité de Ricky ; ce qui permet à Philippe ROMBI d’introduire des ambiances froides, ténébreuses avec beaucoup de vibratos dans les cordes (Premiers Signes). Mais aussi des notes de piano qui tombent pour mieux interroger sur la nature de Ricky (Premiers Jours), également pour décrire l’inquiétude de sa grande sœur Lisa. Dans un second temps, le film part vers quelque chose d’irréel, de lunaire ; Philippe ROMBI reprend alors le thème principal de manière lointaine, magique et lyrique (Evolution). Mais aussi prolonge la fibre fantastique à travers des motifs cauchemardesques pour piano concertant et vibratos de cordes obsessionnelles, comme dans certains thrillers (Conséquences) ; puis un superbe thème symphonique gracieux avant un développement plus grave (L’Envol). La partition se termine sur le thème de Ricky au piano (La Révélation) et un large développement sur le générique de fin. Philippe ROMBI apporte par sa musique un complément de féerie mais aussi d’angoisse à un sujet de base assez étonnant ; il contribue ainsi à nous rapprocher de Ricky et des angoisses légitimes de ses proches. Portée par un thème aussi simple que touchant, introduit au piano puis repris par les cordes, Philippe ROMBI signe une partition classique autant que surprenante. Avec cette partition qui navigue entre soleil et nuages, Philippe ROMBI confirme son aptitude à créer des ambiances qui donnent une force aux images.

RICKY – Bande originale du film composée et dirigée par Philippe ROMBI – 30 :43 – Naïve - Déjà disponible en téléchargement sur les plates-formes légales.

Sur les écrans et dans les bacs

 

L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON

Particulièrement romanesque cette histoire d’un vieillard qui va remonter sa vie tout en rajeunissant et allant vers l’amour éternel avec Daisy. Pour la musique, David FINCHER s’est adressé à Alexandre DESPLAT, qui lui a servi une partition complexe, souvent mélodique, s’appuyant sur des bases pianissimo, développées ensuite de manière orchestrale. Le programme s’ouvre sur un thème aérien, empli de douceur, de mélancolie dans les cordes autour d’une cellule pianissimo (Postcards), avec quelques cuivres pour l’aspect fantastique. Dès le deuxième morceau, Alexandre DESPLAT déploie une ambiance mystérieuse, légèrement rythmée avec toujours un socle au piano, un filet de saxophone, pour la marche du temps (M Gâteau). Vient ensuite le thème de Daisy, sorte de thème principal plein de sensualité qui revient jusqu’au final (Benjamin And Daisy) ; d’abord de manière classique pour cordes, flûtes et cuivres légers (Meeting Daisy), puis intégré à un morceau majestueux (Children’s Games) et sur le générique de fin. Autour, Alexandre DESPLAT aligne beaucoup (voir trop) de thèmes secondaires, remarquablement écrits. Parmi eux, on trouve un thème attaché à M BUTTON (Brad PITT), rythmé par les cordes et la clarinette, qui rappelle un des meilleurs thèmes de GOLDEN COMPASS. Comme dans la musique de ce dernier film, on soulignera quelques couleurs proches de grands compositeurs américains ; particulièrement dans le développement avec des pointes de trompette d’Alone In The Night, et surtout dans l’efficace crescendo Submarine Attack. On notera encore un motif à trois temps aux accents orientaux et un contrepoint inquiétant au violon (Love In Murmansk). Le compositeur retrouve sa touche classique dans Daisy’s Ballet Career, lorsqu’il noie le piano dans des cordes généreuses, comme dans LA JEUNE FILLE ET LA PERLE. Enfin, il réserve plusieurs plages de piano solo, des motifs épurés, parfois renforcés par un filet de violon comme dans Nothing Lasts. On notera parmi les solistes la présence du pianiste Randy KERBER ; un collaborateur de James HORNER, qui intervient également sur le second disque (dialogues, chansons, thèmes de musiques classiques et jazz) sur Bethena (A Concert Waltz) de Scott JOPLIN. Malgré la multitude des thèmes, Alexandre DESPLAT fait ressortir un motif plein de passion autour de la rencontre intemporelle de Benjamin & Daisy. Au-delà des thèmes, très beaux mais assez disparates, on retient surtout une couleur globale pianissimo et orchestrale, pour une magnifique symphonie sur le temps qui passe en mode inversé !

THE CURIOUS CASE OF BENJAMIN BUTTON – Bande originale du film David FINCHER, composée et dirigée par Alexandre DESPLAT – 60 :10 + 52 :02 –Concord Records / Universal - Déjà disponible

MIA ET LE MIGOU

Six ans après LA PROPHETIE DES GRENOUILLES, le réalisateur Jacques-Rémy GIRERD et le compositeur Serge BESSET se retrouvent ! On suit ici le parcours de Mia, une fillette qui quitte son village pour l’Amérique du Sud, à la recherche de son père. Sur sa route, Mia devra franchir une forêt remplie de migous ; des esprits dotés de pouvoirs. Serge BESSET a composé une musique audacieuse qui alterne entre l’ampleur de l’orchestre de Sofia dirigée par Deyan PAVLOV, des instruments solistes et des voix. En particulier les timbres des 5 chanteuses du groupe Evasion, qu’il dirige sur des spectacles musicaux destinés au jeune public et qui amènent une dimension lyrique conséquente. On trouve d’abord d’amples mouvements de cordes très classiques pour exprimer l’aventure. Très rapidement, s’invitent des rythmes, de cordes, de caisses claires et de percussions, qui donnent un côté héroïque (Le Lac Aux Merveilles). Tout comme les voix, quand elles chantent en crescendo en contrepoint de l’orchestre. Pour Mia, on trouve une fine mélodie pour guitare solo reprise en douceur par les cordes par-dessus les percussions et un zest de tuba (Courageuse Mia) ; Un thème plein de grâce dont les percussions et un filet de voix annoncent une Pluie d’Etoiles. Quant aux migous, ils inspirent des motifs proche de la musique de cirque, des fanfares à la Nino ROTA (Migous, Père Mabœuf). Autour, apparaissent des musiques emplies de mystère, parfois de violence harmonique, et de souffle avec des vibratos de cordes, des solos de violons et des chœurs réalistes (Forêt Mystère, Le Fruit Sacré) ; également des percussions qui jouent avec les effets de voix pour rajouter une dimension dramatique (La Révolte). Les cordes soulignent également la tension, la peur (La Maison De La Sorcière). C’est à ce moment qu’intervient le thème très joyeux en forme de Samba, qui ouvre le disque par la voix aussi craquante qu’un carré de chocolat d’Olivia RUIZ (La Pluie) et le referme en version instrumentale (Puerto De Los Migas). Accompagnées de volutes de cordes en forme de ronde, les chœurs se font légers et aériens pour amener davantage d’émotion (Les Deux Petits Amoureux). Par ses thèmes qui réussissent l’osmose entre l’authenticité des cordes et des voix, Serge BESSET signe une partition à la fois classique et inattendue : classique par ses harmonies symphoniques et gracieuses ; inattendue car la fraîcheur des voix apporte à la fois force et tendresse. Au-delà des thèmes rattachés à l’enfance, l’imagination, Serge BESSET signe une partition chevaleresque qui nous donne envie de le retrouver sur autre chose que des films d’animation !

MIA ET LE MIGOU – Musique du film de Jacques-Remy GIRERD composée par Serge BESSET. 41:46 – Milan / Universal Music - Déjà disponible

AGATHE CLERY

Voici le portrait de d’Agathe CLERY (Valérie LEMERCIER), une directrice marketing d’une ligne de cosmétiques spéciale " peaux claires ". Hautaine et légèrement raciste, le ciel lui tombe sur la tête quant elle apprend être atteinte d’une maladie qui rend noir ! Pour pimenter son, le réalisateur le traite à la manière d’une comédie musicale qui se situe entre Georges GERSHWIN pour le swing et Jacques OFFENBACH pour la manière de chanter les paroles écrites par Etienne CHATILIEZ et Laurent CHOUCHAN. Persuadé qu’il n’existe pas de compositeur capable d’écrire une bande originale aussi iconoclaste que son personnage, le réalisateur en a convoqué plusieurs : d’abord Matthew HERBERT, musicien anglais qui travaille dans le jazz comme dans les sonorités électroniques et qu’on avait déjà entendu au cinéma sur LE DEFI de Bianca LI. Dès le générique, il impose une musique rythmée aux orchestrations lumineuses pour cordes et cuivres comme dans les classiques hollywoodiens de la comédie musicale ; une façon joyeuse d’illustrer que, de nos jours, le bonheur passe d’abord par l’apparence et le matériel ! Le rideau levé, les notes laissent la place aux voix des comédiens sur des refrains chantés à la manière des opéras bouffe de la première moitié du 20ème siècle ; il en va ainsi de la séquence de La Gare mais aussi du thème des Grands-Parents. On notera quelques thèmes instrumentaux scintillants comme les lumières de Noël (La Laponie). Le deuxième compositeur n’est autre que Bruno COULAIS que l’on aurait volontiers imaginer capable d’écrire l’ensemble de la bande originale. II intervient sur le thème du personnage d’Agathe CLERY, une mélodie légère et moderne pour cordes et percussions, qui vire à la musique soul dans sa première apparition (A Part Ca, Elle N’Est Pas Raciste). Bruno COULAIS se distingue malgré tout dans un générique de fin de grande beauté joué par les archets de Paris de Christophe GUYOT et Jean-Philippe AUDIN au violoncelle. Comme souvent, derrière l’élégance des cordes en mineur surgit une noirceur dans les harmonies. Le disque contient également les arrangements de Crapou, un ami du réalisateur, auteur de la musique de la publicité ERAM. II reprend ou détourne ici des chansons de Johnny HALLYDAY (Noir C’Est Noir), Pétrus de Gueyter (Les Gars De La Marine devient Les Damnés De La Médecine). Mais la plus inattendue reste Un Homme Et Une Femme de Francis LAI et Pierre BAROUH qui se transforme en Coup De foudre pour guitares et percussions manouches. Même si on préfère la partie de Bruno COULAIS, il faut reconnaître le talent de Matthew HERBERT pour s’approprier l’art de comédie musicale et à Crapou des arrangements originaux. II en ressort une bande originale qui décoiffe autant que la coupe d’Agathe CLERY !

AGATHE CLERY – Musique du film d’Etienne CHATILLIEZ composée par Matthew HERBERT, Bruno COULAIS et Crapou. 30:26 – Milan / Universal Music - Déjà disponible

LES ENFANTS DE TIMPELBACH

Lorsque des parents quittent leur village pour punir leurs enfants désobéissants, ceux-ci se séparent en deux camps et s’affrontent dans la ville désertée. Nicolas BARY signe un film à la fois divertissant, drôle et émouvant dont les enfants sont les héros. Pour la musique, Frédéric TALGORN installe, dès l’ouverture, une atmosphère de mystère, de conte dont la douceur des cordes, la volupté des flûtes renvoient à l’enfance ; le piano concertant à l’épopée. Comme thème principal, il introduit un motif enlevé joué par des cordes trépidantes puis repris par le piano et le violon ; des notes qui évoquent l’aventure et l’aspect historique rappelé par des décors de moyen âge. Ce thème revient régulièrement par petites citations, par exemple de manière enjouée avec piano et trompettes (Timpelbach Se Réveille). Intervient ensuite le thème de la terrible institutrice Corbac (interprétée par la succulente Armelle), une musique sombre pour harpe et crescendo dans les cordes. On notera un développement pour cordes pincées jusqu’à un motif chantant ; une écriture proche de certaines partitions de John WILLIAMS, auquel cette musique fait souvent penser. Par exemple dans Le Combat, en fait l’affrontement entre les chefs des bandes rivales : la musique commence dans le calme, le suspense. Puis accélère dans les cordes et les cuivres, avec des percussions sur fond de piano. On retrouve une construction similaire sur la musique de la longue séquence finale (La Bataille), avec des trompettes obsessionnelles et des notes aériennes. Ou encore dans le mouvement des cordes tournoyantes évoquant une certaine liberté des enfants (La Ville Est A Nous). La partition joue parfois des moments de calme (La Ville Endormie), de douceur et d’interrogation à travers des motifs tristes ou mélancoliques pour harpes et bois (Où Sont Les Parents ? , Au Coin Du Feu, Le Procès) et même d’amitié (Barnabé Et Charlotte). Egalement des séquences de frayeur, à travers une musique grave et pianissimo, rythmée par les percussions (Terreur De Barnabé). Ou de tension sous-jacente à travers des cordes vibrantes et du piano (Les Ecorchés). On trouve encore un motif pour cordes et flûtes suivi d’un développement avec de la clarinette et du piano pour évoquer le désarroi des parents (Les parents) ; Du piano qui revient en solo pour introduire la nouvelle vie des enfants dans un développement grandiose et lyrique. Comme hier Alexandre DESPLAT avec THE GOLDEN COMPASS, il manque peut-être à cette partition de qualité un grand thème mélodique. II n’en reste pas moins que Frédéric TALGORN nous sert une musique très plaisante, magistralement interprétée par le Philarmonia Orchestra de Londres. Jusqu’à la musique, cette guerre des boutons à tout pour ravir les enfants !

LES ENFANTS DE TIMPELBACH – Musique du film de Nicolas BARY composée et dirigée par Frédéric TALGORN. 62:39 – Milan / Universal Music - Déjà disponible

 

Rétrospectives

Armand AMAR : Les 33 premiers cris d’un musicien en deux cds !

Passionné d’instruments orientaux qu’il collectionne et utilise (comme le très rare arpegina), Armand AMAR constitue un compositeur difficile à cerner, tant les racines de sa musique apparaissent nombreuses et variées. Ce double album met en avant ses nombreuses collaborations pour le cinéma, avec des cinéastes très réputés, en particulier Costa GAVRAS sur les excellents AMEN (Qui l’a fait connaître), LE COUPERET. On trouve aussi les musiques de films moins connus mais tout aussi bouleversants, de proches du cinéaste (Julie GAVRAS pour LA FAUTE A FIDEL, Laurent HERBIET pour MON COLONEL). Pionnier dans le domaine de la musique obsessionnelle qu’il pratique depuis les années 1970, on retrouve dans nombre de musiques d’Armand AMAR des mouvements apparemment très répétitifs mais en fait particulièrement complexes. C’est le cas dans LE PREMIER CRI, le très beau film de Gilles de MAISTRE, sur la beauté de la naissance de la vie. Très proche de la nature, utilisant souvent les voix et des instruments avec du souffle, Armand AMAR a composé de superbes partitions pour LA TERRE VUE DU CIEL de son ami Yann ARTHUS-BERTRAND. A travers ces disques, on remarque aussi les nombreuses et souvent originales collaborations du musicien avec des voix magnifiques, comme Sandrine PIAU, ASA et Sinead O’CONNOR (LE PREMIER CRI), Khaled (INDIGENES). Ainsi que ses collaborations avec des chorégraphes comme Carolyn CARLSON (Inanna) et, plus récemment, Marie-Claude PIETRAGALLA (Souviens-Toi) ; Une rétrospective de qualité pour un compositeur qui n’a pas fini de nous étonner, de nous émouvoir et qui reste encore à découvrir, sur écran comme sur scène !

Bruno COULAIS : La carrière du plus grand compositeur de musiques de films français actuel résumée en 44 titres !

On retrouve dans cette compilation des extraits des principales partitions du compositeur, notamment les plus connues, à commencer par MICROCOSMOS, qui l’a révélé au public (3 thèmes dont le principal et L’Amour Des Escargots chanté par la soprano Marie KOBAYASHI). Le film avait été réalisé par Claude NURIDSANY et Marie PERENNOU ; Une équipe à succès qui se reformera sur l’excellent et injustement méconnu GENESIS (3 extraits dont la Fanfare De La Vie). Toujours dans le registre documentaire, on trouve aussi des extraits du PEUPLE MIGRATEUR de Jacques PERRIN qui allie magnifiquement voix (A Filetta, Nick CAVE, Robert WYATT) et musiques de différents horizons, tout comme LA PLANETE BLANCHE. Sans oublier l’incontournable partition d’HIMALAYA d’Eric VALLI ; Une partition qui mélange les mariages les plus fous au service d’une partition d’excellence, portée par les voix mais aussi par le violoncelle de Jean-Philippe AUDIN. Evidemment, on trouve aussi quelques extraits des CHORISTES, une partition simple et simple qui a touché le cœur de millions de spectateurs. Comme pour rappeler que le talent de Bruno COULAIS s’est construit sur la longueur et des expériences sonores, on trouve aussi des partitions moins connues et parfois rarissimes : II y a d’abord celle du FILS DU REQUIN d’Agnès MERLET, depuis longtemps introuvable en cd. Puis HARRISON FLOWERS d’Elie CHOURAQUI, DEJA MORT d’Olivier DAHAN, DE L’AMOUR de Jean-François RICHET, SERIAL LOVER de James HUTH avec déjà le groupe A Filetta, que l’on retrouve en fil conducteur sur le DON JUAN de Jacques VEBER. Et bien d’autres, jusqu’aux plus récentes : MR 73 d’Olivier MARCHAL, LE SECOND SOUFFLE d’Alain CORNEAU, AGENTS SECRETS et TRUANDS de Frédéric SCHOENDOERFFER. A noter la présence de deux inédits : ULZHAN de Volker SCHLÖNDORFF et LES EQUILIBRISTES de Nico PAPATAKIS.

Rarement un musicien français s’est autant ouvert aux rencontres musicales et aux associations les plus folles. En quelques films devenus mythiques, Bruno COULAIS a ouvert une nouvelle voie musicale et créé un style. Entouré souvent des mêmes musiciens, Bruno COULAIS a toujours partagé avec les cinéastes et le public ce goût de la musique aussi simple que prodigieuse. Que ce soit une messe ou une berceuse cauchemardesque, ses musiques de rêves sont toujours très attendues.

Gabriel YARED : Le patient français de la musique de films !

Depuis 25 ans, Gabriel YARED promène ses musiques sur les grands écrans. Voici résumée en 58 titres le parcours atypique d’un compositeur passionné et attachant. Dans les années 1980, il compose nombre de musiques de films français, notamment pour Christian de CHALONGE (MALEVIL) et Jean-Luc GODARD (SAUVE QUI PEUT LA VIE). Jusqu’à sa rencontre déterminante avec Jean-Jacques BEINEIX sur LA LUNE DANS LE CANIVEAU puis 37,2 LE MATIN, dont la musique, mélodique et émouvante, a contribué au succès générationnel du film ; Une partition incontournable dont on trouve 4 extraits. Jean-Jacques BEINEIX et Gabriel YARED se retrouveront également sur IP5 (avec Yves MONTAND dans son dernier rôle). Jean-Jacques ANNAUD est un autre cinéaste important de la carrière de Gabriel YARED, qui composera de superbes musiques pour  L’AMANT, LES AILES DU COURAGE (Film en Imax), Quand on évoque Gabriel YARED, on ne peut évidemment éviter les musiques pour les films d’Antony MINGHELLA ; probablement son frère de cinéma. Ensemble, ils ont tourné des pages mémorables de la musique et du cinéma, depuis LE PATIENT ANGLAIS jusque PAR EFFRACTION (BREAKING AND ENTERING), en passant par RETOUR A COLD MOUNTAIN, LE TALENTUEUX M RIPLEY. .. Parmi les autres incontournables, on notera également CAMILLE CLAUDEL de Bruno NUYTTEN ; Une de ses plus belles musiques ! Ainsi que LA VIE DES AUTRES de Florian HENCKEL. On trouve également des chansons interprétées par des vedettes sur des titres décalés (Catherine RINGER sur La Complainte De La Vieille Salope de TATIE DANIELLE d’Etienne CHATILLIEZ, Souad MASSI sur AZUR ET ASMAR de Michel OCELOT, Enzo Enzo sur LES MARMOTTES d’Elie CHOURAQUI). Ou des comédiennes chanteuses le temps d’un film ou d’un générique (Isabelle ADJANI sur BON VOYAGE de Jean-Paul RAPPENAU). En parcourant cette compilation, on se rend compte du chemin parcouru par un excellent compositeur, depuis longtemps reconnu bien au-delà des frontières européennes.

Naïve, 3 doubles cds digipack disponible le 7 octobre. 

Sur les écrans et dans les bacs

UNE CHANSON DANS LA TETE

Bruno CAPRICE (Patrick CHESNAIS), un chanteur des années 1970 devenu réceptionniste d’hôtel part au Liban interpréter son unique tube pour la femme d’un riche industriel ! Cette chanson, c’est Quand Tu T’en Vas, un air lancinant et romantique, interprété par un Patrick CHESNAIS, convaincant en chanteur de variété comme de bossa nova (Samba No, Coffee Yes). Au niveau de la musique, des chansons comme du reste de la partition, on a le plaisir de retrouver K. MOUZANAR qui, après le très remarqué CARAMEL, retourne au Liban et confirme ses qualités de compositeur pour le cinéma. Les chansons sont d’ailleurs reprises dans différentes orchestrations à travers des variations, notamment A Capella avec de la mandoline. Parmi les autres thèmes, on remarque le blues de Bruno, dont la mélodie joyeuse et enjouée est d’abord interprétée par Bob SHANKLEESH & Ze Orientalz (Le Blues d’Abou l’Zouz). On le retrouve également chanté par Bruno CAPRICE dans une version touchante pour piano et violon (Au Revoir M CAPRICE). Puis en version instrumentale façon country avec de la guitare et du ukulélé (Bob Plays Guitalélé). Par delà les chansons, K. MOUZANAR propose une musique aux multiples influences. On trouve d’abord des thèmes emplis de nostalgie portés par une mélodie pianissimo, un contrepoint de violon (Lettre A Un Père Disparu) ou de mandoline (Nadine). Puis d’autres, joyeux et décontractés qui mêlent des orchestrations traditionnelles à un ensemble de cordes (Lunettes Roses Et Bottes De Cuir). Puis Des motifs planants utilisant des cordes orientales pour des envies de voyages (Cauchemar Exotique) ou des cartes postales lointaines grâce à l’orgue Hammond et l’harmonica (Western Oriental). Rarement les thèmes apparaissent plus graves, sauf lorsqu’ils mettent en avant une ligne de violoncelle, appuyant ainsi la tristesse, l’émotion (Une Visite Inattendue). Entre variété et pure score, la musique de K. MOUZANAR mérite une fois encore toute notre attention. Sa première qualité réside dans la générosité de ses mélodies, très présentes et jamais envahissantes. Ne cédant pas à la facilité, il les enrichit d’arrangements qui combinent des instruments de différents horizons : de la guitare, du oud mais aussi de la mandoline, de l’harmonica et du piano. II en découle ainsi une profondeur, une richesse orchestrale qui aboutit à une musique intemporelle ; Une bande originale qui dépeint justement le sentiment d’un chanteur français des années 70 débarquant au Liban. Avec cette partition, K. MOUZANAR prouve qu’il fait partie des compositeurs sur qui le cinéma d’aujourd’hui, de plus en plus sans frontières, doit compter !

UNE CHANSON DANS LA TETE – Bande originale du film de Hany TAMBA composée par K MOUZANAR - 33'54 – Naïve K1647

INTRUSIONS

Dans ce thriller, Pauline (Natacha REGNIER) est mariée de force à François (Eric ELMOSNINO), un employé qui l’avait engrossée. Quand François décide de la quitter, elle lui profère des menaces entendues par Alexis, un employé de la maison qui lui avouera être à l’origine de l’accident de son mari. II pénètre alors dans sa vie, avec son propre besoin de vengeance. Pour ce film, Grégoire HETZEL (UN CONTE DE NOEL) installe une musique ténébreuse, cauchemardesque, qui renforce les tourments des personnages et agit en parallèle du scénario comme une voix narrative. Dès l’ouverture, il déploie une musique profonde, grave, portée une mélodie qui s’élève. Introduit par le piano, on y sent de la tension à travers des cordes épaisses et des percussions lointaines (Les Arbres). Souvent dissonante, la partition évoque la fascination à travers des mouvements romanesques et tragiques (Mésalliance, Poursuite). Interprété parfois par un quatuor qui intervient en contrepoint aux dialogues, les motifs balancent entre contraction et émotion, entre une ligne de violoncelle et un piano tombant comme le masque (Mascarade). Mais la partition possède encore une dimension de thriller, d’angoisse qui appelle des motifs pleins de vibrations, comme on en trouve dans certaines partitions américaines (Ricercar). Les vibratos amplificateurs de l’inquiétude de Pauline alternent avec des notes plus veloutées exprimant une certaine tendresse (Vertige). Aussi une volonté d’emprunter de fausses pistes sur les véritables intentions des personnages. On notera la présence parfois d’une certaine inspiration baroque dans les cordes, un léger crescendo et des frémissements pour appuyer des moments dramatiques (L’Accident – Dies Irae). L’inquiétude vient aussi de la répétition de certains motifs et de notes de piano, ce qui permet d’appuyer les hésitations du scénario (Le Cimetière). Le disque contient deux morceaux à part, interprétés par  la mezzo-soprano Ariana VAFADARI : la Chanson de Murielle, adaptation d’une mélodie populaire italienne de la région des Pouilles et Three Raven, basé sur un titre anonyme anglais du 17ème siècle. Grégoire HETZEL propose, au-delà de certaines références à la musique hollywoodienne, une musique qui accompagne élégamment le parcours diabolique d’une femme meurtrie. A partir de motifs complexes, souvent répétitifs et inquiétants, il nous fait pénétrer par sa musique l’intérieur du quotidien de personnages à la fois familiers et monstrueux. Comme une liaison dangereuse, il en ressort une partition au parfum souvent sombre et troublant.

INTRUSIONS – Bande originale du film de Emmanuel BOURDIEU composée par Grégoire HETZEL - 42'05 – Naïve

Sur les écrans et dans les bacs

X-FILES REGENERATION

Leur service des affaires non-résolues a fermé mais leurs dirigeants décident de rappeler les célèbres agents Fox MULDER et Dana SCULLY. II faut dire qu’ils ont bien du mal, malgré les indications et les étranges visions d’un ancien prêtre pédophile, à retrouver les traces d’une employée enlevée à son domicile. Dana SCULLY, retournée à ses activités de médecin dans un hôpital catholique, est vite retrouvée. Mais Fox MULDER, désavoué par le FBI, a disparu. Chris CARTER, le créateur de la série, organise les retrouvailles, à la manière de l’épisode pilote, des deux agents sous la forme d’un thriller au dénouement assez décevant. On retrouve Mark SNOW à la musique qui, étrangement, ne reprend pratiquement pas l’indicatif de la série dans la nouvelle partition, hormis dans la toute fin du thème final… sifflé par sa femme Glynn. On en retrouve néanmoins une variation revisitée avec de larges sonorités électroniques et une reprise au violon par les remixeurs trip-hop UNKLE. Mark SNOW propose, comme à son habitude, une partition qui fait la part belle aux sonorités électroniques mais pas seulement. II installe immédiatement un paysage mystérieux et troublant par un rythme appuyé de percussions, des harmonies espacées et une ambiance synthétique retentissante et crescendo. II fait également entrer des cordes obsessionnelles qui jouent la carte de l’action (Moonrise). Les retrouvailles avec les agents s’effectuent sous le toucher d’un piano mélancolique ainsi que l’apparition de chœurs sur un fond électronique (No Cares / Looking For Fox) ; Un piano qui intervient également en introduction de morceaux plus chantants, aux sonorités voluptueuses et aux petites trompettes qui sonnent l’aventure (The Trip To DC). On notera qu’il est parfois accompagné d’un solo de violon mélancolique (Ybara The Strange / Waterboard, The Surgery). Mark SNOW ajoute souvent des percussions à ses nappes comme autant de coups d’angoisse sur des motifs qui dégagent un véritable malaise (What If You’re Wrong / Sister, Foot Chase) ; Un véritable sentiment de terreur renforcé par l’intensité des bruits, du piano et des synthétiseurs syncopés, des chœurs sur des sonorités grinçantes et rythmées (March And Dig / Girl In A Box, Photo Evidence). Même si on retrouve sa patte électronique, des ambiances à la fois lunaires et poétiques, Mark SNOW ne surprend pas ou trop peu avec cette partition relativement classique de thriller. II installe certes des motifs efficaces sur les effets du scénario, mêle à ses synthétiseurs davantage de cordes et de chœurs. En s’éloignant trop du mythe originel de sa musique, il n’arrive pas complètement, comme le scénario, à nous embarquer.

THE X-FILES REGENERATION – Musique du film de Chris CARTER composée par Mark SNOW. 71:51 – Decca 478 102-8 - Déjà disponible

Sur les écrans et dans les bacs
SAGAN
Françoise SAGAN a tout juste 18 ans quand elle écrit les premières lignes de Bonjour Tristesse, un roman dont le succès fulgurant suffira à lancer le mythe. Un mythe fait de formules brillantes, d’amours affranchies et de scandales tapageurs, derrière lesquels se cache une femme, que l’on qualifie d’anticonformiste pour ne pas dire libre. Libre d’écrire, d’aimer, de se détruire... On doit cette biographie de la grande écrivain à Diane KURYS, certainement une des meilleures cinéastes françaises pour raconter et filmer les femmes. Pour souligner musicalement la vie tumultueuse de Sagan, elle devait choisir un compositeur capable d’apporter une couleur particulière, souvent torturée. Elle a fait appel à Armand AMAR qui, après LE PREMIER CRI et surtout LA JEUNE FILLE ET LES LOUPS, continue d’enrichir, pour notre plus grand plaisir, sa palette harmonique. Sur Sagan, il introduit des motifs à base de piano sur des phrases, comme à son habitude, assez obsessionnelles. Mais, très vite, il amène un contrepoint profond, exécuté par l’Orchestre Symphonique de Budapest. Et n’hésite à introduire un second motif, plus grave, pour ajouter de la complexité (Sagan I). On retrouve ce même schéma répétitif et assez lent dans les séquences d’errements de Sagan avec parfois un complément de mélancolie apporté par le solo de violoncelle (Dépendance). Ces sonorités rappellent aussi que la vie de Sagan a souvent été proche de la fin. D’où des développements complexes sur un mode mineur propice à faire tomber les larmes (La Vie S’En Va). La partition contient beaucoup de thèmes sombres et atmosphériques renvoyant au drame de la femme à la cigarette. Des notes longues et des sonorités épaisses pas toujours symphoniques qui jouent du piano et de l’espace et également des notes du xylophone (L’Accident, L’Enterrement, Mort De Sagan). Le piano et le violon interviennent également en solo sur des moments dramatiques avec, dans un deuxième temps, toujours des cordes en arrière (La Séparation, Promettez-Moi). On trouve néanmoins un thème plus joyeux à trois temps ; Motif plus classique, plus élégant et déployé avec davantage de bois et du violoncelle (La Rencontre, Peggy). Armand AMAR signe une partition magnifique dans ses thèmes comme dans sa couleur. II amène par sa texture orchestrale une véritable émotion qui ne fait que renforcer l’aspect emblématique de l’écrivain.
SAGAN – Bande originale du film de Diane KURYS composée par Armand AMAR - 40'52 – Naïve – Déjà disponible
SPARROW
A Hong Kong, le plus habile des pickpockets (Sparrow), Kei (Simon YAM) aime, entre deux vols avec les membres de son gang, arpenter la ville à vélo et prendre des photos ! Jusqu’au jour où il tombe, comme ses camarades, sous le charme de Chun Lei (Kelly LIN), qui va leur demander de dérober un objet particulièrement précieux. On doit cette bande sonore a Xavier JAMAUX, remarqué sur MAD DETECTIVE du même réalisateur et ENTRE CHIENS ET LOUPS d’Alexandre ARCARDY, et Fred AVRIL, deux spécialistes de musiques électroniques. Ensemble, ils ont créé une bande originale étonnante, à la fois classique des musiques de films des années 1960 et 1970, avec également des sonorités plus modernes, et parfois jazzy. La partition s’ouvre sur un thème romantique et joliment mélodique à la manière de certaines musiques de Michel LEGRAND. On y remarque déjà un mélange de sonorités acoustiques, des cordes et des flûtes japonaises, du piano à la française pour la mélodie et des timbres électroniques. On le dans différentes variations : Planante pour flûte et piano sur fond électronique (The Boy), plus swinguant et frais avec du piano, des bois chantants et les cordes en contrepoint (Friends Ater All). Le thème principal lié aux pickpockets démarre par une rythmique qui rappelle certains titres de Serge GAINSBOURG des années 60. Puis s’en éloigne par une mélodie légèrement japonaise aux cordes, reprise chantée et sifflée. II s’agit là encore d’un thème discret et plaisant, que l’on retrouve au fil de la partition, notamment intégré dans un développement jazzy avant une reprise pour piano et violon (Pickpockets In Disguise, Mister Fu). Le troisième thème, Smoking In A Coupe, joue sur la fibre nocturne du toucher du piano solo sur une très belle mélodie, rythmée par la batterie. On en trouve une deuxième version, plus électronique, avec des parties chantées. On notera que la voix, mêlée à des cris, des vibratos de guitares électriques, apporte parfois un côté blues quasi fantastique, dans l’esprit de certaines musiques des films de David LYNCH (Gimme A Lift). On signalera la présence de musiques très mélancoliques, liées à l’association du violoncelle et du piano solo (Alone At Night). Egalement un long ballet, qui passe du violon japonais au jazz avec des trompettes et des percussions (Ballet Of The Umbrellas). Xavier JAMAUX et Fred AVRIL réussissent le mélange habile du meilleur de la musique romantique aux sonorités électroniques. IIs se basent sur des mélodies très référentielles pour poser une musique sensuelle aux parfums asiatiques très dosés. Ces parapluies de Tokyo à la sauce électro-acoustique constituent une des plus agréables surprises du moment, à déguster d’urgence !
SPARROW – Bande originale du film de Johnny TO composée par Xavier JAMAUX et Fred AVRIL - 71'23 – Naïve

UN CONTE DE NOEL

Cette grande fresque familiale raconte une réunion de famille sur fond de drame lié à la maladie, à l’approche des fêtes de fin d’année, dans le Nord de la France.
La musique a été composée par Grégoire HETZEL, qui a souvent collaboré avec le réalisateur de ROIS ET REINES. Mais dont on se souvient aussi de la musique pour LES AMBITIEUX de Catherine CORSINI. Pour ce film choral, il nous propose une symphonie familiale la plupart du temps en mineur, riche en thèmes et aux orchestrations privilégiant les cordes et le piano. II ouvre le programme sur un thème de couleur très classique, qui joue la carte du mélo à travers une mélodie aérienne et un crescendo dramatique (Le Théâtre D’Ombre). Le compositeur continue à travers un précipité pour vibratos de cordes et une mélodie hésitante pour clarinette. On note la présence de percussions à la manière d’un carillon (Le Tribunal). Dans plusieurs thèmes évoquant des blessures, le piano amène une touche particulièrement grave, impression renforcée par l’utilisation de flûtes et de percussions apportant une couleur étrange (La Ponction, La Démonstration). Accompagné d’un contrepoint de cordes, de voix et de crescendos, il souligne également les angoisses d’un adolescent torturé (Paul Et Le Loup). Grégoire HETZEL utilise encore les vibrations de cordes sur des cellules répétitives courtes parfaites pour évoquer les inquiétudes (Enfuies). Et n’hésite pas à côtoyer la musique contemporaine (La Dispute). Assez rarement, la partition dévie vers des sonorités jazzy, avec l’emploi en trio du piano, de la batterie et d’un saxophone sur le personnage joué par Catherine DENEUVE (Junon En Flammes). On relèvera quelques morceaux à part comme une marche avec des cornemuses (Henri’s March) ; Un arrangement dans la couleur du film d’une superbe berceuse de Georges GERSHWIN. Et un arrangement du Songe D’Une Nuit D’Eté de Félix MENDELSSOHN, prolongé sur un thème ample et noir, dont les cordes permettent d’appuyer la tristesse du personnage joué par Chiara MASTROIANNI (Sylvia Songe, Le Revenant). Grégoire HETZEL propose une partition aux thèmes hésitant souvent entre beauté des cordes et tristesse des vibratos. Sous la direction de Mathieu GONET, on a l’impression d’entendre les mesures d’une famille balayée par les larmes. II en ressort une musique profonde et touchante, qui accompagne magnifiquement les douleurs des personnages. Pénétrez cet étrange Noël de M HETZEL et écoutez cette partition majestueuse et douloureuse.
UN CONTE DE NOËL – Bande originale du film de Arnaud DESPLECHIN composée par Grégoire HETZEL - 71'23 – Naïve

 

Sur les écrans et dans les bacs
LES CHRONIQUES DE SPIDERWICK                                                 

En découvrant le livre " Le monde mystérieux qui nous entoure " de son grand-oncle, le naturaliste Arthur SPIDERWICK, Jared pénètre un univers invisible peuplé de créatures. Plus d’un an après APOCALYPTO, James HORNER revient avec cette partition efficace mais peu surprenante, dans la lignée de JUMANJI, auquel le film fait également penser. Dès le prologue, il introduit sa patte à travers des cordes atmosphériques renforcées par des chœurs et des cuivres (Writing The Chronicles) ; Un mouvement qui évoque l’étrangeté, la féerie. Aux gémeaux de personnages, James HORNER répond par des thèmes à doubles facettes. Ainsi, l’amateur de miel farfadet Chafouin possède un thème élégant et pianissimo. Mais, quand il se met en colère, la musique s’agite avec des cellules répétitives et un développement typique du compositeur (Thimbletack And The Goblins). De même, l’Ogre Mulgarath se veut rassurant sous une apparence humaine (Nick NOLTE) mais devient effrayant avec des vibratos et des notes rythmées et lyriques lorsqu’il se transforme en ogre. II est précédé de celui, plus amusant, de Tête de Lard (Hogsqueal’s Warning Of A Bargain With Mulgarath). Le thème principal, légèrement mélodique, entre lorsque Jared comprend la nécessité de protéger le livre. On le trouve d’abord mélangé à des motifs d’action, avec des percussions (Dark Armies From The Forrest Battle). Ou des cuivres et des claviers (A Desperate Run Through The Tunnels). Jusqu’à ce qu’il se dévoile lors de l’apparition du personnage de Lucinda et revienne jusqu’à la fin de la partition. Souvent mêlé à des motifs colorés, il se trouve aussi parfois superbement repris au piano (Lucinda’s Secret) ou développé de façon plus intimiste lors de séquences de retrouvailles. En même temps que Lucinda, on découvre les elfes aux corps de fleurs qui constituent la grande trouvaille visuelle du film. On notera encore le thème ample du gigantesque Griffon voyageur (The Flight Of The Griffin, Escape From The Glade). Comme tout film fantastique, il comporte son grand combat final, propice à un mouvement dynamique avec une cellule pour trompette répétée plusieurs fois jusqu’à l’arrêt par les synthétiseurs (Jared And Mulgarath Fight For Chronicles). Comme souvent, le générique de fin reprend les thèmes principaux. James HORNER va plus loin en en proposant de magnifiques relectures et des variations. Mark WATERS ne fait pas toujours preuve d’originalité avec ce qui ressemble à un patchwork de films d’aventures pour adolescents. Maintenant, avec la modestie de ses moyens, et aidé par le talent de symphoniste et l’émotivité de James HORNER, il montre un univers au final plus poétique qu’impitoyable.
LES CHRONIQUES DE SPIDERWICK – Musique du film de Mark WATERS, avec Freddie HIGHMORE, Mary-Louise PARKER, Nick NOLTE, Sarah BOLGER, Joan PLOWRIGHT & David Strathairn. Musique composée et dirigée par James HORNER. 71:39 – Lakeshore records LKS 309802 - Déjà disponible en import
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ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES                                                     
Pour remporter les jeux, et permettre qu’Alafolix (Stéphane ROUSSEAU) et la Princesse Irina (Vanessa HESSLER) se marient, Astérix et Obélix (Clovis CORNILLAC et Gérard DEPARDIEU) se mesurent à César (Alain DELON) et son fils Brutus (Benoît POELVOORDE). Après Jean-Jacques GOLDMAN (Aidé de Roland ROMANELLI) et Philippe CHANY (Plus à l’aise dans le synthétique que le symphonique), Frédéric TALGORN, un habitué des musiques pour grands orchestres, signe cette partition ! Rappelons, et cela s’entend, qu’il est passé par l’école américaine, en collaborant notamment sur LES AVENTURES DU JEUNE INDIANA JONES. Celles d’Astérix et Obélix nécessitent d’abord un thème mélodique récurrent et chantant présent dans le morceau qui leur est associé ; Un thème qui, évidemment, accorde une grande place aux cordes de l’Orchestre londonien. Mais aussi aux cuivres dans une reprise en majeur. Ce thème traverse la partition dans des reprises, courtes citations et développements : Dans le générique, sur une musique aérienne et colorée, dans une variante plus calme, poétique (Mais Nous Sommes Romains). Intervient alors le thème de l’aventure, ample et généreux, repris par des trompettes et lui aussi cité dans d’autres, comme l’Entraînement d’Alafolix. Ou encore l’Ouverture Des Jeux Et Parade, qui précède la fanfare romaine, annonciatrice des thèmes agités, et à l’américaine, de Brutus. Le troisième motif, flamboyant avec des flûtes papillonnantes, est lié à la dimension romantique ; On l’entend d’abord à la fin du générique. Puis il se dévoile dans En Route Sur Olympie et surtout la Scène Du Balcon, avec des harpes. Certains thèmes renvoient, grâce aux percussions, à l’orient (Les Juges). D’autres soulignent le suspense, voir le complot, à travers des motifs vibrants joués parfois par le célesta (Dr. Mabus, Congrès Des Druides, Idéfix Cherche Panoramix). La dernière partie est consacrée aux préparatifs, sur des notes hollywoodiennes et parfois une voix, et surtout, La Course De Chars : Sur plus de 11 minutes, Frédéric TALGORN nous sert une musique digne des poursuites des meilleurs films intergalactiques ! Au final, s’il ne nous surprend pas vraiment, il mérite le respect devant tant d’ingéniosité à mettre en musique notre BEN-HUR national ; Une partition comme le grand public en redemande : Grandiose, parfois émouvante, souvent vivante. Ave Frédéric ; Nous peuple gaulois te saluons !
ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES – Musique de Frédéric TALGORN. 65:30 – Milan / Universal Music - Déjà disponible
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LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL                                                      
Dans cette adaptation du roman de Khaled HOSSEINI, le compositeur espagnol favori de Pedro ALMODOVAR établit un pont musical entre l’Afghanistan et les Etats-Unis. Dès l’Opening Titles, le souffle de la mélodie, le tempo et les vibratos évoquent l’orient. L’introduction d’un violon classique amène un soupçon de mélancolie sur les images d’Amir et Hassan, deux enfants et amis participants au traditionnel concours de cerfs-volants de Kaboul. L’enfance est évoquée à travers des mouvements d’une grande pureté qui privilégient la douceur des guitares et de la flûte (Reading The Letter) et surtout du oud. On les retrouve sur des morceaux dont la structure atmosphérique renvoie au voyage des cerfs-volants. Qui pense enfance dit joie de vivre, ce qui inspire au compositeur des harmonies chantantes pour guitares, flûtes et hautbois sur des harmonies typiquement européennes (Kite Shop, Fly A Kit). On pense même aux musiques irlandaises lorsque les guitares et surtout les violons accompagnent l’envol des cerfs-volants, à la manière d’une gigue (Kite Tournament). Les deux enfants gagnent le concours. Mais leur amitié va se déchirer. D’autant qu’Amir quittera le pays avec son père, lors de l’envahissement par les soviétiques en 1979 (Russians Invade). D’où une évolution vers plus de gravité, sous-jacente dans le thème d’Hassan, une mélodie en mineur vibrante. Avec le retour d’Amir, la partition devient plus trouble avec des notes de piano et des cordes pincées. Egalement un contrepoint de violon grave, qui appui la nostalgie d’une amitié foudroyée, des notes de clarinette (Fuel Tanker) ou encore de la guitares électrique et des cordes froides (The Stadium). La partition trouve une dimension sauvage, à la manière de films d’espionnage, avec l’utilisation judicieuse du piano, des percussions et des flûtes (Escape). Alberto IGLESIAS utilise aussi, sans en abuser, une voix, à la manière d’une prière pour évoquer la souffrance (The Call – Kaboul 1978). Mais aussi, en solo, l’éloignement, l’absence (End Phone Call). Pour ce film sur l’amitié à travers le temps et l’espace, Alberto IGLESIAS a composé une musique dont les harmonies teintées d’émotion représentent un métissage entre les cultures européennes et orientales. II en résulte une partition touchante qui amplifie les moments de bonheur comme les blessures, à travers des orchestrations proches des personnages.
LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL – Musique du film de Marc FORSTER composée par Alberto IGLESIAS. 62:47 – Label - Déjà disponible
A LA CROISEE DES MONDES : LA BOUSSOLE D’OR                      
Adapté du livre de Philip PULLMAN, ce film raconte le voyage de Lyra, orpheline rebelle dans un monde parallèle en pleine mutation. Lorsque Roger, son meilleur ami, disparaît, Lyra part pour un voyage extraordinaire. Acclamé par le public, on attendait aussi ce film pour sa musique, composée par Alexandre DESPLAT, réputé pour ses partitions qui jouent plus souvent la carte des sentiments que de l’aventure. Le thème titre déploie lentement, avec beaucoup de cordes, une musique propice à un nouvel univers. Puis intervient une mélodie plus ample et cuivrée. Dès le second morceau, Alexandre DESPLAT nous embarque dans une musique calibrée pour un film américain : II introduit un thème pianissimo, un contrepoint de cordes et une mélodie flamboyante (Sky Ferry). II continue par un motif fugué (Lyra, Roger And Billy). On notera les nombreux thèmes associés aux personnages : Mrs Coulter (Nicole KIDMAN), la scientifique dont les notes jouent d’abord le mystère puis l’angoisse ; Serafina Pekkala (Eva GREEN), la Reine des sorcières, à la musique majestueuse et lyrique ; Le thème de Lord Asriel (Daniel CRAIG), sous la forme d’un déploiement orchestral d’où s’extraient les cuivres et un piano dans les graves ; Celui de l’ours en armure Iorek Bernison qui se développe sur un tempo oriental et finit dans la violence harmonique ; Le motif de Lord Faa, le Roi des gitans, rythmé et parfois obsessionnel ; Tout comme le thème de l’attaque des Somoyèdes. Le compositeur accumule les musiques qui évoquent le merveilleux (Lee Scoresby’s Airship Adventure) et l’action (Ice Bear Combat, Battle With The Tartars), jusqu’au brillant thème de Ragnar Sturlusson (Ian Mac SHANE) ; Un développement vers l’étrangeté à travers un rythme de piano, des vagues de cordes et des voix. On notera des moments plus nature avec des percussions comme le djembe et des flûtes pour illustrer les grands paysages (Lyra Escapes). Dans la dernière partie, plus positive, les thèmes apparaissent davantage sentimentaux (Lorek’s Victory, Mother). Le disque se referme sur la chanson de Lyra, plutôt synthétique (à contrario de la musique orchestrale), écrite et interprétée par Kate BUSH. Avec cette partition, Alexandre DESPLAT réussit à évoquer des univers imaginaires. Malgré l’absence d’un thème mélodique récurrent, il se hisse à la hauteur des grands compositeurs américains et nous régale d’une partition qui se renouvelle sans cesse.
THE GOLDEN COMPASS – Musique du film de composée par Alexandre DESPLAT. 73:52 – Philips Universal 478 0207 - Déjà disponible

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LA VIE INTERIEURE DE MARTIN FROST
Un auteur à succès, Martin FROST, se retire à la campagne après la sortie de son dernier livre. A l'aube de la première nuit, il découvre, couchée à ses côtés, une femme dont la beauté et l’intelligence vont le rendre follement amoureux d'elle. Pour la partition de son nouveau film, Paul AUSTER (SMOKE, LULU ON THE BRIDGE) s’est adressé à un musicien français multi-instrumentiste, connu pour ses collaborations avec Wim WENDERS. Laurent PETITGAND a composé et orchestré une partition délicate et passionnée, portée par des thèmes plutôt sensuels. Le compositeur a associé à l’écrivain un thème pianissimo au tempo assez rapide accompagné de cordes répétitive ; Un motif qui évoque sa soif d’air (Martin Arrives, Finale). Mais aussi sa mélancolie à travers une partition qui devient de plus en plus introspective par des mouvements profonds de cordes et, parfois, une ligne de violon, quelques notes de saxophone, un instrument qui évoque également la séduction (Trust). Pour appuyer le trouble de Martin FROST, le compositeur a eu la bonne idée de recourir souvent à la contrebasse ; Un instrument à la couleur plus grave que le violoncelle également associé au piano dans des thèmes élégants accompagnés de cordes pincées en arrière (The Shape Of Stories) ou, plus froids, avec des violons (Rebirth). On notera parfois l’utilisation de la harpe dans des thèmes énigmatiques (Dream). Plus rarement, on trouve des ambiances amples accompagnées de piano et de saxophone pour exprimer romantisme et tension (Falling, Moonlight). Mais aussi de la nostalgie (Remembering Claire). Particulièrement astucieux, le compositeur alterne souvent les instruments pour mieux renforcer l’isolement et le désarroi de l’écrivain ; Ce qui se remarque dans des thèmes qui commencent de manière intimiste au piano solo avant une reprise avec le saxophone et la clarinette (Where Are You ?). En parcourant cette partition, une des plus belles surprises de la rentrée, on entre dans un univers passionnel à travers des mouvements élaborés et classiques, qui font la part belle aux cordes. Mais qui n’oublient pas les instruments solistes qui amènent de la personnalité à sa musique. Entrez dans l’intériorité de la musique de Laurent PETITGAND ; Un compositeur qui fait preuve d’un sens de l’atmosphère qui, allié à des instrumentations lisibles, aboutit à un savant mariage musical entre la séduction à l’étrange.
LA VIE INTERIEURE DE MARTIN FROST – Bande originale du film de Paul AUSTER ; Musique originale composée par Laurent PETITGAND - 42'39 – Naïve
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L'ENNEMI INTIME
Après NID DE GUEPES et OTAGE, le réalisateur reste dans le domaine de la violence avec une œuvre plus en retenue et retrouve son compositeur fétiche. Pendant la guerre d’Algérie, dans une section armée française, les rapports entre le courageux lieutenant Terrien (Benoit MAGIMEL) et le sergent désabusé et cynique Dougnac (Albert DUPONTEL); Un affrontement où chacun contaminera l’autre jusqu’à se retrouver devant le miroir se son pire ennemi. La musique comporte deux thèmes principaux : D’abord le thème titre, ample, dominé par le velours des cordes et dont la mélodie évoque le drame de ces soldats français envoyés se battre en Algérie ; Un mouvement profond thème repris sur des séquences d’émotion ; Stèles notamment. L’autre thème essentiel s’intitule 1959 (l’année où se déroule le film). Deux particularités le distingue : Une construction entre la musique de film et le jazz avec, ajoutée à l’orchestre symphonique, une rythmique qui insuffle une couleur inattendue, développée sur près de 10 minutes à la fin de l’album. L’autre point est la mise en avant de la trompette, instrument majeur qui appelle au recueillement, comme dans la partition écrite par John WILLIAMS pour NE UN 4 JUILLET d’Oliver STONE. Une trompette revient par touches des morceaux soutenant l’intensité des évènements, comme Zone Interdite. Le compositeur amène une couleur inédite par des percussions orientales intégrées à une musique orchestrale occidentale ; C’est le cas de bols introduisant un motif crescendo et obsessionnel (Trahison) où une musique cauchemardesque (Taïda). Mais aussi des flûtes qui, mélangées à l’orchestre, amènent de l’inquiétude avant un développement plus grave. Dans la deuxième partie de la partition, Alexandre DESPLAT introduit pour la première fois des notes de piano tombantes. En particulier dans Fantômes, mais aussi Grenoble, qui allie douceur et douleur dans une orchestration soutenue pour piano, orchestre et rythmique qui rappelle nombre de classiques de la musique de films française. Riche de ses expériences européennes et américaines, Alexandre DESPLAT navigue habilement de l’action au drame. Comme d’habitude, il a orchestré lui-même des notes qui épousent superbement les fêlures des personnages. De la largesse symphonique à la vivacité d’un ensemble jazz, en passant par l’intimité propice des instruments solos, il signe une nouvelle partition moderne et essentielle pour un film marquant ; Alexandre DESPLAT ? A n’en pas douter un des meilleurs « ami intime » du cinéma français !
L’ENNEMI INTIME – Bande originale du film de Florent-Emilio SIRI composée par Alexandre DESPLAT - 56'07 – Naïve
LA VERITE OU PRESQUE
Anne (Karin VIARD) en a marre de Thomas (Sam KARMANN) ; Son mari idéal ou presque puisqu’il en pince pour Caroline (Julie DELARME), la jeune épouse de Marc (François CLUZET), sensible à Vincent (André DUSSOLIER), qui rencontre Anne pour réaliser un documentaire sur la chanteuse de Jazz disparue Pauline ANDERTON et plus si affinités. Une nouvelle fois, Sam KARMANN a fait appel à Pierre ADENOT, qui a essentiellement écrit des morceaux de jazz, des instrumentaux et des chansons, qui rappellent souvent des standards. Dans la tradition de la musique d’après guerre, Pierre ADENOT a constitué un groupe composé d’un piano, d’une contrebasse, d’une batterie et d’une section de cuivres. Why Don’t We débute par une rythmique typiquement jazzy sur laquelle intervient la jolie voix de Catherine OLSON, la femme de Sam KARMANN qui prête ses traits à Pauline ANDERTON. Certaines chansons, comme I Belong To Where I’m In Love et Up And Down, contiennent des parties de saxophone soprano et ténor, trombone et même du flugelhorn. Basé sur une accroche et un développement pianissimo, Pretending se trouve décliné en chanson et, plus loin, en version instrumentale plus classique (Introducing Pauline ANDERTON). Le compositeur a aussi fait appel au Paris Jazz Big-Band qui apporte vivacité et entrain à des morceaux qui rappellent, là encore, des classiques du swing (Run !, Back In Lyon). II y a encore deux titres au piano, l’un par Eric TERUEL (Tu Veux La Vérité ?) dans la lignée des thèmes chantés ; L’autre romantique par le compositeur (Le Tour Rose) qui a également engagé des musiciens classiques pour des motifs qui ponctuent le récit ; C’est le cas du pianiste suscité qui, accompagné de Brice BERRERD et Cédric PERROT, joue une musique mélancolique (Around Eleven, Carrousel). Enfin, le Paris Studio Orchestra intervient sur les motifs qui appellent d’avantage de cordes (Union Libre, Gin Rami Dans Les Traboules). Mais aussi des thèmes propices aux solos de violons et de saxophone alto (Manhattan Ou Presque). L’orchestre et les musiciens de jazz se rejoignent sur So True, une chanson qui brille autant par ses orchestrations feutrées que par l’interprétation de Catherine OLSON. Pierre ADENOT a composé une bande originale très personnelle qui multiplie les références. Toujours talentueux dans les thèmes et les orchestrations, il se révèle également à l’aise dans le swing ; Pierre ADENOT n’est certes pas encore un musicien de jazz mais, sa composition pour ce film en est une… Ou presque !
LA VERITE OU PRESQUE – Bande originale du film de Sam KARMANN composée par Pierre ADENOT - 48'53 – Colosseum CST 8123-2
 
Cette page a été modifiée pour la dernière fois le vendredi, 27 janvier 2012