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Rencontre actualités ALEXANDRE AZARIA PREND UN TAXI POUR L’AUBERGE ROUGE !
Plus d’un demi siècle après le chef d’œuvre de Claude AUTANT LARA avec Fernandel, Gérard KRAWCZYK (TAXI) livre sa version de L’AUBERGE ROUGE. Christian CLAVIER et Josiane BALASKO y reprennent les rôles de Marie et Rose CROUTEUX, le couple d’aubergistes qui fait assassiner ses clients par leur fils Violet. Jusqu’au jour où l’un deux, le Père CARNUS (Gérard JUGNOT) décide, malgré le secret de la confession, de tout faire pour arrêter le massacre. Cette relecture du scénario original de Jean AURENCHE, si elle y gagne, peut-être, en drôlerie et en action, y perd malheureusement beaucoup en mystère, en poésie. Pour la musique, le réalisateur a de nouveau fait appel, en accord avec le producteur Christian FECHNER, à Alexandre AZARIA. Le compositeur de FANFAN LA TULIPE a immédiatement exploité la dimension épique du scénario en composant d’abord une musique très large, comme les paysages pyrénéens. Dans un deuxième temps, il a composé le thème principal, une sorte de comptine mystérieuse qui joue des aspects films d’épouvante et comédie ; Un motif léger et chantant que le réalisateur lui a permis de développer sur une large partie du film. II n’en oublie pas les rapports humains, en particulier la relation d’un frère et d’une sœur liés par les pratiques macabres de la famille ; D’où un thème plein de tendresse et de lyrisme grâce au célesta et à la voix d’une soprano de grand talent. Mais aussi la dimension religieuse par un thème céleste et lyrique associé à ce prêtre qui ne que répond qu’à un appel du seigneur. Bien que l’on sente fortement des influences hollywoodiennes, proches des musiques européennes, et qu’il ne s’en cache pas, Alexandre AZARIA signe une partition convaincante. Surtout, il réussit à nous embarquer en déployant sur la longueur un thème plaisant qui ne déborde jamais ni dans l’épouvante, ni dans la comédie ; Rencontre avec un compositeur qui n’a pas peur d’oser se confronter à la tradition de la musique symphonique ! 
Une Musique Symphonique D’Aventures !
Comment travaillez-vous avec le réalisateur Gérard KRAWCZYK ? AA) Nous nous étions rencontrés sur FANFAN LA TULIPE. Puis, nous nous sommes retrouvés sur LA VIE EST NOUS et, aujourd’hui, nous avons collaboré pour la troisième fois ensemble. Nous commençons donc à bien nous connaître, surtout humainement ; Ce qui facilite notre collaboration. En même temps, chaque nouveau film représente un recommencement. C’est à dire que nous mettons de côté notre amitié et regardons si, artistiquement, nous pouvons de nouveau travailler ensemble. II souhaitait bien évidemment que je compose la musique de L’AUBERGE ROUGE et m’avait dit de regarder le film, d’observer le climat qui s’en dégageait. Cependant, Christian FECHNER, qui ne me connaissait pas, a souhaité me mettre en compétition avec d’autres compositeurs qui, comme moi, ont proposé des maquettes pour la musique de ce film. Ensuite, j’ai eu la chance qu’il préfère ma musique.
Avez-vous immédiatement abordé l’aspect film d’épouvante ? AA) J’ai plutôt commencé par l’aspect film d’aventures en travaillant sur la musique de la scène d’ouverture (Le Montreur D’Ours). Cette séquence, qui se déroule dans le décor naturel des Pyrénées, n’appelait pas une musique d’épouvante. Au contraire, elle nécessitait une musique plus large pour évoquer, par exemple, les torrents. Je me rappelle que Gérard KRAWCZYK m’avait immédiatement encouragé en me demandant de composer une musique de film d’aventures avec, parfois, une dimension épique. J’étais très content car j’adore composer ce genre de musiques, comme précédemment dans ASTERIX ET LES VIKINGS. Vous savez, je ne suis pas un compositeur qui intellectualise beaucoup la musique, qui la considère comme un élément cérébral. Bien sûr, j’ai déjà composé certaines musiques avec des positionnements plus " intellectuels ", comme PEAU D’ANGE de Vincent PEREZ et A TON IMAGE de Aruna VILLIERS. Mais je trouve la musique symphonique d’aventures bien plus exaltante !
Avez-vous suivi une formation pour devenir compositeur de musiques de films ? AA) Absolument pas. Je suis un compositeur complètement autodidacte qui n’a jamais fréquenté aucune école de musique. En ce qui concerne la musique de films, je n’ai appris à en faire qu’en écoutant des disques. J’écris la musique et l’ensemble des arrangements mais uniquement en me servant de logiciels informatiques. J’attache beaucoup d’importance à ce travail sur les orchestrations car il constitue la base de la communication entre mon écriture et l’orchestre. Cela permet de mieux faire sonner la musique, tout en utilisant parfois des astuces. C’est aussi pour cette raison que mes maquettes sont souvent très proches de la musique qui sera jouée par l’orchestre.
N’est-il pas handicapant pour un compositeur de ne pas écrire sa musique symphonique sur de véritables partitions ? AA) Au contraire, je considère cela comme un avantage ! Je veux dire par là que cette méthode de travail me permet de communiquer le plus concrètement possible, avec un réalisateur ou un orchestrateur. Je peux leur présenter tous les plans, les contrechamps, les parties de cordes, de cuivres et de bois de la musique. II s’agit d’une démonstration très réaliste et, en même temps, assez proche de l’interprétation future de l’orchestre, et surtout de la manière dont je veux que la musique sonne.
Un Thème D’Epouvante Chantant Et Léger
Pour quelle raison le thème principal apparaît-il léger en plus des dimensions chantante et épouvante ? AA) Au début, je songeais à composer une espèce de chant de noël mais avec un aspect plus sombre, comme on peut en trouver depuis longtemps dans les musiques de Danny ELFMAN. J’ai donc d’abord composé une musique beaucoup plus lourde, dure et dramatique que celle que l’on entend sur le générique. Puis, comme nous sommes dans une comédie, j’ai allégé cette musique. Au final, il s’agit effectivement d’un thème chantant avec un côté épouvante et mystérieux. Mais, en même temps, et cela a représenté pour moi une difficulté, j’ai réussi à ce qu’il conserve une certaine légèreté.
Etait-il important que ce thème revienne et évolue tout le long du film ? AA) Je dois dire que je suis toujours assez content quand je peux m’appuyer sur une thématique et la faire évoluer pendant tout un film. Maintenant, je le dois également à la connivence entre un compositeur et un réalisateur, en l’occurrence moi et Gérard KRAWCZYK. Quand un réalisateur me dit qu’un thème sera le motif principal de son film, je sais que nous partons sur une base saine. C’est à dire que je vais pouvoir développer toute une architecture autour de ce thème, comme cela à déjà été le cas précédemment sur LE TRANSPORTEUR et ASTERIX ET LES VIKINGS. Au niveau des orchestrations, j’ai utilisé beaucoup de cordes, de cuivres et un véritable chœur composé d’une vingtaine de chanteurs, ce qui représente un luxe.
Qu’avez-vous voulu apporter à la musique en ajoutant une voix de soprano solo sur le morceau Frère Et Sœur pour Violet et Mathilde ? AA) J’ai mis de la célesta avec effectivement une voix de soprano derrière pour souligner la tendresse entre le frère et la sœur. Mais aussi pour amener de l’étrangeté dans cette espèce de comptine qui, je crois, est mon morceau préféré ; Bien que, dans le film, nous avons été obligé d’enlever cette voix parce qu’elle gênait les dialogues. C’était la première fois que je travaillais avec Laurence MONTEYROL, une soprano qui faisait partie du chœur et que j’ai trouvée très intelligente et formidable. Nous avons travaillé sur l’attitude lyrique ou pas du chant et je dois dire qu’elle a tout de suite capté ce que j’attendais qu’elle apporte dans la musique. Je ne voulais pas un chant trop lyrique avec beaucoup de vibratos. J’ai essayé de faire ressentir par cette voix la bizarrerie d’une situation pour eux normale et pour nous décalée. En effet, Mathilde apprend à lire à Violet pendant qu’il enterre des cadavres ; Une activité étrange mais normale et quotidienne dans cette famille.

Une Musique Céleste Et Sérieuse
Sur le personnage du Père Carnus, avez-vous privilégié la peur que lui inspire cette auberge ou son côté religieux ? AA) Le Père Camus a peur car il pense véritablement que cette maison est hantée ; Pour lui elle représente vraiment la mort. Il veut s’enfuir. On le voit donc galoper dans la région jusqu’à ce qu’il s’arrête devant une croix. A ce moment, j’ai utilisé des chœurs car, pour lui, il s’agit d’un signe du seigneur qui le renvoi dans cette auberge maléfique pour sauver ses confrères. Je trouve cette séquence, sur laquelle j’ai privilégié l’aspect céleste dans ma musique, plus touchante que comique; Un côté céleste présent également quand le Père Carnus marche dans la brume avec le jeune Octave, joué par Jean-Baptiste MAUNIER, au début du film.
Pour quelle raison la musique ne souligne jamais la comédie dans ce film pourtant très drôle ? AA) Parce qu’elle ne correspondait pas à ce que voulait Gérard KRAWCZYK, qui préférait que la musique garde une dimension d’aventures et un aspect sérieux. Malgré tout, de temps en temps, je me suis davantage laissé aller dans des musiques plus légères. Gérard KRAWCZYK ne souhaitait pas que la comédie vienne de la musique. II souhaitait que l’on garde toujours le contre-balancement.
Comment définissez-vous le thème de l’escalade associé aux efforts du bûcheron ? AA) Je le définirais comme une marche qui revient, de manière cohérente dans la comédie, chaque fois que l’on retrouve le bûcheron en pleine escalade. II ne s’agit pas d’un thème très original si ce n’est que nous avons beaucoup travaillé sur le tempo pour faire ressentir la peine du bûcheron qui remonte la montagne. Au début, le tempo était trop rapide et on ne ressentait pas la pénibilité, l’effort. Nous l’avons donc ralenti. Cela me rappelle une séquence dans FANFAN LA TULIPE où, quand les personnages font des pompes, nous avons choisi de décélérer le tempo et de l’accélérer en fonction de leurs efforts. II s’agit de trucs très simples pour exprimer des choses très concrètes à l’écran.
Revendiquez-vous un côté musique à l’américaine dans les scènes d’actions, en particulier celles avec la diligence ? AA) Je ne me cache pas du tout de cet aspect musiques d’actions hollywoodiennes, que l’on identifie et parfois me reproche, dans mes compositions. Cela me rappelle les propos d’un compositeur avec lequel j’avoue être assez d’accord. II m’avait dit que, pour lui, la musique hollywoodienne n’existe pas car tous les compositeurs américains pour le cinéma se sont inspirés des œuvres classiques européennes.
Vous êtes-vous plongé dans le film original et la musique de Raymond CLOEREC avant de commencer la composition ? AA) Pas du tout. Je n’ai pas vu la version initiale de L’AUBERGE ROUGE tout comme je n’avais pas visionné celle de FANFAN LA TULIPE avant le film de Gérard KRAWCZYK. Mes inspirations viennent de ma culture musicale hollywoodienne. Mais aussi européenne : J’apprécie des compositeurs polonais comme Wiojciech KILAR et britanniques comme John BARRY. Vous savez, même John WILLIAMS, que je considère comme le plus grand compositeur de musiques de films, s’est inspiré de musiciens classiques comme Igor STRAVINSKY, Gustav HOLST, Franz SCHUBERT et Johannes BRAHMS ; Ce qui ne l’a pas empêché, en même temps, de trouver un style personnel. En France, nous avons toujours ce complexe d’écrire une musique de films à l’américaine. Je pense qu’on a tort car la musique de films est universelle !
Enregistrez-vous toujours à Paris comme cela a été le cas pour L’AUBERGE ROUGE ? AA) J’enregistre pratiquement tout le temps à Paris avec les mêmes musiciens des Archets de Paris. J’enregistre aussi parfois en Angleterre, comme pour LES DALTON et FANFAN LA TULIPE. J’ai enregistré une fois à Sofia. Mais je n’ai pas été satisfait et ai dû réenregistrer toute la musique à Londres.
Au final, que retenez-vous de L’AUBERGE ROUGE ? AA) Surtout un vrai plaisir de composer pendant deux mois 60 minutes de musique ! En même temps, j’apprécie toujours de travailler avec Gérard KRAWCZYK car, chaque fois, nous développons ensemble une véritable collaboration, une relation de confiance de l’un envers l’autre.
Composez-vous des musiques hors cinéma ? AA) Je partage mon temps entre la production et la réalisation d’albums de groupes de rock ou électro et la composition de musiques de films. J’exerce également une activité de superviseur musical sur des séries. L’année dernière, j’ai enregistré trois albums de rock dont celui de BARTON avec beaucoup de guitares et composé la musique de L’AUBERGE ROUGE qui n’a rien à voir. J’aime cette alternance qui me permet chaque fois de changer de paysage musical. La culture du disque fait partie de moi et me permet de rester alerte devant les progrès technologiques. Elle m’est également utile quand il s’agit d’écrire des chansons pour le cinéma. II est important, quand on travaille pour le cinéma d’être capable à la fois d’écrire de la musique symphonique et des chansons pop ou soul. Pour toutes ces raisons, j’adore, un peu comme un caméléon, passer d’une activité à l’autre et aborder des univers musicaux très différents.
Entretien réalisé à Paris le 7 décembre 2007 L’AUBERGE ROUGE, musique originale du film de Gérard KRAWCZYK composée par Alexandre AZARIA disponible chez Milan music
Vous avez aimé cet article ? Cette page a été modifiée pour la dernière fois le dimanche, 02 mars 2008 |
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