CINESERENADE.COM webzine

Un nouveau regard sur la musique pour l'image !
ACCUEIL CINESERENADE
RENCONTRES
FESTIVALS !
REALISATEURS
THOMAS BALMES RACONTE BEB
OLIVIER MARCHAL
ROBIN DAVIS & PHILIPPE SA
BRUNO COULAIS
J.M. BERNARD ET M. GONDRY
LYRIQUE
CHRONIQUES
CHANSON
CENTENAIRE
TELEVISION
PHILIPPE SARDE SE CONFIE
CONCERTS & SPECTACLES
MUSICALS
ACTUALITES
Plan du site
Contactez-nous
THOMAS BALMES ET BRUNO  COULAIS : QUATRE BEBES ET  UNE MUSIQUE           UNIVERSELLE  ET JOYEUSE !              
 
Projet atypique autant que sympathique, BEBES relève d’une belle idée d’Alain CHABAT de nous faire découvrir des cultures fondamentalement différentes à travers l’observation de quatre familles. Sous l’œil pudique de la caméra de Thomas BALMES, on suit donc quatre bébés de leur naissance à leurs premiers pas, avec pour unique accompagnement, la musique pleine de douceur, de poésie et de sonorités enfantines de Bruno COULAIS. Alors qu’il avait l’habitude de travailler sans musicien pour ses documentaires précédents, le réalisateur Thomas BALMES, encouragé par le producteur et aussi Alain CHABAT, a collaboré avec l’excellent Bruno COULAIS, pour  une musique qui possède un effet très uniformisateur sur l’ensemble du projet. La force principale de sa partition tient d’abord à son thème principal, joliment mélodique, coloré et chaud, rythmé avec beaucoup de cordes et de percussions pour évoquer l’aventure de la vie, sur un générique montrant des croisements de populations à travers le monde. On remarque d’emblée aussi la voix atmosphérique et caressante de Rosemary STANDLEY (du groupe MORIARTY) qui, à la manière d’une maman, intervient souvent dans la partition, comme sur les séquences de Ponijao en Namibie. Sur les images intemporelles d’une mère avec ses enfants, la musique apparaît alors profonde et lyrique. La musique sert souvent de transition entre les séquences. Ainsi, le violoncelle et la voix permet de passer de la Namibie à la Mongolie. Thomas BALMES nous parle de l’évolution de son rapport à la musique, des spécificités du documentaire et des différentes étapes de la création de la musique de BEBES. De l’idée (vite abandonnée) de recourir à la variété au choix essentiel de Bruno COULAIS, il évoque le rôle de la musique, de sa conception à son placement. Si au cinéma, vous pouvez rencontrer Ponijao, Hattie, Mari et Bayarjagal, nous vous offrons de partager l’envers du décor musical de BEBES avec un réalisateur qui laisse parler la vie.
 

 Une Expérience Avec Un Compositeur Qui Crée Dans La Bonne Humeur

Avez-vous pensé immédiatement à Bruno COULAIS pour composer la musique de BEBES ?

TB : l’idée de départ d’Alain CHABAT consistait plutôt à solliciter un artiste de variété internationale. Je n’étais pas enthousiasmé par cette idée d’abord parce que je craignais que la musique de variété prenne le pas sur les images des bébés. Ensuite pour des questions de rythme car la variété fonctionne plutôt avec des plans extrêmement courts. Mais pas sur des documentaires dont la spécificité et l’originalité réside dans la longueur des plans, qui fait que l’on ne se trouve pas dans la manipulation, ni au niveau du montage, du tournage ou de la musique. J’avais donc besoin de disposer de musique de manière permanente afin de pouvoir monter mes images dessus et non pas l’inverse. Et aussi une musique beaucoup plus lente car, pour montrer la réalité, j’ai privilégié les plans séquences. Les rares fois où les images s’accélèrent un tantinet constituent des moments de transition, de passage d’un âge à un autre. Nous avons donc écarté de notre réflexion la variété pour évoluer vers différentes idées. Jusqu’au moment où, en accord avec James SCHAMUS, le distributeur de BEBES et de CORALINE, nous sommes tombés d’accord pour proposer à Bruno COULAIS de composer cette musique. Ce que je n’ai pas regretté tellement cela a été un plaisir de travailler avec un compositeur qui crée dans la bonne humeur, dans la joie.

Justement, comment s’est passée cette collaboration avec Bruno COULAIS ?

TB : Alain CHABAT et moi avons commencé par lui montrer le film puis, Bruno COULAIS étant un compositeur très expérimenté, nous lui avons fait confiance. Nous sommes intervenus par la suite sur ses propositions qui, je dois le dire, nous ont immédiatement ravis. Il faut dire que Bruno COULAIS a très vite compris que nous recherchions une musique qui apparaisse à la fois extrêmement présente et, en même temps, qui ne prenne jamais le dessus sur les images. Il a alors composé sur les images et le montage s’est construit ensuite, et non l’inverse. Pour moi, cette collaboration avec un compositeur a représenté une nouveauté, une première expérience car, pour tout vous dire, la plupart de mes autres documentaires ne contiennent pas de musique. D’une manière un peu radicale, j’ai l’habitude de réaliser des documentaires sans aucune musique.

 
 

 Thomas BALMES & Ponijao
 
 

Une Musique A La Fois Universelle Et Joyeuse

Quelles étaient vos demandes par rapport au thème principal, qui apparait à la fois très mélodique et ensoleillé ?

TB : On voulait un thème à la fois universel et joyeux. Universel car, comme on passe régulièrement d’un pays à un autre, il ne fallait pas que la musique soit marquée par des spécificités ni d’un pays, ni d’un autre. Joyeux car, comme dans son ensemble le film s’apparente à une comédie, la musique devait plutôt suivre cette direction, sans se trouver dans la caricature. Bruno COULAIS a alors élaboré une espèce de mélange entre trois éléments sonores qui aboutit à un univers très particulier, à la fois très sobre et, en même temps, très gai. Il y a des instruments classiques comme des cordes, des jouets de bébés utilisés de façon décalés et des voix. Mais des voix qui ne prononcent aucun mot, simplement une sorte de phrase mélangeant différentes syllabes qui ne veulent rien dire. C’était important car, de la même manière qu’il n’y a aucun dialogue, aucune narration pendant toute la durée du film, je souhaitais qu’aucun mot ne soit prononcé. Néanmoins, nous pensions qu’il s’agissait d’une bonne chose d’utiliser la voix humaine, en l’occurrence celle de Rosemary STANDLEY, au niveau de la musique. Je me dois d’ailleurs d’ajouter que, autant Alain CHABAT que moi, nous avons adoré travailler avec Rosemary STANDLEY ; ce qu’elle fait sur la musique de Bruno COULAIS est absolument génial ! Au final, cette combinaison entre les sonorités extrêmement classiques des cordes, les jouets et les voix fonctionne très bien et n’apparait jamais redondante avec le sujet du film.

Peut-on, selon vous, comparer le rôle de la musique dans un documentaire à un commentaire ?

TB : absolument pas. Ma conception du documentaire se situant d’avantage dans une démarche de suggestion que de démonstration, j’essaye, à partir d’images plutôt poétiques, de provoquer chez le spectateur une réflexion une interrogation. Je ne suis en aucune manière là pour asséner un message au spectateur. De la même manière, pour moi, le rôle de la musique dans un documentaire n’est pas d’appuyer tel ou tel moment mais plutôt de participer à la fluidité de l’ensemble du film. Dans BEBES, nous n’avons pas non plus cherché à délivrer un message et, de la même manière, on n’utilise pas la musique pour appuyer un moment dramatique ou quoi que ce soit. Au contraire, je crois que la musique intervient comme un contrepoint qui permet d’uniformiser la navigation entre les pays.

Avez-vous parfois eu peur pour les enfants sur le tournage, par exemple lors des séquences avec les animaux en Mongolie ?

TB : en fait non. J’avais été très clair avec les parents en leur disant que je ne venais pas pour faire le baby-sitter. Ce qui signifiait qu’ils devaient garder toujours un œil sur ce qui se passait. Moi, à partir du moment où les parents se sentaient en confiance, je ne ressentais pas le besoin d’intervenir. En ce qui concerne ces animaux et ces enfants en Mongolie, il faut savoir qu’ils interagissent depuis toujours les uns avec les autres. C’est d’ailleurs assez fabuleux à regarder mais ils sont totalement conscients et les uns et les autres qu’il s’agit d’un bébé et qu’il convient de faire attention. Au début, cela m’a un peu surpris mais, progressivement, j’ai compris que, si tout le monde restait tranquille, aussi bien avec les chiens en Namibie qu’avec les vaches et les coqs en Mongolie, c’est que tout allait bien. Et, effectivement, tout s’est bien passé. Puis, comme je l’avais déjà observé dans d’autres films, cela prouve à quel point les animaux peuvent être des acteurs essentiels à un documentaire.

De quelle manière sont venues les séquences où l’on voit chanter des parents japonais mais aussi mongols ?

TB : toutes ces séquences sont venues très naturellement puisque la manière dont je mets en scène consiste à me placer quelque part et de faire entrer quelque chose dans mon cadre. Cela signifie que je me trouve toujours au niveau des bébés mais sans jamais rien demander aux parents. Si quelque chose arrive, c’est que c’était sur le point de se passer. De la manière, aucun chant n’a été provoqué par mon intervention. Parmi ces séquences, la plus étonnante est pour moi celle des chants gutturaux (chantés avec la gorge) traditionnels mongols, interprétés lors des fêtes du nouvel an chinois.

Quatre exemples de familles et de leur rapport à la technologie

Pour quelle raison avez-vous filmé deux bébés asiatiques et aucun sud-américain ?

TB : parce que notre idée ne consistait pas à couvrir l’ensemble de la planète. On se situe plutôt dans quatre exemples de familles et de leur rapport à la technologie, à la norme telle que nous la considérons en occident. Cela va d’une absence totale de modernité comme les Himbas en Namibie peuvent la connaître, avec un peu plus de technologie en Mongolie, encore davantage aux Etats-Unis et la situation futuriste d’une mégapole comme Tokyo pour la famille japonaise. On se situe donc dans quatre familles, quatre environnements très différents dans leurs rapports à la modernité.

Avez-vous pensé à un moment, comme sur vos films précédents, ne pas mettre de la musique sur BEBES ?

TB : sur ce film, je n’ai jamais dit qu’on ne mettrait pas de musique. Maintenant, j’ai toujours voulu que la musique intervienne en fin de processus de fabrication. Et étant donné qu’il n’y avait ni commentaire ni dialogue, je pense que cela aurait peut-être été beaucoup demandé, en plus, de ne pas mettre de musique. Même si l’expérience a été intéressante parce qu’il y a eu des versions du film avec pratiquement aucune musique. Mais dans ce cas, je dois bien avouer que le film devient âpre. Ceci dit, chaque projet nécessite une réflexion et je pense que les deux sont possibles.

Aimeriez-vous retravailler avec Bruno COULAIS ?

TB : j’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec Bruno COULAIS sur ce projet. Je réfléchirai certainement à lui demander s’il veut bien retravailler avec moi sur un éventuel nouveau projet car, ma rencontre avec ces BEBES et en plus Bruno COULAIS, cela a vraiment été belle aventure humaine !

Entretien réalisé à Paris le 3 juin 2010.

BEBES, bande originale du film composée par Bruno COULAIS disponible chez Lakeshore records.

Cette page a été modifiée pour la dernière fois le mardi, 15 juin 2010