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Rencontre - Sortie dvd
REINHARDT WAGNER,                           COMPOSITEUR ET MELODISTE           
ENTRE PARIS ET LONDRES                 
 
 

Après FAUBOURG 36 et sa nomination aux Oscars à Hollywood, Reinhardt WAGNER a effectué un double retour au cinéma ! Avec Joël SERIA d’abord (LES GALETTES DE PONT AVEN), qui n’avait plus tourné pour le cinéma depuis 20 ans et signe MUMU. Pour cette tendre chronique des années 50, le portrait d’une institutrice (incarnée par Sylvie TESTUD) pas aussi revêche qu’elle ne parait, Reinhardt WAGNER a composé une partition basée sur un unique thème dans la tradition du jazz manouche. A partir de multiples variations, orchestrations et improvisations, la partition épouse les différentes humeurs d’un scénario qui évoque les relations entre un jeune élève et son institutrice. Pour l’interpréter, le compositeur a fait appel au groupe LES MAINS DES HOMMES qu’il a créé avec des amis musiciens. Il a ensuite retrouvé Pascal THOMAS, et sa comédie ENSEMBLE NOUS ALLONS VIVRE UNE GRANDE HISTOIRE D’AMOUR. Pour ce coup de foudre entre Dorothée (Marina HANDS) et Nicolas (Julien DORE), Reinhardt WAGNER a composé une partition également basée sur un thème principal unique, en l’occurrence un boléro dont l’idée revient au réalisateur. Bondissant sur un scénario où rien ne se passe comme prévu, le compositeur a introduit une dualité entre les thèmes : un côté cirque et fanfare sur les séquences avec Nicolas et un autre plus orchestral pour souligner la fougue passionnelle. Puis il y a ces détournements très respectueux et élégants de la partition de Maurice JARRE pour DOCTEUR JIVAGO, qui ajoutent du souffle à une partition souvent intense et emplie de parfums lointains. Compositeur et mélodiste comme il se définit, Reinhardt WAGNER nous raconte l’histoire de ces musiques à l’occasion des sorties dvd de ces deux films. Il évoque aussi ses projets de théâtre musical et son éventuel départ en Angleterre !

 
 
 
  

MUMU

De quelle manière Joël SERIA est entré en contact avec vous ?

Reinhardt WAGNER : c’est Jacques DRIENCOURT, le producteur du film, qui lui a suggéré mon nom. Quand nous nous sommes rencontrés, Joël SERIA m’a dit qu’il voyait pour son film une musique jazzy. J’ai alors écrit ce thème plutôt de forme rondo u ; c'est-à-dire qu’il alterne, de par sa construction A B a, un refrain et plusieurs couplets. Ensuite, j’ai basé toute la partition sur ce thème à travers des improvisations, des variations, des orchestrations et des interprétations qui diffèrent en fonction du « mood », c’est-à-dire de l’humeur du film. Pour moi, il s’agit du propre du cinéma, de la composition que d’écrire un thème et de le développer de différentes manières, dans d’autres orchestrations. Cela lui confère diverses couleurs et enrichit la partition. Par exemple, sur les séquences de dortoir, on en trouve une version avec davantage de piano et moins de guitare, ce qui lui donne un côté plus romantique. Cela reste toujours le même thème mais développé, harmonisé et joué de manière différente.

Dans quelles circonstances avez-vous fondé le groupe LES MAINS DES HOMMES qui interprète cette partition ?

RW : j’ai créé ce groupe parce que je dispose de beaucoup de thèmes, de chansons que j’ai envie de jouer. J’ai d’ailleurs un projet musical qui s’appelle MANOUCHE, dans lequel chanteraient ma fille mais aussi Guesch PATTI et où jouerait le groupe LES MAINS DES HOMMES. Le groupe a été monté en 2008, au moment où j’ai obtenu l’Etoile d’Or du meilleur compositeur pour FAUBOURG 36. Comme je devais présenter un concert à l’Espace Pierre CARDIN, j’avais besoin d’un petit groupe, en plus de l’orchestre symphonique que dirigeait mon ami Jean-Louis FORESTIER. De là, j’ai créé LES MAINS DES HOMMES, un groupe composé d’amis et surtout excellents musiciens plutôt jazzy et manouche. Ce groupe se compose à la base de sept musiciens : Michel GOLDBERG au saxophone, Laurent FRADELIZI à la guitare basse, David GEORGELET à la batterie, Mathilde FEBRER au violon, Jean-Yves DUBANTON à la guitare, Sammy DAUSSAT aux guitares acoustiques. En ce qui me concerne, j’ai une fonction à la fois de compositeur, de directeur musical et de pianiste. Bien sûr, il peut arriver que nous ayons besoin, ponctuellement, de musiciens supplémentaires, comme cela a été le cas dans MUMU avec Stéphane CLERGERIE au trombone et Jean-Claude LAUDAT à l’accordéon. Il s’agit donc d’un groupe à géométrie variable qui me permet de faire, dans un style jazzy, les musiques dont j’ai envie.

Etait-il évident de vous référer à la musique manouche, en particulier à Django REINHARDT ?

RW : comme je m’appelle aussi Reinhardt donc, quelque part, les références à Django dans ma musique sont venues naturellement. Surtout que l’histoire se passe dans la période de l’après guerre et que les personnages écoutent, en off dans les radios, les musiques de cette époque. Mon idée consistait alors à écrire une musique qui en contienne les réminiscences. J’ai appliqué là mon grand principe qui consiste à dépasser la demande d’un metteur en scène qui me réclame une certaine musique. Je crois que le compositeur ne peut jamais suivre au mot les paroles d’un réalisateur. Il doit surmonter au contraire ses propositions, comme je l’ai fait dans MUMU et la plupart de mes musiques pour le cinéma.

RW : que pensez-vous de l’actuel retour de la musique manouche ?

RW : il existe toujours des modes, souvent lancées par des journalistes parisiens lorsqu’un film contenant un certain type de musiques réalise plus d’un million d’entrées. Cela m’exaspère car, nous compositeurs, connaissons la musique manouche depuis toujours. En musique, je pense que rien ne revient car tout existe depuis toujours. Si vous vous baladez dans n’importe quelle ville de province, vous verrez qu’il existe toujours ce que l’on appelle des bals musette. Ce sont des endroits où on entend tous types de musiques et des gens qui reprennent des chansons du patrimoine français. Avec FAUBOURG 36, certaines personnes avaient affirmé que la musique d’avant guerre revenait. Pour moi, ce n’est pas vrai. Ce ne sont que les informations qui laissent croire aux gens que la musique revient alors qu’elle a toujours existée. Quand vous êtes compositeur, que vous vous intéressez à la musique, vous voyez bien que toutes sortes de musiques existent en même temps et depuis toujours.

Pour quelle raison avez-vous inclus dans le disque de MUMU d’autres thèmes dont celui de MUSEE HAUT MUSEE BAS, le film de Jean-Michel RIBES ?

RW : j’avais envie que ce disque contienne, en bonus, d’autres musiques écrites pour le groupe LES MAINS DES HOMMES. Ce qui était déjà le cas sur MUSEE HAUT MUSEE BAS pour lequel j’avais composé ce thème binaire et jazzy qui, pour moi, sonnait bien par rapport à l’ambiance du film. Je me rappelle que, quand avec Jean-Michel RIBES, nous l’avons posé sur ses images, cela a immédiatement fonctionné. Ce qui m’a encouragé à le développer pour d’autres séquences. Le disque contient aussi des génériques de fictions comme les deux morceaux intitulés Bateau Libre. Tous ces morceaux, qui sont joués par LES MAINS DES HOMMES, montrent bien que le groupe existe.

 
 
 

ENSEMBLE

Qui a eu l’idée de baser la plus grande partie de la partition sur un boléro ?

RW : Pascal THOMAS. Moi, au départ, j’avais composé des thèmes d’amour très différents, romantiques mais qui ne convenaient pas au film. Quand Pascal THOMAS s’en est aperçu, il a eu la bonne idée de me dire d’écrire un boléro. Dans la nuit qui a suivi, j’ai imaginé ce boléro très simple, presque chaplinesque, qui constitue le thème principal du film. Pour le reste, comme pour MUMU, j’ai tourné autour du thème principal.

Vous l’avez même décliné en une chanson que vous interprétez en duo avec Guesch PATTI ?

RW : oui mais pour m’amuser puisqu’on ne l’entend pas dans le film. J’ai demandé à Guesch PATTI, une amie et une artiste que j’apprécie beaucoup, de la chanter avec moi. Je regrette qu’en France on catalogue les artistes dès qu’ils font un morceau connu, comme cela a été le cas avec Guesch PATTI. Quand on se balade dans d’autres pays, ce qui m’arrive souvent, on s’aperçoit que les artistes sont beaucoup moins catalogués qu’en France. Moi, je suis très heureux quand Guesch PATTI chante sur mes musiques, comme cela avait été le cas lors du concert à l’Espace Pierre CARDIN en 2008.

Revendiquez-vous la double facette de cette partition, avec d’un côté un thème de forme fanfare et un autre plus orchestral, plus provincial, avec même une tarentelle ?

RW : tout a été voulu dans cette musique, jusque cette tarentelle à l’italienne. Maintenant, quand on développe une partition pour un film, on prend une attitude de caméléon. Cela signifie que l’on compose ce que le metteur en scène a envie d’entendre et, sur ce film comme sur d’autres, Pascal THOMAS voulait cette dualité dans les thèmes. Par exemple, il m’avait demandé un côté un peu cirque pour les séquences où Nicolas tente de se suicider. En ce qui concerne les différentes orchestrations, je possède cet éventail culturel qui me permet d’écrire à la fois pour quelques musiciens, comme LES MAINS DES HOMMES, et des formations importantes tel l’Orchestre Filmharmonic de Prague.

De quelle manière avez-vous géré les références à Maurice JARRE qui parsèment le film ?

RW : Pascal THOMAS m’avait demandé de me référer à Maurice JARRE, c’est à dire où de reprendre un thème de DOCTEUR JIVAGO ou d’écrire une musique dans le même esprit. C’est pour cette raison que le disque comprend un extrait de la partition de DOCTEUR JIVAGO. J’ai suivi ses demandes car, il ne faut pas l’oublier, c’est lui qui écrit indirectement la musique. Ce qui n’empêche pas le compositeur d’amener sa patte, son univers tout en travaillant en symbiose avec les indications du metteur en scène. Comme je vous le disais tout à l’heure, il s’agit pour le compositeur d’aller au-delà des demandes du metteur en scène car, si on lui donne que ce qu’il réclame, je crois que cela ne marche pas. Il faut donc savoir lire entre les lignes et lui apporter davantage que ce qu’il demande. Cela peut correspondre à des musiques auxquelles il n’aurait pas forcément pensé. Sur ce film, je me suis amusé à composer des musiques à la manière de Maurice JARRE mais avec beaucoup de respect. Maurice JARRE possédait son style, son univers et il était hors de question pour moi de le piller. Je crois que nous sommes tous les émules de ces grands maitres de la musique de films qu’ont été Maurice JARRE et Georges DELERUE et que restent encore des compositeurs tels qu’Ennio MORRICONE.

Justement, on trouve aussi un motif valsant qui semble très proche de l’univers de Georges DELERUE pour le tailleur Hubert interprété par Guillaume GALLIENNE ?

RW : cela ne me gêne absolument pas que l’on compare certains de mes thèmes à des musiques de Georges DELERUE, d’autant plus que je l’ai bien connu. Je l’aimais beaucoup et je me rappelle qu’il m’avait encouragé à écrire de la musique de films. C’était un compositeur que je respectais énormément.

Pour qu’elle raison avez-vous inclus, en bonus dans le disque d’ENSEMBLE, une mini compilation de vos musiques pour les films de Pascal THOMAS, du GRAND APPARTEMENT au CRIME EST NOTRE AFFAIRE ?

RW : parce que, hormis, MON P’TIT DOIGT M’A DIT, aucune n’était sortie en cd. Vous savez, cela fait déjà huit films que je mets en musique pour Pascal THOMAS et je vais continuer avec le prochain ; une nouvelle adaptation d’Agatha CHRISTIE avec Catherine FROT et André DUSSOLIER. Il me semblait intéressant, comme nous disposions de place sur le disque, d’inclure ces musiques en complément de celle d’ENSEMBLE.

Les Oscars !

RW : Qu’a représentée pour vous la nomination aux Oscars pour les chansons de FAUBOURG 36 ?

RW : elle a été très importante car, dans le domaine de la chanson, aucun compositeur français n’avait été nominé aux Oscars depuis 35 ans (NDLR : le dernier était Maurice JARRE pour la chanson  Marmalade, Molasses and Honey du film JUGE ET HORS-LA-LOI en 1973). Récemment, Alexandre DESPLAT a été nominé comme compositeur de la meilleure musique originale écrite pour un film mais pas de la meilleure chanson. C’était amusant car, comme nous étions nominés la même année, nous nous sommes retrouvés ensemble lors de la soirée de remise des récompenses. Ensuite, j’ai été très honoré car cette nomination couronne mon travail de compositeur, de mélodiste. J’y tiens beaucoup car, ce qui m’intéresse, c’est d’écrire pour le cinéma mais aussi pour le théâtre musical, c'est-à-dire des comédies musicales. J’ai d’ailleurs un projet pour 2012 avec Jean-Michel RIBES. Le spectacle va s’appeler RENE L’ENERVE et comportera près de deux heures de musique. Il sera monté en coproduction avec le Châtelet, le Théâtre du Rond-Point, la ville de Montpellier et l’Opéra du Rhin. Maintenant, j’ai aussi quelques projets à Londres et aux Etats-Unis car, depuis les Oscars, je suis assez sollicité à l’étranger. En France, le théâtre musical tel que je l’imagine n’existe pas. Londres possède une véritable tradition des comédies musicales qui fait que tout le monde reprend les chansons alors qu’en France, c’est le contraire. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui j’envisage sérieusement de partir à l’étranger pour pouvoir monter mes spectacles de théâtre musical. Ce sera peut-être le cas avec MANOUCHE, une comédie musicale que j’ai écrite, dans l’esprit de FAUBOURG 36, avec toujours Frank THOMAS pour les textes. Je ne désespère pas de la créer en France mais, si cela ne peut se faire dans de bonnes conditions, je n’exclue pas l’éventualité de la présenter en Angleterre. Vous savez, je reste français et j’ai envie de continuer d’écrire dans mon pays mais j’ai des projets qui ne peuvent se monter qu’en Angleterre.

Entretien réalisé à Paris le 4 août 2010

MUMU, un film de Joël SERIA.

ENSEMBLE NOUS VIVRE UNE TRES, TRES GRANDE HISTOIRE D’AMOUR de Pascal THOMAS.

Bandes originales composées par Reinhardt WAGNER disponibles chez JADE EDITION.

Dvd disponibles chez France Télévision distribution.