ROBIN DAVIS & PHILIPPE SARDE RACONTENT LEUR CINEMA !
La collection Ecoutez le Cinéma ! crée l’évènement avec la sortie de la toute première compilation regroupant l’ensemble des musiques composées par Philippe SARDE pour les films de Robin DAVIS. En complément de ceux figurant dans le livret du disque, nous vous proposons de découvrir des extraits d’entretiens jamais publiés à la fois avec le cinéaste et le musicien. Leur première collaboration a eu lieu sur LE CHOC, film purement commercial réunissant les stars Alain DELON et Catherine DENEUVE. Pour ce duo aussi sulfureux que classieux, Philippe SARDE avait composé une musique de haute tenue qui est devenue mythique ; une partition à la fois mélodique, rythmique et romantique. Comme souvent, le compositeur n’avait pas hésité à se déplacer à Londres pour obtenir une réelle profondeur symphonique mais aussi à utiliser de grands solistes, en particulier Wayne SHORTER qui magnifie, avec son saxophone le côté brumeux de certains thèmes. Puis il y a eu J’AI EPOUSE UNE OMBRE, un grand succès public avec Nathalie BAYE et dont la musique est éditée pour la toute première fois. On y découvre là aussi une musique de grande classe, portée par les violons anglais, mais avec beaucoup plus de retenue, beaucoup plus de féminité ; une partition subtile, colorée, avec des sonorités qui utilisent la guitare et le violon solo de Michael DAVIS et qui décrit superbement toute la beauté, la fragilité du personnage principal. Et bien sûr, le disque contient également la chanson titre, interprétée avec force par Johnny HALLYDAY. Enfin, leur troisième collaboration fut pour HORS-LA-LOI, un film qui n’a malheureusement pas trouvé son public mais qui reste dans les annales pour la musique de Philippe SARDE, interprétée par l’Orchestre de Paris et d’excellents solistes. Véritable partition de western moderne, grâce à l’utilisation judicieuse de guitare, d’harmonica, de glass harmonica et de banjo, la musique d’HORS-LA-LOI se révèle d’une grande sophistication, d’une fraicheur qui déborde de la pellicule. Au final, ce disque qui réunie trois partitions différentes mais toujours ambitieuses et jamais convenues, constitue un exceptionnel tableau en trois actes d’une des plus belles collaborations entre un musicien et un cinéaste. Successivement, Robin DAVIS et Philippe SARDE nous parlent de leur rapport au cinéma, à la musique, à la vie… et de Monument Valley !

Philippe SARDE par Robin DAVIS
Robin DAVIS : pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec le compositeur mythique Philippe Sarde ?
RD) Pour moi, Philippe SARDE est un phare ! Nous nous sommes rencontrés en 1982 sur LE CHOC. Cela devait être un film noir avec les personnages joués par Alain Delon et Catherine Deneuve; C'est finalement devenu un pur produit commercial et je dois avouer que j'ai été un peu dépassé par les événements à l'époque. Ensuite, nous nous sommes retrouvés l'année suivante sur J'AI EPOUSE UNE OMBRE avec Nathalie Baye, dont le thème de Philippe Sarde est devenu une chanson interprétée par Johnny Hallyday.
En quels mots le définiriez-vous ?
RD) Philippe SARDE est un homme de culture et de rapports. Il possède la très grande qualité de comprendre à la fois le cinéma et les cinéastes. Pour moi, Philippe SARDE sait, mieux que personne, parler de son film au réalisateur, en particulier lorsque celui-ci se trouve en train de le finir, qu’il l’a mixé mais qu’il a l'impression d'être écrasé, en perdition totale. Cela signifie que, lorsque le réalisateur se trouve en situation de rejet de son film, ce qui est courant lorsqu’on termine un long métrage, Philippe SARDE est présent pour lui dire ce qui va, ce qui ne va pas. Il a conscience de ce qu'il faut, de ce dont le film a besoin. C'est sa manière à lui d’aider le réalisateur et de l'embarquer dans des sentiers auxquels il ne s'attendait pas.
Avec le recul, comment voyez-vous HORS-LA-LOI, un film mythique avec uniquement des jeunes comédiens mais qui n'a pas trouvé son public ?
RD) C'était un film atypique, certainement en avance par rapport à la violence qu’il montrait. Il comportait peut-être une narration qui était trop linéaire et pas assez contrapuntique si je puis dire. Cela signifie qu'on ne passait pas des flics aux gosses, des gosses aux parents, des parents aux flics. Nous avions choisi une narration linéaire qui consistait à suivre tout le temps les gosses qui s'échappent d'un centre de délinquants. Sur ce film, il s’est probablement passé une chimie qui n'a pas fonctionné.
Quel a été le rôle de la musique de Philippe SARDE ?
RD) Encore une fois, Philippe Sarde est arrivé en sauveur ! Chaque fois qu'il y a un doute quelque part, il intervient pour aider le réalisateur. Je me rappelle qu’il avait fait la même chose sur LE CHOC dont la musique est d'une beauté absolument hallucinante. Philippe SARDE avait composé une musique sombre, noire, dense et belle, qui signifie des choses; pour moi, les thèmes du CHOC font partie de ses plus réussis. Car je voudrais rajouter que Philippe SARDE représente aussi pour moi un homme de thèmes et je dois dire qu’il compose avec un immense bonheur. Pour HORS-LA-LOI, c'était une autre façon de voir les choses.
Aimeriez-vous retravailler avec Philippe SARDE si vous reveniez au cinéma ?
RD) C'est évident car, pour moi, Philippe SARDE est un personnage que j'ai envie de comparer à Monument Valley ! Je ne dis pas qu'il est cimenté mais sa principale qualité c'est son humour. Je pense que Philippe SARDE possède un humour noir, caustique, décapant. D'ailleurs, en ce sens, je trouve que Philippe SARDE ressemble beaucoup à Jean-Marie SENIA, un autre musicien avec lequel j’aime beaucoup travaillé, en particulier pour mes films pour la télévision.
Je crois que ce n'est pas innocemment si j'ai travaillé d’abord avec Philippe SARDE, puis après avec Jean-Marie SENIA. Tous les deux possèdent une culture et apprécient la musique dans son ensemble par rapport au cinéma de la même façon. Il ont tous les deux cette espèce de façon de comprendre et de savoir parler au réalisateur qui leur est unique.
Robin DAVIS par Philippe SARDE
Philippe SARDE : quel souvenir gardez-vous de votre collaboration sur trois films avec Robin DAVIS ?
PS) D'abord, il ne faut surtout pas oublier que Robin DAVIS a été l'assistant de Georges LAUTNER. Je l'ai donc rencontré, en même temps que Georges LAUTNER, sur LA VALISE, ce qui explique sa présence auprès du cinéaste dans les dvds sortis en 2005. J'ai donc envie de vous dire que Robin DAVIS est un cinéaste que je connais depuis toujours. Maintenant, il travaille aujourd'hui beaucoup pour la télévision. Moi, je ne peux pas composer pour la télévision car je sais que l'on ne me donnera pas les moyens de travailler dans les conditions qui, pour moi, sont indispensables. Je ne peux, comme d'autres compositeurs le font, aller enregistrer mes musiques en Europe de l'Est. J'ai besoin d'enregistrer soit à Londres soit à Paris avec des solistes français, anglais et américains. J'ai véritablement besoin de cette qualité musicale qui, à défaut, rend les enregistrements mortellement ennuyeux. Vous savez, si j'entends une musique qui n’pas jouée comme je l'entends lorsque je la compose, autant rester à l'entendre au téléphone.
Comment expliquez-vous que votre collaboration musicale avec Robin Davis ait été plus marquante que les films eux-mêmes ?
PS) C'est vrai que seul J'AI EPOUSE UNE OMBRE a véritablement rencontré un succès public. D'ailleurs, je crois que Robin DAVIS l'a même présenté à New York. Après ces trois films, il a beaucoup réalisé pour la télévision. Mais cela n’empêche pas que j’aime énormément Robin DAVIS.
Entretiens réalisés en 2006 - tous droits réservés.