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LES MUSIQUES DES FILMS D'OLIVIER MARCHAL : D'ERWANN KERMOVANT A BRUNO COULAIS !                                                
 
Olivier MARCHAL revient avec le dernier volet d’un triptyque consacré à la solitude, la désespérance et l’errance. L’histoire parallèle, et inspirée de faits réels, de deux êtres, blessés à vie : Justine d’abord (Magnifiquement interprétée par Olivia BONAMY), en survie depuis que ses parents ont été sauvagement tués sous ses yeux 25 ans plus tôt par Subra ; Un monstre dont elle ne peut supporter la remise en liberté. La descente aux enfers de Louis SCHNEIDER ensuite, un flic alcoolique, responsable de l’arrestation de Subra et de l’accident de sa femme ; Un flic incarné, comme toujours de manière magnifique par Daniel AUTEUIL, même si on peut reprocher une certaine tendance à parfois forcer le trait. Au niveau de la musique, qu’il voulait mieux maîtrisée au montage que dans 36 QUAI DES ORFEVRES, Olivier MARCHAL a engagé Bruno COULAIS ; Un compositeur auquel il avait déjà pensé et qui vient de mettre en musique LE SECOND SOUFFLE, le film d’Alain CORNEAU et surtout remake de celui de Jean-Pierre MELVILLE. S’il ne nous surprend pas vraiment, Bruno COULAIS, signe de nouveau une partition profonde, ténébreuse et cauchemardesque ; Un contrepoint aux émotions dramatiques des personnages et aux sombres souvenirs d’Olivier Marchal ! Particulièrement sombre, le film multiplie les scènes de violence accompagnées par des thèmes froids et rythmés. Sur les scènes qui renvoient aux fêlures des personnages, il pose souvent des motifs pianissimo et parfois obsessionnels. Mais aussi quelques cordes qui expriment l’errance et l’impuissance, de la jeune fille comme du flic. Tandis que sur le démoniaque Subra, on trouve une musique mystique avec des chœurs. Sur les images comme la musique, il n’y a pas de place pour l’espoir, sauf à la toute fin du film, particulièrement humaniste. C’est lors des dernières sessions de l’enregistrement de la musique de MR 73 qu’Olivier MARCHAL a accepté de nous parler de son rapport à la musique et de ses différentes collaborations, jusqu’à Bruno COULAIS ; Entretien avec un cinéaste hypersensible dont chaque séquence des films renvoie à ses émotions, ses souvenirs.


MR 73

A quel moment Bruno COULAIS est-il arrivé sur MR 73 ?
OM)
J’avais déjà pressenti Bruno COULAIS sur 36. Mais nous n’avions pas pu collaborer ensemble pour diverses raisons. Pour MR 73, je l’ai contacté alors que le film était quasiment monté. Ce qui pour moi représente une très bonne chose ! D’autant que pour ce film, qui a été difficile à monter et à réaliser, j’ai eu le luxe de pouvoir travailler pendant 6 mois sur le montage. C’était très important car ce film raconte une histoire vraie, une affaire criminelle que j’avais traitée alors que j’étais flic à la Police Judiciaire. II s’agit de l’histoire d’une fillette de 10 ans dont l’enfance s’arrête brutalement lorsqu’elle assiste à l’assassinat de ses parents. II s’agit d’une histoire très dure, très noire et délicate à raconter car on pouvait partir dans le pathos très vite.

Qu’avez-vous recherché dans la musique ?
OM)
Comme avec le jeu des acteurs, s’agissant d’un film particulièrement noir, j’ai dit à Bruno COULAIS de travailler sur l’émotion, l’émotion et l’émotion ! Nous avons collaboré d’une manière extrêmement proche sur les images. Bruno COULAIS est venu plein de fois au montage et a refait plusieurs morceaux. II voulait absolument que je sois satisfait de la musique à chaque note, chaque intention. Là encore, travailler de cette manière sur la musique d’un film représente pour moi un luxe absolu ! En plus, en ce qui concerne Bruno COULAIS, je trouve que c’est un compositeur qui possède un talent, un professionnalisme, une expérience et une rigueur incroyables. Tous ces éléments m’ont permis d’aboutir à ce que je considère comme mon film le plus personnel. Sans renier mes précédents films, je ne les reconnais pas totalement. Alors qu’à tous les niveaux, je revendique complètement MR 73 !

Le pianiste Raoul DUFLOT, Bruno COULAIS & Olivier MARCHAL

 

Avez-vous pressenti d’autres compositeurs avant de vous tourner vers Bruno COULAIS ?
OM)
Au départ, j’avais effectivement contacté un autre compositeur, en l’occurrence Eric DEMARSAN qui, pour moi, représente Jean-Pierre MELVILLE ; Puisqu’il a composé les musiques de deux de ses films (LE CERCLE ROUGE & L’ARMEE DES OMBRES). Je l’avais donc engagé car cela me permettait de fermer la boucle avec Jean-Pierre MELVILLE. Finalement, notre collaboration n’a pas aboutie et il s’est avéré que, après 36, j’avais encore très envie de travailler avec Bruno COULAIS. II s’en est suivi une vraie rencontre humaine et professionnelle.

Avez-vous demandé des choses particulières à Bruno COULAIS ?
OM)
Nous avions déjà monté des musiques additionnelles avec ma monteuse sur le film. Bruno COULAIS s’est donc inspiré très près des musiques qui étaient déjà installées. II a évidemment utilisé beaucoup de cordes. Mais aussi le piano auquel je tenais beaucoup car, pour moi, il représente la tristesse, les larmes qui tombent. Ces touches de piano étaient très importantes car il s’agit aussi d’un film extrêmement triste. Maintenant, il fallait faire attention car il existait le danger de faire une musique qui alourdisse l’aspect glauque du propos ; Ce qui n’était pas mon intention. Au contraire, je souhaitais que la musique apparaisse triste, noire et poignante. Vous savez, je crois que les choses attachées à la tristesse, et en particulier les musiques, peuvent être belles ; Pas dans la vie malheureusement, mais en tout cas au cinéma, dont le rôle est de faire rire ou pleurer.

De quelle manière avez-vous voulu que la musique intervienne ?
OM)
Au contraire de 36 où on m’avait reproché d’avoir mis trop de musique tout le long du film, j’ai voulu qu’ici elle apparaisse de manière plus dosée. Nous avons veillé à ce que la musique intervienne toujours au bon moment, au bon endroit. Nous avons pris la précaution qu’elle n’intervienne pas en remplissage, qu’elle ne souligne pas le pathos. Nous l’avons surtout utilisée pour qu’elle pâlie ou sublime ou soutienne une séquence. Vous savez, pour moi, la musique représente un personnage du film, en l’occurrence l’émotion de cette fillette dont les parents ont été assassinés sous ses yeux.

Bruno COULAIS & Laurent PETITGIRARD


36, Quai Des Orfèvres

Justement, comment s’est passée votre collaboration avec Erwan KERMOVANT sur 36 QUAI DES ORFEVRES ?
OM)
Ce fut un travail différent mais également intéressant ! Erwan KERMOVANT, que je définirais de compositeur prolifique, a essentiellement travaillé sur le scénario, pas sur les images. Ensuite, il s’est passé que, pour des raisons que je ne peux pas dévoiler, je n’ai malheureusement pas pu assister en permanence au montage du film. Erwan KERMOVANT nous a alors fourni énormément de musiques, enregistrées au Studio du Palais des Congrès à Paris, qui ont été montées sur les images par Hugues DARMOIS (Achdé).

Pensez-vous qu’il est indispensable pour un cinéaste d’accompagner son compositeur lors des enregistrements ?
OM)
Ce que je sais, c’est d’abord que j’aime assister au travail des gens qui participent au film. J’estime qu’il fait partie de ma responsabilité de metteur en scène d’être présent quand les artistes s’engagent sur mon film ; Même s’ils sont 80 ! Sur un plateau, chaque technicien, chaque acteur qui ouvre une porte, à son rôle à jouer dans la construction d’un film. De même, dans une musique, chaque partition, chaque instrument a son importance. C’est pour cette raison qu’il faut que le metteur en scène ait la même attention pour les vedettes que pour les autres comédiens ou musiciens. Car chacun d’entre eux a son importance pour que la musique, quand elle est bien jouée, dégage beaucoup d’émotion.

Au final, que pensez-vous de la musique de Bruno COULAIS ?
OM)
Je l’aime beaucoup ; Je la trouve très émouvante.

 

Musique du film MR 73 composée par Bruno COULAIS disponible en téléchargement sur www.fnacmusic.com


Entretien réalisé à Paris le 24 11 2007.

 
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Cette page a été modifiée pour la dernière fois le vendredi, 21 mars 2008