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Chronique Musique Et Théatre
 
TRUISMES : BRUNO COULAIS RETROUVE  L'UNIVERS D'ALFREDO ARIAS                    
 

Après LES OISEAUX créé à la Comédie Française, Alfredo ARIAS retrouve Bruno COULAIS sur l’adaptation théâtrale de TRUISMES, le célèbre roman de Marie DARRIEUSECQ. Dans ce spectacle, Alfredo ARIAS, seul en scène, joue la femme-cochon et les pittoresques témoins de sa métamorphose : la seule cliente femme de la parfumerie où la femme-cochon dispense des massages très spéciaux, une dermatologue impuissante devant cette transformation, une sorte de fonctionnaire ou assistante sociale à quatre visages (policière, infirmière, nonne et évaluatrice) auprès de qui la femme-cochon va tenter de trouver refuge. Il incarne également Edgar, un candidat devenu Président et, enfin, l’homme, ou plutôt l’animal, de sa vie, un homme-loup avec qui elle partagera une grande histoire d’amour. Entre leurs interventions, on trouve des séquences filmées de la future femme-cochon, dans les différentes étapes de sa mutation. Pour le metteur en scène, il s’agissait d’intégrer au spectacle des « commentaires » cinématographiques réalisés, en toute liberté, par l’espagnol Antoni ALOY. Il s’agit de séquences très mystérieuses, presque cauchemardesques. C’est à ce moment qu’intervient Bruno COULAIS, le compositeur des RIVIERES POURPRES. Comme souvent captivé par des images dérangeantes, décrivant ici la descente aux enfers d’une femme, Bruno COULAIS introduit une musique très sombre composée souvent de glissés de violoncelle. Sur la séquence Le Réveil, il développe une musique troublante et très lente jouée par la contrebasse et le violoncelle. On note sur cette musique, ainsi que sur La Chaussure, des mélodies qui rappellent les sonorités du Moyen-Orient avec beaucoup de tablas. Sur Le Miroir, le compositeur privilégie les crescendos avec des vibratos de cordes tandis que, sur La Chaussure, il propose une mélodie arabisante. Pour la scène de La Parfumerie, il développe des thèmes plus modernes et plutôt mélodiques qu’il reprend parfois de manière pianissimo. Pour les séquences d’amour et de transformation (La Boue, Ivan Le Loup), le compositeur joue, comme il aime le faire, sur la corde fantastique avec un profond glissé de violoncelle. Au final, comme toujours attiré par les histoires touchant aux évènements qui dépassent le réel, Bruno COULAIS propose une partition qui agit comme un contrepoint à la chute du personnage principal. Si le spectacle déroute, voir donne envie de fuir en raison de ses particularités, de sa noirceur et aussi de la difficulté à le comprendre, il convient néanmoins de saluer la performance d’Alfredo ARIAS. En effet, s’il n’est déjà pas simple d’interpréter tous les rôles d’un même spectacle, il l’est encore moins de jouer une femme-cochon ! Quant à Bruno COULAIS, en explorant les méandres de l’horreur avec une musique dramatique et des orchestrations à base de cordes, il offre une partition de qualité.

TRUISMES, un spectacle mis en scène et interprété par Alfredo ARIAS, musiques originales de Bruno COULAIS – Au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 4 décembre 2011 puis au 104 du 20 au anvier 2012

LES OISEAUX : BRUNO COULAIS ENTRE A LA COMEDIE FRANCAISE !                                     

Catherine HIEGEL & Martine CHEVALIER                    Catherine SALVIAT & Loîc CORBERY
Photos : Brigitte ENGUERAND.
 

Evènement à La Comédie Française ! La pièce LES OISEAUX, du poète athénien ARISTOPHANE, considéré comme l’inventeur de la comédie, entre au répertoire. Comme on pouvait s’y attendre, l’adaptation et la mise en scène d’Alfredo ARIAS apportent de la couleur, de la fantaisie et de l’extravagance dans le texte, allègrement agrémenté de références contemporaines. Quant à Bruno COULAIS, il a ajouté aux mots la dimension musicale et même chantante. L’argument, c’est l’utopie de Camarade Constance (Catherine HIEGEL) et de Belle Espérance (Martine CHEVALLIER), qui s’éloignent des problématiques humaines (et souvent financières) pour fonder, avec des oiseaux comédiens, la cité de Coucou-Sur-Seine. De prime abord, la musique de Bruno COULAIS accompagne la transition des deux femmes, en même temps que se lève un décor familier : la place Colette, les jardins du Palais Royal et la devanture de la Comédie Française. On découvre alors une musique planante et pianissimo à laquelle se joignent quelques percussions. Alors qu’il s’agit d’une comédie, le compositeur intervient, comme souvent au cinéma, sur le terrain du mystère. Par des musiques profondes, légèrement rythmées, il donne une lecture beaucoup plus sombre de l’ouvrage. L’entrée de La Huppe (Catherine SALVIAT), le premier oiseau comédien rencontré, puis de ses amis congénères, donne lieu à une musique qui, emplie de percussions, de xylophone et d’un contrepoint de cordes, joue la carte de l’étonnement. Jusqu’à l’arrivée du Coryphée, un humain devenu oiseau comédien (Loïc CORBERY), qui surgit en criant à la trahison, à l’idée de s’unir avec des humains, sur une musique orchestrale fascinante et inquiétante. Parlant d’oiseaux et de comédiens, la pièce donne à réfléchir sur le théâtre, ce nid de rêve où les acteurs aiment se pavaner sur des airs de music-hall ! D’où quelques références succulentes. Alors que le Coryphée ôte son masque, la musique originale continue dans les sonorités atmosphériques avec néanmoins d’avantage de bois, notamment des flûtes. Pour le chant, Bruno COULAIS, avec l’aide du pianiste Raoul DUFLOT-VEREZ, donne la voix à la plupart des comédiens, comme La Huppe, en compagnie de Camarade Constance et Belle Espérance avec des ailes dans le dos, sur l’Air Des Citoyens En Devenir, accompagnée par une musique privilégiant les flûtes. Chantent également, dans de petites scénettes parfois sifflées, des personnages secondaires comme le poète, accompagné d’un motif pour piano et violon, le voyant, le vendeur de décrets et même un délateur ! Regroupés en chœur, les comédiens chantent également l’ode finale au destin des oiseaux comédiens, à l’écriture harmonique caractéristique du compositeur. Bruno COULAIS invite aussi une nouvelle voix déjà connue à son univers sonore, en l’occurrence Emily LOIZEAU, qui intervient sur deux titres préenregistrés : d’abord Quelle Etrange Nature, à la mélodie montante pour piano et violon dont les paroles évoquent la triste fatalité des volatiles. Puis, plus tard, Black Bird, sur une musique voluptueuse à base de cordes pincées et de longs glissés de violon. Bruno COULAIS ayant déjà composé avec succès deux opéras pour enfants (IL GIOCO DI ROBIN E MARION et LUCIO, LE REVE DE L'ANE D'OR), le retrouver sur une pièce de théâtre n’est pas vraiment une surprise. Fidèle à sa réputation, sa musique à la fois sérieuse, sensible et amusante appuie plutôt les côtés intrigant, étrange de cette fable des apparences. Quand s’éclaire la cité des oiseaux comédiens, que les vers tournent davantage à la farce, sa musique devient plus mélodique, plus vocale. Mais aussi parfois agitée avec davantage de percussions pour souligner la dimension revendicative du spectacle. Comme un aigle poussant toujours l’art de l’audace, Bruno COULAIS s’empare des illusions d’ARISTOPHANE pour nous offrir une véritable création de théâtre musical !

LES OISEAUX, une pièce d'ARISTOPHANE mise en scène par Alfredo ARIAS, musique et chansons de Bruno COULAIS.
 
A la Comédie Française à Paris jusqu'au 18 juillet 2010.
 
Plus d'informations et réservations sur http://www.comedie-francaise.fr  
 
Cette page a été modifiée pour la dernière fois le mardi, 22 novembre 2011