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JEAN-MICHEL RIBES ET                   REINHARDT WAGNER :                   
BREVE RENCONTRE AUTOUR DES MUSIQUES DE COMPTOIR !             
 

En faisant un zoom sur la collaboration entre Reinhardt WAGNER et Jean-Michel RIBES, nous nous intéressons à ces nombreux compositeurs qui travaillent pour le cinéma mais aussi pour le théâtre. Se retrouvant dans des univers fantaisistes qui représentent autant de moyens de résistances à un monde ennuyeux, Jean-Michel RIBES et Reinhardt WAGNER se sont découverts mutuellement à travers leurs relations respectives avec le regretté Roland TOPOR.  Depuis, ils travaillent ensemble sur des spectacles qui consacrent toujours, et de plus en plus, une place importante à la musique et à la chanson. Nous les avons rencontrés à l’occasion de la présentation de la pièce LES NOUVELLES BREVES DE COMPTOIR où, pour la troisième fois, Jean-Michel  RIBES a adapté et mis en scènes les textes recueillis par Jean-Marie GOURIO. Pour la musique, contrairement aux spectacles précédents qui ne contenaient que des morceaux préexistants, Jean-Michel RIBES a souhaité des musiques originales. Il a alors appelé Reinhard WAGNER qui, à partir des idées proposées par Jean-Michel RIBES, a élaboré une partition qui se présente sous la forme de petites ponctuations. Pour les parties instrumentales, on trouve une série de motifs courts qui accentuent les fêlures, souvent sentimentales, de personnes qui ne trouvent d’autres endroits pour s’exprimer que les comptoirs. Des paroles de gens des quartiers ou de touristes de passage qui prennent parfois la forme de chansons bavaroises, de lieder en allemand ou de pastiches de Johnny HALLYDAY. Ce joyeux mélange musical participe à la drôlerie mais aussi à la poésie d’une pièce dans laquelle on a plaisir à retrouver des comédiens habitués à travailler avec Jean-Michel RIBES, comme Laurent GAMELON et Annie GREGORIO. Dans leur palace du Théâtre du Rond-point des Champs-Elysées, Jean-Michel RIBES et Reinhardt WAGNER évoquent leur complicité autour d’une certaine idée de la création musicale, évidemment pleine de fantaisie !

Reinhardt WAGNER & Jean-Michel RIBES
 

Théâtre et musique ou l’inverse mais pas le contraire !

Vous reconnaissez-vous dans la devise inscrite sur le visuel de la saison 2009 2010 du Théâtre du Rond-Point ?

Jean-Michel RIBES : moi, je ne me reconnais dans rien de ce que je dis. Plus sérieusement, cette devise renvoie à la thématique du rire de résistance qui a présidé à mon deuxième mandat de cinq ans à la direction du Théâtre du Rond-Point.  A travers ce chapeau général, nous avons lancé chaque année un thème générique pour la saison. Il y a eu ainsi « le rire de résistance », « la famille et la mafia » et, pour la saison 2009 2010, « théâtre et musique ou l’inverse mais pas le contraire ». J’ai choisi cette devise car elle me permettait de réhabiliter une forme de théâtre musical qui a, à un moment, disparu. En effet, le théâtre musical va aujourd’hui de l’opéra au tour de chant mais, autour, c’est très flou. Alors que, pour moi, la musique est la mère de tout ! Ce n’est pas un hasard si on parle de muses et de musique car, que ce soit la peinture, la rhétorique ou la sculpture, chaque art possède fondamentalement son rythme, sa mélodie, c'est-à-dire sa musique. Il me semblait alors très important que le théâtre, qui constitue quand même un art fait de mots qui forment parfois presque une partition, se retrouve avec des auteurs. Je dirais d’ailleurs qu’il existe des auteurs qui écrivent musicalement et des compositeurs qui possèdent des idées. Et je me suis dit qu’il serait très intéressant de les mélanger. C’est pour cette raison que, cette saison au Théâtre du Rond-Point, toutes les pièces comportent de la musique ou inversement.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Reinhardt WAGNER : nous avons fait connaissance dans une période où je travaillais beaucoup avec Roland TOPOR et Jean-Michel RIBES également. Je me souviens que Roland TOPOR aimait beaucoup Jean-Michel RIBES tout comme moi d’ailleurs.

JMR : il subsiste effectivement un lien évident entre notre rencontre, notre collaboration et Roland TOPOR. Maintenant, je crois que nous partageons Reinhardt WAGNER et moi une réelle affinité autour de la fantaisie, au sens fort du terme. Je veux dire par là que la fantaisie constitue, de mon point de vue, le lieu le plus fort de résistance qui existe en ce moment. C’est l’endroit qui contient à la fois du fantasme et de la fantasmagorie, c'est-à-dire des idéologies qui ne sont pas très affirmées et qui peuvent être abattues par un raisonnement. Pour moi, tout comme je crois Reinhardt WAGNER, la fantaisie constitue un acte libertaire, à la fois poétique et insolent, un véritable comportement de résistance face aux malheurs de la vie.

Qu’appréciez-vous particulièrement dans l’approche musicale de Reinhardt WAGNER ?

JMR : sa capacité musicale très étendue en réponse à des univers différents, en tout cas que moi j’aime bien aborder. Cela signifie que je ne reste pas uniquement dans le radis beurre. J’aime bien aussi passer à l’entrecôte et aux huitres. Notre manière de travailler tourne véritablement autour de ces sentiments de fantaisie, d’humour et de tragique, qui vont vite dans la sensibilité. Ce que j’apprécie aussi avec un compositeur comme Reinhardt WAGNER, c’est qu’entre nous s’installe une véritable communication. Cela signifie que, lorsque nous travaillons sur une scène, il entend, comprend et rectifie. Il s’agit d’une véritable collaboration faite d’échanges. Ce que je trouve très agréable.

 

 

 

Les Musiques Des Nouvelles Brèves De Comptoirs

Est-la première fois que vous demandez à un compositeur d’écrire des musiques pour LES BREVES DE COMPTOIR ?

JMR : nous présentons aujourd’hui la troisième édition des BREVES DE COMPTOIR mais, effectivement, c’est la première fois que, d’une certaine manière, j’ai proposé à un compositeur de travailler sur le spectacle. J’ai demandé très naturellement à Reinhardt WAGNER d’écrire les musiques car nous avons déjà collaboré ensemble sur de nombreux spectacles et, en plus, il s’agissait d’un projet qui l’amusait. Je voulais qu’il compose de la musique pour des moments précis, comme la scène du mariage. J’avais aussi envie de chants bavarois, de valses et d’autres éléments musicaux qui permettent de passer d’un tableau à un autre.

Reinhardt WAGNER, est-ce important qu’un metteur en scène vous propose des idées musicales comme, par exemple, la chanson bavaroise ?

RW : j’adore travailler avec un metteur en scène avec qui, tout d’un coup, une idée fuse, puis une autre et ainsi de suite. Je dois dire que peu de réalisateurs ou de metteurs en scène me proposent autant d’idées. Quand il a une suggestion musicale, Jean-Michel RIBES me la propose tout de suite et moi je peux revenir, rebondir sur cette idée. Ce travail m’intéresse particulièrement, en tout cas beaucoup plus que d’intervenir très tardivement pour un réalisateur qui ne possède aucune idées sur la musique. Sur LES NOUVELLES BREVES DE COMPTOIR, Jean-Michel RIBES souhaitait une musique complètement originale. Ce qui fait que toute la partie musicale de la pièce a été écrite et réfléchie, même s’il s’agit souvent de motifs très courts, de refrains à cappella (Bar A Vin) et d’une fausse chanson à la manière de Johnny HALLYDAY (Je Suis Vivant). C'est d’ailleurs amusant car cette chanson est tellement ressemblante que, souvent, les gens pensent qu’il s’agit véritablement d’une chanson de Johnny HALLYDAY. Puis, comme Jean-Michel RIBES avait envie d’une valse bavaroise et que les comédiens chantent un petit lieder sur des textes allemands, j’en ai écrit un dans l’esprit germanique d’avant guerre. Cette idée m’a d’autant plus amusé qu’elle me permettait de me référer à un pays qui possédait une certaine culture. Je le sais bien puisque mon père est allemand. J’ai également composé un petit lied dans l’esprit de Wolfgang Amadeus MOZART quand Alexie RIBES chante avec Chantal NEUWIRTH.

JMR : avec Reinhardt WAGNER je me considère comme une force de proposition. J’imagine des climats, j’écris des idées et, quand je les lui transmets, il réagit tout de suite. Je crois que cela fait véritablement partie de son talent, en plus d’être un très bon mélodiste et de pouvoir écrire des musiques de couleurs très variées. Pour moi, son intervention ne se résume pas simplement à un passage de relais qu’il illustre ou qu’il lit. Au contraire, en rebondissant sur mes propositions, il me donne de nouvelles idées musicales.

Considérez-vous les brèves de comptoirs comme une forme de musique ?

JMR : pour moi, il s’agit d’une sorte d’opéra, parlé évidemment,  une partition de mots. La musique de Reinhardt WAGNER permet de dépasser le simple fait de montrer qu’il se passe des choses très drôles dans les comptoirs. Elle possède la grande qualité de montrer que, derrière ces choses drôles, il existe une grande désolation, une grande solitude et parfois même une immense tristesse. C’est par exemple le cas quand la musique intervient à la fin du monologue de Chantal NEUWIRTH, quand elle avoue que personne ne l’aime. Pour la première fois dans un spectacle des brèves de comptoir, la musique permet de passer de moments très drôles à des instants d’émotion, de pathétique. En s’intéressant aux émotions de gens perdus, de personnes à qui on ne donne jamais la parole, la musique de Reinhardt WAGNER agit alors comme un élément chimique qui éclaire l’émotion.

Avez-vous recherché une unité à travers ces thèmes qui sont quand même très variés et qui reviennent parfois plusieurs fois ?

RW : les musiques qui reviennent dans un spectacle, cela relève des décisions du metteur en scène, en l’occurrence Jean-Michel RIBES. Cela signifie que, quand un morceau lui plait plus qu’un autre, il le met davantage de fois que prévu initialement dans le spectacle. Ce que je trouve tout à fait normal. De même au cinéma, on peut composer une musique pour le générique début d’un film et s’apercevoir ensuite que le réalisateur l’a utilisée finalement sur une scène d’amour. Les réalisateurs, comme les metteurs en scène, en tant que maitre d’œuvre du film ou du spectacle, disposent d’une sorte de sac dans lequel ils peuvent puiser les musiques dont ils ont besoin. Je compose donc ma musique et après je n’en suis plus le maitre car c’est toujours le réalisateur qui décide de l’endroit où on la cale. Les gens pensent souvent que c’est le compositeur qui place les musiques à un certain endroit alors qu’en fait il les donne à un metteur en scène qui les pose librement sur son film, en se réservant la liberté d’effectuer des changements jusqu’à la sortie du film. C’est une des principales leçons que je retiens de mon expérience de 25 ans de musiques de films, depuis LA CRIME en 1984.

Comment s’est passé l’enregistrement des musiques ?

RW : globalement, j’ai joué toutes les rythmiques, les parties de piano et j’ai utilisé des solistes pour le saxophone et la guitare. Je crois que l’on ne joue jamais de tous les instruments. Quand j’écris des petites musiques au piano ou des accords à la guitare, je peux les jouer mais, sinon, je fais venir des musiciens. Je crois que quand que l’on ne peut pas jouer de tous les instruments ou alors on joue un peu de tout.

Avez-vous travaillé le chant avec les comédiens ?

RW : il était à un moment question que je prenne un répétiteur puis, finalement, j’ai travaillé moi-même avec les comédiens. Il s’agit d’une des difficultés du travail pour le théâtre comme pour le cinéma, c’est-à-dire d’écrire pour des acteurs qui ne sont pas forcément des chanteurs. Je suis donc venu plusieurs fois aux répétitions pour caler les chansons, changer des tonalités et parfois quelques notes. Mais au final, tout s’est très bien passé et je suis content du résultat.

 

 

Collection Particulière

Comment s’est passée la création du spectacle COLLECTION PARTICULIERE avec François MOREL ?

RW : au départ, je souhaitais qu’il interprète des chansons que j’avais écrites avec Roland TOPOR. Ces chansons, François MOREL les a trouvées très bien mais, étant également un auteur, il préférait interpréter ses propres textes. Il m’a alors envoyé un premier texte que j’ai mis en musique, puis nous avons ensuite travaillé de la même manière sur d’autres chansons. Nous avons donc écrit, mais comme cela se fait souvent, les chansons de COLLECTION PARTICULIERE un peu par hasard. Puis, Jean-Michel RIBES nous a proposé, de manière très naturelle, très soudaine, d’en faire un spectacle qu’il a finalement mis en scène.

JMR : ce spectacle a représenté une très belle aventure, un parcours à trois dont la grande qualité a été que l’on se trouvait chacun à notre place : moi en tant qu’auteur des textes entre les chansons et metteur en scène, Reinhardt WAGNER en tant que véritable compositeur des musiques mais aussi acteur à la prestance incroyablement comique, comme on déjà pu s’en apercevoir lorsqu’il avait joué avec Ged MARLON au Théâtre du Splendid (PHYSIQUEMENT – 1982). Et enfin François MOREL, un acteur formidable qui se mettait à chanter, ce qui a constitué la grande surprise de ce spectacle. Comme metteur en scène, j’ai traité chaque chanson comme une pièce, en inventant des histoires entre le musicien et le chanteur. A partir du moment où il existait ce matériau théâtral, que l’acteur se mette à chanter représentait un plus formidable, d’autant plus que la musique de Reinhardt WAGNER l’accompagne dans ce sens.

RW : comme François MOREL n’est pas à proprement parler un chanteur, je ne me considère pas comme un véritable acteur. Mais comme j’aime me trouver sur scène et que jouer la comédie m’amuse, je le fais le mieux possible, en m’aidant parfois de la musique qui constitue alors un prolongement de moi. J’ai donc adoré faire ce spectacle dans lequel chacun d’entre nous a apporté son univers.

Votre meilleur souvenir avec Jean-Michel RIBES ?

RW : pour moi, c’est toujours le prochain spectacle. Avec Jean-Michel RIBES, on se connaît depuis longtemps puisque j’avais déjà composé la musique de LA CUISSE DU STEWARD, une pièce avec Jacqueline MAILLAN en 1990. Moi, ce que j’aime, c’est d’écrire de la musique, d’un thème pour un sextet de jazz (comme sur MUMU de Joël SERIA) à un orchestre symphonique comme dans la musique de MUSEE HAUT MUSEE BAS, que nous avons enregistrée avec l’Orchestre de Prague. Je suis extrêmement pluriel, c'est-à-dire que j’apprécie autant d’écrire des chansons, de la musique jazzy ou symphonique, des pièces pour piano ou pour quatuor à cordes. J’aime cette diversité.

Entretien réalisé à Paris le 15 mars 2010.

LES NOUVELLES BREVES DE COMPTOIR de Jean-Marie GOURIO et Jean-Michel RIBES sont présentées au Théâtre du Rond-point jusqu’au 7 mai 2010.

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Cette page a été modifiée pour la dernière fois le mardi, 15 février 2011