Quelle importance a eu le réalisateur Henri HELMAN dans votre parcours ?
CM : il a senti très tôt que je pouvais avoir les capacités de devenir un meilleur compositeur. C’est un réalisateur qui m’a toujours encouragé, qui m’a permis de m’exprimer, notamment sur le plan orchestral pour la première fois. Je viens de la musique pop, de la chanson, un univers où, souvent, on ne sait pas utiliser l’orchestre. Quand j’ai composé pour ses séries comme MEDITERRANEE, j’ai travaillé avec un orchestre pour la première fois (pour un film). Depuis, nous avons eu une collaboration longue et riche sur 18 films et 3 séries. On essaye encore des choses…
De quelle manière avez-vous collaboré sur CARTOUCHE ?
CM : comme on se connaît bien, je traduis assez vite ses demandes et on a moins besoin de discuter qu’au début de notre collaboration. Ce qui m’intéressait sur CARTOUCHE, c’était la recherche d’un concept musical très fort, directement identifiable. J’ai travaillé bien en amont, c'est-à-dire avant de visionner un premier montage, ce qui aide vraiment à chercher les thèmes en profondeur. J’aime travailler en amont, même si on « jette » des choses ensuite. En général on à toujours un meilleur résultat parce que rien ne remplace le temps et la réflexion.
Comment avez-vous abordé ce qui est quand même une musique de genre pour un film plutôt historique et romanesque ?
CM : le film, le personnage de Cartouche, nécessitaient une musique qui amène plutôt le panache qu’on associe souvent à ce genre d’individus historiques. Je souhaitais que la musique contienne une dose de modernité, d’où certaines subtilités mais je ne voulais pas d’une partition qui s’apparente à « Versailles ». Je préférais une partition intemporelle, c'est-à-dire qui puisse convenir à d’autres époques et qui parle d’aventure humaine. Je suis parti du principe que quelqu’un qui regarde la série n’importe où, doit être pris, captivé, entraîné. Ce qui implique un côté dynamique et intemporel, qui relève du travail du réalisateur et des comédiens pour les images, et du compositeur pour la musique.
Avez-vous essayé de mettre en avant, par l’utilisation d’instruments traditionnels comme le clavecin, l’aventure ou le romanesque ?
CM : je crois que tout est mêlé ! Je me suis servi du clavecin un peu de la même manière que j’utilise les instruments traditionnels sur certaines musiques de films. J’avais très envie d’utiliser le clavecin car j’adore les musiques des années 1970 qui en comportent dans tous les sens. Je pense évidemment aux musiques composées par John BARRY. Mais aussi à d’autres compositeurs de cette époque, comme Roy BUDD et la musique du film THE BLACK WINDMILL avec Michael CAINE en 1974. J’avais donc envie de m’essayer, à travers CARTOUCHE, à ce mélange entre le film d’action et le clavecin, qui apporte la petite couleur du début du 18ème siècle.
Comment avez-vous traité l’évolution de la relation entre Cartouche et Juliette de la Reynie ?
CM : Juliette possède son thème propre mais il n’est pas trop différent de celui de Cartouche. Cela s’explique par le fait que, dans le thème de Cartouche, plus précisément quant il ralentit, on entend déjà le thème de Cartouche amoureux. C’est ainsi que le thème de Cartouche est devenu un peu celui de Juliette.
Mais alors, peut-on dire que c’est une musique d’action avec une touche féminine ?
CM : je n’y ai pas pensé consciemment mais, si vous me le dites, je trouve cela très bien. C’est vrai qu’il y a beaucoup de femmes dans CARTOUCHE et, du coup, la partition comporte plusieurs thèmes lents, féminins. Il existe également un côté dramatique lié aux femmes qui impacte la musique quand Cartouche perd sa première femme et son bébé, puis sa maîtresse.
Comme dans THE EVOLUTIONIST, vous multipliez les thèmes avec des percussions mais dans un registre beaucoup plus classique ?
CM : c’est différent car, dans THE EVOLUTIONIST, j’utilise des percussions mais aussi des bases synthétiques, des boucles électroniques. Sur CARTOUCHE, j’ai utilisé davantage de percussions dites classiques avec des caisses claires, des timbales, des cymbales.
Il en ressort une musique beaucoup plus grand public que ce que vous avez pu faire par le passé ?
CM : les films de genres à la télévision permettent d’apprendre ce qui fonctionne le mieux. Sauf si c’est voulu dans le film, on ne doit pas chercher des chemins détournés et aller droit au but. C’est, je pense, une part importante de mon évolution.
Votre prochain film avec Henri HELMAN ?
CM : il s’agit de LA SAISON DES IMMORTELS, un téléfilm adapté d’une nouvelle de Frédéric DARD pour France Télévisions avec Olivier MARCHAL. C’est un film avec une musique différente, plus en retrait, plus inconsciente.
Une Evolution Dans La Continuité
Parmi vos prochains films à sortir, que pouvez-vous nous dire des FEUX DE MANSARE ?
CM : qu’il me tient à cœur parce c’est que c’est un film africain, mis en scène par Mansour SORA WADE, un réalisateur Sénégalais qui avait déjà réalisé LE PRIX DU PARDON. Les réalisateurs africains ne sont pas du tout aidés aujourd’hui pour leur cinéma donc, pour moi, cela a été très important de collaborer avec ce metteur en scène, sur ce film qu’il a eu beaucoup de mal à financer. Autant il y a 10 ans, le cinéma africain bénéficiait d’une fenêtre de lancement, autant aujourd’hui, il n’en a plus du tout. Ce que je trouve absolument injuste.
Vous avez aussi mis en musique plusieurs nouveaux films ?
CM : j’ai d’abord composé en France, la musique du SENTIMENT DE LA CHAIR, un film indépendant qui rappelle David CRONENBERG et, pour son côté provocateur, Marco FERRERI. J’ai également composé la musique de CHURCH AND DODGE, un documentaire sur l’évolution de jeunes adultes dans un quartier noir au nord de Chicago. LOCKED IN est le dernier film que j’ai mis en musique. C’est un film anglo-américain dans lequel joue Ben BARNES (PRINCE CASPIAN) et Eliza DUSHKU (BUFFY CONTRE LES VAMPIRES, ANGEL). Il raconte une espèce de descente aux enfers d’un homme et de sa famille après ou autour d’un accident de voiture. Entre la vie et la mort, il s’agit d’un film dramatique et spirituel. Mon prochain film sera HUMAN RESSOURCES ou je retrouve Eran RIKLIS, le réalisateur de LA FIANCEE SYRIENNE… J’aurai aussi d’autres collaboration avec Alain TASMA dans le courant le l’année. Le dernier film ULTIMATUM (avec Gaspard ULLIEL) était une très bonne expérience et nous avons fait près de 6 films ensemble. Bientôt, sortira aussi en salle PLEURE EN SILENCE (de John Gabriel BIGGS), un film très dur, d’après un fait divers tragique…
Entre Europe Et Etats-Unis !
Pour quelles raisons partagez-vous votre temps entre la France et les Etats-Unis ?
CM : C’est par goût de l’aventure. J’ai travaillé avec beaucoup de réalisateurs de pays différents. Au départ je suis venu aux Etats Unis pour un festival puis je suis revenu pour développer des projets, et petit à petit je me suis plu dans cette ville (Los Angeles) ou tant de musiques et de films son nés et dont c’est le sujet de conversation favori au quotidien. Du coup, j’ai fait quelques films indépendants et produit aussi des albums. Le contexte aujourd’hui est plus difficile pour les films indépendants pas seulement aux Etats-Unis mais aussi dans le monde entier, mais je travaille toujours sur des projets Européens ou moyen-orientaux, qui se situent dans une autre économie mais qui se révèlent toujours aussi attrayants. Me trouver à la fois sur deux endroits me permet de profiter des qualités respectives des deux continents.
Votre évolution perdure donc dans une certaine continuité ?
CM : tous les compositeurs possèdent des démarches différentes, personnelles. Pour moi, ce qui est intéressant, et c’est le titre de mon album THE EVOLUTIONIST, c’est de me trouver tout le temps attiré par des choses différentes, nouvelles pour moi, qui me poussent à ne jamais rester sur ce qui à marché auparavant. Aujourd’hui Je reste donc en recherche permanente mais je crois que cela a toujours été le cas.
THE EVOLUTIONIST et CARTOUCHE sont disponibles en téléchargement.
Plus d'informations sur http://www.cyrilmorin.com/
Entretien réalisé le 6 janvier 2010.
Cette page a été modifiée pour la dernière fois le lundi, 08 mars 2010