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Un nouveau regard sur la musique pour l'image !
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LES SONORITES EPUREES DE             CHRISTOPHE BOUTIN !                             
Guitariste de formation, Christophe BOUTIN possède une oreille absolue qui lui permet d’abord de travailler la musique à l’écoute. Avant de la retranscrire sur une partition. Tombé dans la musique pour l’image par hasard, il a commencé par des génériques et des séries. Puis, par un concours de circonstances, il est entré dans l’univers de la publicité où il recherche avant tout la sonorité qui correspond précisément à un message, une marque. Après la bande originale de la série RASTIGNAC, il sort, en même temps que le dvd, la musique du film d’Eric GUIRADO LE FILS DE L’EPICIER, un joli succès en 2007 ; L’histoire d’Antoine (Nicolas CAZALE), qui part aider sa mère, épicière dans le Sud de la France. En rencontrant avec son camion les habitants de la région, Antoine retrouve la terre de son enfance, la joie de vivre. Et peut-être l’amour avec son amie Claire (Clotilde HESME – Aperçue dans LES CHANSONS D’AMOUR de Christophe HONORE). On s’attache à ce film par son scénario ancré dans la ruralité, ses images charmantes, ses couleurs ensoleillées et une réalisation souvent sensuelle. Sur ce cinéma simple, Christophe BOUTIN a choisi, avec le réalisateur, de privilégier la sobriété. D’où des thèmes limpides et délicats avec beaucoup de guitares, dans le registre du tapping, pour obtenir un son rond et doux. Mais aussi de la séduction avec le piano et un bourdon de guitare, notamment sur la scène d’amour. On trouve également de la mandoline pour exprimer la liberté d’Antoine. Chistophe BOUTIN a encore su imposer une dimension chantée : D’abord par une musique de clip rock instrumentale avec de la guitare slide sur le chorus quand on sent qu’Antoine commence à apprécier sa nouvelle vie. Mais aussi sur le générique début où on entend des murmures de la voix de Guilhem VALLAYE. Rencontre avec un compositeur que l’on aimerait, comme lui, davantage entendre au cinéma.
 

                                                                                              Christophe BOUTIN
 
De La Guitare Classique A La Publicité

De quel univers musical venez-vous ?
CB)
De la guitare classique, que j’ai étudiée avec Francis KLEYJANS, qui a composé nombre d’études souvent utilisées dans les Conservatoires. Evidemment, en tant que guitariste, j’ai joué de la musique moderne avec des amis dans les années 1970 ; C’est à dire à l’époque de groupes comme Génésis et Yes dont nous reprenions certains titres. II faut dire que, rêvant de devenir chanteur, j’avais commencé à composer des chansons avec des amis auteurs. Mais, vu la difficulté du métier, j’ai abandonné.

Comment en êtes-vous venu à la musique pour l’image ?
CB)
Par un heureux hasard ! Quand Pierre GRANGE, un voisin avec lequel j’avais fait de la musique, m’a proposé de composer celle de son court métrage ; Un film qui a donné naissance, par la suite, à un long métrage qui s’intitule EN MAI FAIS CE QU’IL TE PLAIT. J’ai tout de suite trouvé dans la musique de films un espace de liberté. J’ai également apprécié d’arriver à obtenir des résultats plus facilement que dans la chanson où on se trouve constamment en recherche. Après ce premier court métrage, toujours grâce à des relations, j’ai enchaîné par la composition de musiques de films d’animation (CHIPIE AND CLYDE pour Canal +) et de génériques (APPRIVOISE-MOI pour Canal J).

Vous avez ensuite beaucoup composé pour la publicité ?
CB)
J’ai commencé la publicité lorsque j’ai intégré, à la fin des années 1990, les studios de l’agence DDB. Je les ai d’abord aidés à monter un deuxième studio d’enregistrement, à la vocation de laboratoire pour la recherche musicale. Puis, évidemment, j’ai énormément composé de musiques pour des films publicitaires ; Un travail qui me plait beaucoup car il demande toujours une grande précision. Les publicitaires sont des gens qui possèdent une importante notion du raccourci. Pour eux, tout instrument, par exemple une guitare qui sonne hard rock, peut être associé à un élément de critique, une image, un cliché. Je dis souvent qu’un compositeur qui travaille pour des publicitaires doit être très à l’écoute de la musique car une note peut changer complètement la vision de départ du message. Mais aussi l’expression de la musique pour le client comme pour le publicitaire. II s’agit toujours de se placer musicalement sur le détail ; C’est en ce sens que j’aime travailler dans la publicité.

Recherchez-vous davantage la mélodie ou la sonorité ?
CB)
La sonorité ! Par exemple, quand j’ai conçu la musique des films publicitaires des produits pharmaceutiques ROC. Lors de mes dernières compétitions avec d’autres compositeurs pour cette marque, j’étais certain d’avoir trouvé la sonorité recherchée par l’annonceur. En l’occurrence un équilibre entre les éléments qu’il voulait montrer du produit et son image de marque : Il fallait une sonorité à la fois froide, mathématique, car il s’agit d’un produit pharmaceutique présenté par des gens habillés comme des médecins. Et en même temps féminine car il s’agit de produits de beauté. J’étais sûr de gagner car j’avais intégré dans ma musique, qui jouait davantage sur les couleurs que la mélodie, tous les ingrédients nécessaires au client pour communiquer. Et j’ai gagné !

La musique de films vous a t-elle préparé à la publicité ?
CB)
Pas forcément. Ce qui m’a servi, c’est ma culture musicale, indispensable en publicité pour pouvoir réagir sur une sonorité, un timbre. II faut être très sensible car on travaille sur quelque chose de très rapide, une impulsion directe. Il s’agit de se faire immédiatement comprendre !

Le Fils De L’Epicier

Clotilde HESME & Nicolas CAZALE


Comment avez-vous rencontré Eric GUIRADO, le réalisateur du film LE FILS DE L’EPICIER ?
CB)
Dans l’univers publicitaire car mon équipe et moi avions réalisé des sons et des musiques pour certains de ses spots. Au départ, pour LE FILS DE L’EPICIER, il avait envisagé de travailler avec d'autres compositeurs. II nous a alors demandé, aux uns et aux autres, de réaliser des maquettes mais pas pour les mêmes séquences car il ne s’agissait pas de nous mettre en compétition. Au bout du compte, comme Eric GUIRADO a préféré mes thèmes, il m’a confié l’écriture de la musique de son film.

Quelles ont été ses demandes ?
CB)
II souhaitait, comme moi d’ailleurs, une couleur musicale épurée, très sobre. Ce qui m’allait bien dans la mesure où, aujourd’hui, quand je compose pour un long métrage, je privilégie l’épuration totale de la musique. Je la conçois comme un élément qui apparaisse le plus limpide possible pour flotter entre l’image et les comédiens, les accompagner sans les écraser. J’ai donc orienté ma recherche de sonorités dans ce sens. Jusqu’à trouver cette sorte d’accord avec une seule note qui, en même temps représente, d’autres harmoniques, en tapant par hasard sur un endroit de la guitare. J’ai tout de suite compris qu’avec ce bourdon je tenais la sonorité du film. A partir de ce moment, le reste de la musique m’est venu de manière naturelle, en la jouant. Puis, comme je l’avais composée sans regarder les images, j’ai essayé de la placer sur le film. Comme elle fonctionnait, j’ai tout de suite dit à Eric GUIRADO que je pensais avoir trouvé la couleur musicale de son film.

Avez-vous utilisé la guitare pour suivre ce regard sensuel d’un réalisateur sur ses comédiens ?
CB)
J’ai utilisé la guitare d’une manière instinctive. Je joue très peu avec la main droite et l’emploie plutôt en tapping, c’est à dire en tapant doucement sur les cordes, de manière à obtenir un son très rond. J’utilise cette technique notamment sur la scène d’amour, qui commence quand Antoine et Claire repeignent le camion. Le thème est joué au piano mais avec toujours derrière, cette sorte de bourdon joué ; Ces cordes frottées juste par le contact des doigts, sans l’aide d’un médiator.

Pour quelle raison préférez-vous à certains moments la mandoline à la guitare ?
CB)
Les parties de mandoline, qui se rajoutent par dessus mes guitares, sont jouées par Robin BULLOCK, un formidable musicien américain. II était venu au départ dans mon studio avec tous ses instruments pour faire plusieurs séances avec moi. J’en ai profité pour lui demander de jouer de la mandoline en soutien de mes parties de guitares. Ensuite, il s’est passé qu’Eric GUIRADO et moi avons essayé au montage un morceau sur lequel il avait joué de la mandoline. II s’agissait de la séquence où Antoine, pendant qu’il conduit son camion, passe la main dehors. Nous avons trouvé que cette musique deviendrait plus belle encore si on enlevait la base jouée à la guitare, pour ne laisser que l’accompagnement de mandoline. Ce qui donne un caractère encore plus sensible à cette séquence.

Qui a eu l’idée de rajouter la voix de Guilhem VALAYE sur le générique début ?
CB)
Il m’arrive très souvent d’utiliser ma voix, notamment pour des maquettes où je m’accompagne au piano ou à la guitare. Je trouvais intéressant de rajouter, dès l’enregistrement de la maquette, une voix utilisée à la manière d’un instrument. C’est à dire une voix qui murmure plus qu’elle ne chante. Sauf qu’au début, Eric GUIRADO n’y était pas favorable. Mais cette voix s’est indéniablement imposée au montage. Et il n’a plus été possible de la retirer.

Etait-ce une demande d’Eric GUIRADO de mettre une musique de couleur plus rock quand Antoine se promène à travers les villages en camion ?
CB)
II s’agit d’une séquence importante dans laquelle on voit Antoine se balader en camion, rencontrer des personnes agées. II s’agit effectivement d’une musique plus rock, car j’utilise une guitare slide sur le chorus. C’est à dire avec un glissé de doigt le long d'une corde qui permet d’obtenir cette sonorité planante. J’ai également utilisé des guitares acoustique et électrique ainsi qu’un excellent batteur ; Comme dans un groupe de rock ! II s’agit aussi d’une musique plus calée à l’image car Eric GUIRADO m’avait fourni une musique de référence, qu’il avait d’ailleurs montée sur les images. Je devais donc m’y adapter dans l’esprit et dans le tempo. Sauf que je la trouvais un peu exagérée par rapport aux images. J’ai alors recherché une musique plus sobre mais mixée plus forte car, avec cette séquence, Antoine commence à changer. II prend conscience que ce que faisait son père et qu’il continue lui, est important pour toutes ces personnes âgées. II y a donc tout un cheminement que l’on pouvait montrer par une petite chanson instrumentale. D’où cette séquence filmée et mise en musique comme un clip.

Vous aimez lier le piano et la guitare ?
CB)
Oui, car ce sont des instruments que je connais et qui se marient très bien. D’autres sonorités m’intéressent mais ce sont des instruments que je connais moins. J’ai alors besoin de les digérer. Par exemple, j’ai beaucoup utilisé la clarinette sur le téléfilm MOULOUD AU CŒUR, produit par Corinne TOUZET. II s’agit de l’histoire de la vie d’une association qui recherche des familles d’accueil pour des jeunes enfants qui viennent du Maghreb se faire opérer en France.

Pourquoi ne travaillez-vous pas plus souvent pour le cinéma ?
CB)
Parce que je ne connais pas suffisamment de réalisateurs de cinéma. Mais mon intention serait de faire plus de films de cinéma ! Je compose des musiques de téléfilms car je connais plusieurs réalisateurs de télévision. Le cinéma m’intéresse car c’est un espace où un compositeur peut vraiment s’épanouir. Dans ce sens, LE FILS DE L’EPICIER a représenté une expérience que je souhaite renouveler.

Trouverons-nous dans le disque des morceaux supplémentaires par rapport au film ?
CB)
Le disque comporte l’ensemble de la musique du film ainsi que Waterfall, la chanson du générique de fin par Without Grafity. En complément, j’ai rajouté, car cela me semblait sympathique, une chanson enregistrée mais non utilisée pour le générique début.

Vous sortez ce disque indépendamment du dvd ; N’était-il pas possible de le joindre au dvd, comme cela avait été fait par France Télévision Distribution pour d’autres films ?
CB)
Dans ce cas précis, cela n’a pas été possible. D’autant qu’au moment où nous avons envisagé l’édition de cette musique, France Télévision Distribution avait déjà arrêté le packaging du dvd. C’est pour cette raison, et surtout car nous en avions envie, que je le sors moi-même, via ma société Cale Son.

Malgré tout, la musique se trouve bien mise en valeur, à travers les bonus, dans le dvd ?
CB)
J’aime que ma musique vive à travers les bonus du dvd. Comme ici avec le making of qui a été tourné par Eric GUIRADO avec une caméra fixe et qui est accompagné pendant 2 minutes 30 par ma musique. Je suis vraiment très satisfait de ma collaboration avec lui. Il possède un vrai regard sur ses comédiens, et en même temps une sobriété dans sa réalisation. J’espère beaucoup que nous retravaillerons ensemble.

Qui Va A La Chasse

Comment avez-vous abordé la musique de QUI VA A LA CHASSE, un téléfilm qui a obtenu récemment un joli succès d’audience ?
CB)
Mon ami le réalisateur Olivier LAUBACHER réalisait ici son premier long métrage pour la télévision. II avait auparavant réalisé plusieurs courts que j’avais d’ailleurs mis en musique. Sur ce téléfilm, j’ai travaillé à partir du scénario. Ce n’est pas une musique qui a été facile à concevoir car il s’avère toujours très délicat de trouver l’univers, les sonorités qui correspondent à une comédie.

Pourquoi, avez-vous mis en avant, plutôt que la guitare, le banjo ?
CB)
J’ai eu le départ envie d’utiliser le banjo pour obtenir cette sonorité un peu pauvre, ces notes qui s’arrêtent et qui correspondaient bien à l’esprit du film. Alors que la guitare aurait donné des sonorités trop résonnantes.

Etait-ce une demande du réalisateur que la musique intervienne souvent par intermittence ?
CB)
Ce n’était pas forcément calculé. Olivier LAUBACHER aurait eu tendance à mettre davantage de musique. Moi, j’étais plutôt à le calmer car je ne voulais pas trop charger le jeu des comédiens par la musique. D’un autre côté, il n’a peut-être pas tort. Ici, au contraire des habitudes de la télévision où il faut travailler très rapidement, nous avons pris le temps de nous arrêter pour voir le film plus tard avec la musique. Ce qui nous a permis de prendre du recul, de voir s’il n’y avait pas trop de thèmes qui reviennent. Suite à ce visionnage, Olivier LAUBACHER m’a fait rajouter beaucoup de petites phrases musicales, d’enchaînements, de liens. Sur son prochain film, dans lequel on retrouvera probablement les deux personnages, les deux pourris de QUI VA A LA CHASSE, nous verrons si nous mettrons ou pas d’avantage de musique.

Propos recueillis à Paris le 25 février 2008.
Plus d’informations sur Christophe Boutin sur
Bande originale du film LE FILS DE L’EPICIER disponible à la vente sur www.caleson-prod.com/boutique.html
www.caleson-prod.com/boutique.html
DVD disponible chez France Télévision Distribution

 

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Cette page a été modifiée pour la dernière fois le jeudi, 08 mai 2008