Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre rencontre avec la musique ?
AZ : comme beaucoup de musiciens, j’ai commencé par le piano classique au Conservatoire d’abord en région puis à Paris. Ensuite, j’ai suivi une formation parallèle d’harmonie et de contrepoint avec Julien FALQUE, un grand maître qui est plutôt un spécialiste de la musique classique et contemporaine. Mais il se trouvait que Julien FALQUE avait également été le formateur de nombre de compositeurs modernes de musiques de films comme Michel LEGRAND et Gabriel YARED. Grâce à lui, j’ai donc appris ce qu’était l’écriture et la direction mais ce n’est pas lui qui m’a expliqué comment composer de la musique de films. En fait, j’ai composé mes premières musiques pour l’image en travaillant sur des films publicitaires. Ce qui m’a permis ensuite de collaborer avec des réalisateurs de cinéma et ainsi de voir à quoi correspondait réellement la musique de films. Il faut dire qu’au départ, je pensais que la musique de films constituerait pour moi une activité très éclatante. En fin de compte, je me suis surtout aperçu qu’elle comportait beaucoup de contraintes. Je croyais, comme probablement beaucoup de compositeurs avant moi, que la musique de films allait me permettre d’exprimer ce dont j’avais envie. Mais je n’avais pas pensé aux contraintes. J’avais dans la tête mes modèles, des compositeurs comme Ennio MORRICONE, Maurice JARRE et Bernard HERMANN entre autres, dont j’appréciais énormément les musiques qui, pour moi, constituent des œuvres à part entière. J’avais l’impression qu’ils s’étaient éclatés en les composant mais, en même temps, en lisant certaines revues, je me suis rendu compte qu’eux aussi ont éprouvé des contraintes. Ramenées à mon échelle, ces contraintes étaient d’abord de nature budgétaires parce qu’il ne fallait pas que la musique coûte trop cher. Ensuite, il s’agissait de contraintes d’ordre techniques dans la mesure où le compositeur intervient souvent une fois le film terminé, sur des emplacements et des minutages très précis. Puis, bien sûr, il existe la contrainte de travailler avec un metteur en scène, c'est-à-dire de dialoguer ou parfois de se battre avec quelqu’un qui entend la musique mais qui fait quand même appel à un compositeur.
Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec ENZO ENZO en général et sur l’album CLAP ! en particulier ?
AZ : j’ai rencontré ENZO ENZO suite à une audition pour l’accompagner sur scène comme pianiste. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus, ce qui fait que nous avons donné une centaine de concerts ensemble et une certaine confiance s’est installée entre nous. Puis, il se trouve que j’ai arrangé sa chanson Je Hais Les Gosses, ce qui lui a permis d’apprécier mes qualités d’orchestrateur. Ensuite, ENZO ENZO m’a demandé, sur le premier projet initié avec Naïve pour la jeunesse (Chansons D’Une Maman), d’écrire tous les arrangements d’un album que nous avons réalisé et enregistré chez moi, dans mon studio. Comme le travail sur cet album pour la jeunesse s’est très bien passé, ENZO ENZO et la maison de disques ont logiquement souhaité que l’on continue à travailler ensemble sur CLAP !
Quelles étaient les contraintes pour adapter ces chansons de comédies musicales à la voix d’ENZO ENZO ?
AZ : par rapport à des reprises, les contraintes sont les mêmes que lorsque l’on écrit une chanson hors contexte pour un artiste. Sur ce disque, ENZO ENZO a d’abord choisi les titres qu’elle avait envie de défendre. Ensuite, mon premier travail a consisté à choisir la bonne tessiture, la bonne hauteur pour qu’elle puisse reprendre ces chansons. Ce qui a pris un certain temps. Une fois qu’elle avait trouvé la bonne tonalité pour interpréter ces chansons, il fallait s’occuper des arrangements proprement dits. Et là, compte tenu du fait qu’ENZO ENZO ne possède pas une voix très puissante, il fallait trouver une sorte de subterfuge pour éviter que les arrangements apparaissent trop lourds par rapport à sa voix plutôt fine et subtile. Alors que ces monuments de la comédie musicale sont souvent orchestrés avec une formation symphonique ou jazz
Justement, de quelle manière vous y êtes vous pris pour adapter à l’univers d’ENZO ENZO, qui est plutôt acoustique, à ces standards de la comédie musicale ?
AZ : Pour passer derrière les arrangements d’origine de ces œuvres au passé terrible, j’ai dit à ENZO ENZO que je ne voulais absolument pas ni écouter ni refaire des orchestrations existantes. Mon propos consistait plutôt de réduire les orchestrations très lourdes de ces monuments pour les adapter à une formation réduite à environ cinq musiciens. Ce qui permettrait, à la limite, de redécouvrir tous ces titres sous un nouvel habillage. Il n’était donc pas question pour moi d’imiter quoi que ce soit mais de rester dans l’esprit des titres, du « mood » comme on dit en anglais. Bien que, si on réécoute La Chanson Des Jumelles, notre version n’a rien à voir avec celle du film LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT.
Avez-vous travaillé sur le tempo de certaines chansons, comme la Recette Pour Un Cake D’Amour ?
AZ : sur des reprises, on peut soit se trouver dans l’imitation, soit travailler dans l’esprit de la chanson originale, ce qui était davantage ma démarche. En ce qui concerne ces chansons, je connais les versions originales pour avoir travaillées à un moment ou un autre, mais je n’ai pas voulu les réécouter. Pour les tempos, je me suis basé sur l’interprétation d’ENZO ENZO. Ainsi, quand je lui ai demandé de me chanter la Recette Pour Un Cake D’Amour, elle l’a fait sur un certain tempo qui correspondait à la façon dont elle entendait la mélodie. Je me suis alors adapté sans même faire le rapprochement avec le titre original. De même, si on écoute I Feel Pretty, on remarque que le tempo est bien moindre que dans la version originale. Je ne me suis donc absolument pas référer aux tempos d’origines, préférant m’adapter au débit et à l’articulation de l’interprète. Cela s’explique aussi par le contexte de la chanson. Quand Michel LEGRAND a composé la Recette Pour Un Cake D’Amour, il se trouvait certainement dans un contexte, dans un rythme particulier. Il faut savoir que le tempo et la tonalite sont deux choses très importantes dans la musique : la tonalité parce qu’on ne va pas faire jouer quelque chose qui ne rentre pas dans la tessiture d’un instrument ou d’une voix, et le tempo parce qu’il donne le rythme. Mais le tempo et la tonalité sortis d’un contexte particulier, je pense que c’est autre chose.
Le contexte ici consistait à créer un disque pour un public plutôt jeune ?
AZ : ce qui avait pour conséquence qu’il fallait que la voix soit audible, suffisamment forte pour que l’enfant puisse l’entendre depuis une autre pièce que sa chambre. De même, il ne fallait pas que l’enregistrement comporte de sonorités agressives. Ce sont des détails qui ont leur importance dans un disque pour les enfants et la responsable du département jeunesse des éditions Naïve y a été très attentive. Je dis d’ailleurs souvent que nous avons travaillé en trinôme avec elle, ENZO ENZO et moi, de manière à ce que le disque corresponde exactement aux types de sonorités qu’il faut que les enfants aient dans les oreilles.

Quels sont les instruments, les couleurs que vous avez essayé de mettre en avant dans CLAP ! ?
AZ : étant donné que toutes ces comédies musicales ont été composées à peu près à la même époque, j’ai mis en avant plutôt le côté cuivre. J’ai donc utilisé surtout de la clarinette, de la trompette, du saxophone et une petite rythmique jazz. J’ai essayé en quelque sorte de ramener le grand orchestre philarmonique à ce que l’on appelle aux Etats-Unis un « Brass band », c'est-à-dire une petite fanfare de cinq ou six musiciens.
Quelque chose qui serait transposable sur scène ?
AZ : de toute façon, sur scène, on pourrait jouer ces morceaux avec, à la limite, trois musiciens ! Ce qui permettrait de les ramener à la manière dont ils avaient été pensés à la base par leurs compositeurs. Sauf que, quand on réalise des comédies musicales, on ne peut s’empêcher d’étoffer les orchestrations, notamment en rajoutant des cordes. Mais si on écoute bien les titres originaux, on s’aperçoit qu’ils sont de structure assez simple, y compris au niveau de l’orchestration.
Accompagnerez-vous ENZO ENZO sur scène au Théâtre d’Ivry en janvier & février 2010 ?
AZ : bien sûr ! Pour le spectacle CLAP ! nous serons deux musiciens sur scène, qui joueront du piano, de la guitare et d’autres instruments. Mais s’agissant d’un spectacle, je pense qu’il y aura des éléments visuels qui vont compenser la différence d’instrumentistes par rapport au disque.
A-t-il été facile de convaincre ENZO ENZO de chanter en solo La Chanson Des Jumelles alors qu’elle voulait au début la reprendre en duo ?
AZ : non parce qu’au début, ENZO ENZO ne voulait pas chanter ce titre. Elle trouvait que la mélodie ne se trouvait pas dans sa tessiture. Je lui avais soumis l’idée de l’interpréter avec Stacy KENT qui, pour moi, lui ressemblait physiquement et dans le timbre de voix. Comme cela n’a pas pu se faire avec Stacy KENT, ENZO ENZO a essayé de la chanter toute seule avec un accompagnement à la guitare, et cela a fonctionné.
En conclusion, quelle image gardez-vous de ce projet ?
AZ : CLAP ! représente un album pour la jeunesse qui a été beaucoup plus difficile à réaliser que le précédent. Il faut dire que, sur CHANSONS D’UNE MAMAN, je ne connaissais pas la moitié des chansons qui, en plus, au départ, ne possédaient pas de lourdes orchestrations. Sur CLAP !, j’avoue m’être un peu interrogé sur la manière dont on allait réaliser ces chansons qui représentent pour moi des monuments de la comédie musicale. Je ne me suis absolument pas poser la question de savoir si je ferais mieux ou pas que les versions originales, je me suis lancé et, surtout, je n’ai pas écouté les versions initiales. De toute façon, je fais confiance à la voix d’ENZO ENZO parce que, pour moi, le plus important c’est que les arrangements servent l’artiste. D’ailleurs, si on écoute bien les versions originales des chansons dans les films, on sera très surpris par le fait que l’on entende à peine l’orchestre. Je me suis donc attaché sur ce disque à rétablir le fait les enfants puissent véritablement entendre de la musique !
Entretien réalisé le 30 novembre 2009.
Plus d'informations sur Angelo ZURZOLO sur http://www.myspace.com/angelozurzolo
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Cette page a été modifiée pour la dernière fois le lundi, 07 décembre 2009